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dimanche, février 17, 2008

Les femmes, l'art et les technologies

La vidéo "Women in Art", réalisée par l'énigmatique créateur Eggman913 dans le Missouri aux Etats-Unis, est une hymne impressionnante consacrée à l'histoire de l'art à travers l'image de la femme. La musique de de Yo-Yo Ma (Suite pour Violoncelle n° 1 de Bach) accompagne les images de 90 visages féminins de l'histoire de l'art.

Cette vidéo, téléchargée sur de nombreux sites vidéo collaboratifs, a créé une vraie euphorie sur le web. Rien que sur le site YouTube, elle a été visionnée par plus de 5,3 millions visiteurs.

Cette vidéo est un vrai chef d'oeuvre d'art digital sur les plans de la maîtrise technique et de la créativité artistique.

Les oeuvres d'art utilisées pour la création du film "Women in Art" ont été répertoriées sur un site du "Fayetteville Technical Community College".



vendredi, novembre 30, 2007

Le Portrait

La littérature est réellement un univers fabuleux. On prend ce petit objet, en général une surface plane de 10cm par 20 cm rempli de papiers et, quelques fois comme par magie, on se retrouve dans des mondes insoupçonnables. Avec la contemplation d'une oeuvre d'art, je dirai que lire un roman inspirant est un des grands plaisirs de l'Ancien et le moderne.

Alors quand, trop rarement, je rencontre un roman ou un essai consacré à une seule oeuvre d'art, c'est le bonheur total...Avouez, un livre pour une seule oeuvre : quel projet fou et merveilleux. Dès le début de ce blogue, j'avais écrit un billet sur le livre de Jean-Paul Kaufmann qui présentait pendant 300 pages l'histoire de "La Lutte avec l'ange" du peintre Delacroix que l'on retrouve aujourd'hui accrochée à St-Sulpice (Paris). J'avais adoré.

Pierre Assouline récidive à sa façon en s'appropriant une oeuvre du peintre français Dominique Ingres .

L'écrivain français, dans son récent livre "Le Portrait" donne vie au portrait, peint par Ingres en 1848, de Betty de Rothschild, somptueuse représentation du romantisme français du XIXe siècle par l'un de ses principaux artisans. Pierre Assouline utilise cette idée géniale de faire parler notre portrait, prétexte pour naviguer habilement dans cent cinquante ans d'histoire du vieux continent en traçant, en pointillé, la biographie d'une de ses plus illustres dynasties. "Vue de mon mur, la comédie humaine est d'une saveur inédite".

J'ai particulièrement apprécié dans ce livre, outre l’érudition toute fluide de l’auteur, l’évident plaisir de raconter dont témoigne l'auteur, ainsi que l’extraordinaire chaleur humaine qui émane de chacun des protagonistes de cette « biographie fantastique » en chair et en peinture.

La Baronne James de Rothschild (1805-1886) est certainement l'un des plus beaux portraits exécutés par Dominique Ingres. Ce portrait nous raconte la France, les Rothschild, l'aristocratie et leur monde depuis deux siècles. Il dit ce qu'il a vécu, ce qu'il a perçu des conversations là où il fut accroché, dans les hôtels particuliers parisiens des enfants de Betty, au château de Ferrières, au château de Neuschwanstein (Allemagne) où Hitler entreposa les tableaux pillés en France (dont le portrait de Betty de Rothschild) pour son futur musée. Mme de Rothschild commente aussi ses sorties plus récentes à New York, Londres et Paris.

Le Portrait s'ouvre sur une phrase d'une déchirante mélancolie : "Rien ne console parce que rien ne remplace".

Après sa mort en 1886, la baronne Betty de Rothschild connait une seconde existence, accrochée au mur. Elle revient alors sur sa vie, raconte l'histoire de sa famille, et chronique l'évolution du monde vue de son angle spécifique. Pierre Assouline nous fait voyager dans le temps et dans l'espace au gré des pérégrinations du tableau et des pensées de celle qu'il représente. Betty de Rothschild est une jolie Juive généreuse et déterminée, fortement imprégnée de la valeur de son rang - et des devoirs y afférant.

Elle observe avec humour et acuité les mondanités, relate ses rencontres avec Chopin ou Balzac par exemple.

Empreinte d'une douce mélancolie, la plume de Pierre Assouline est d'une élégance et d'une poésie rares. Les mots coulent avec une infinie délicatesse, l'ambiance est mélodieuse et vaporeuse. Le Portrait est en effet un roman de la mémoire ("Notre mémoire est pleine de petites Atlantides englouties, libre à nous de les ressusciter dans les larmes ou la douce évocation des bonheurs à jamais enfuis") et du spleen. Mais une mémoire diffuse, égarée et très sensorielle.

Si le bonheur est dans les mots et les arts, je vous le dis, il est actuellement tout proche de Pierre Assouline et de Mme de Rothschild...

jeudi, octobre 18, 2007

L’ART CONTEMPORAIN EN 2007

L'art contemporain, une affaire d'initiés ? De moins en moins, si l'on en croit l'explosion d'événements en tout genre qui émaillent une rentrée 2007 résolument riche et ouverte. Nouvelles galeries, foires, accrochages inédits et installations originales, les formes se multiplient et quittent le simple espace d'exposition pour se faire parcours, quittant leur profil traditionnel pour se faire expériences singulières.


Au-delà de la multiplication des célébrités prenant part aux festivités les plus en vue de la sphère artistique, c'est tout un public nouveau qui se tourne vers la création contemporaine. Et de nombreuses initiatives viennent confirmer cet engouement en mêlant des projets aux consonances sociétales, politiques ou simplement culturelles. De là à voir en l'art contemporain un vecteur de communication porteur, il n'y a qu'un pas, qu'il serait bien injuste de franchir sans passer en revue les modalités les plus actuelles de son développement.


Une cartographie renouvelée


Car, à coup sûr, c'est d'abord cette ouverture qui frappe en premier lieu dès lors que l'on parle d'art. Longtemps cantonné et raillé pour sa relative étrangèreté aux préoccupations les plus communes, l'art de la seconde moitié du XXe siècle a finalement marqué les esprits par sa diversité autant que par sa capacité à user d'esthétiques non conventionnelles. De la sérialité d'un Andy Warhol à l'abstraction géométrique et minimaliste, les codes de l'art ont finalement trouvé un écho dans la consommation la plus courante (de la mode à la décoration en passant par la technologie) et, partant, un oeil moins hostile à une forme de création émancipée des cadres conventionnels. Dès lors, entre la volonté politique imprimée depuis les années 1980, les multiplications d'ateliers pédagogiques, les conférences introductrices et les publications généralistes, ces dernières années amorcent un virage certain de la réception d'une création contemporaine forcément marquée par l'évolution sociale. Et l'invasion, par les artistes, de lieux inédits, n'est pas pour démentir cet engouement.


Les leçons de l'année


En matière d'événements, les acteurs ont multiplié les initiatives pour diversifier les modes de diffusion. Les galeristes redoublant d'efforts pour mettre en valeur leurs artistes se font tour à tour organisateurs d'événements (les initiatives Show Off, Slick, les prix soutenus par les galeries) ou curateurs : nombre de galeristes proposent une véritable mini-exposition lors des foires à venir, comme l'avait fait la galerie Loevenbruck par exemple au début de l'année à Artparis.


Spectres et vanités


Car il est nécessaire de s'adapter à la nouvelle tendance, portée vers le ludique, l'amusement et la participation. La nouveauté communautaire d’Internet semble se rallier à la cause d'un art contemporain décidé à intégrer le plus largement possible. Le pop se fait populaire et le cynisme s'est transformé en une grande invitation humaniste à la nostalgie. L'on salue ainsi un art qui n'a plus besoin de distance, une sorte de répétition postmoderniste qui en annule les effets et plonge dans un hypercommunautarisme où tout le monde trouve sa place.

Ce qui n'empêche pas de percevoir aujourd'hui encore le spectre d'un Marcel Duchamp extrêmement présent, son fantôme planant même sur l'exposition 'Airs de Paris' (à ce titre tout à fait représentative de la scène actuelle, tant dans ses meilleurs côtés que dans ses parts les plus éculées), ou d'une tendance au kitsch populaire assumé (l'installation incroyable dédiée à Ghost Rider au Palais de Tokyo, les tableaux de Karen Kilimnik et leur fantaisie adolescente), le maniérisme baroque bonbon du talentueux Philippe Mayaux et l'humour décalé so british du cabinet de curiosités dérangé (les brillants Patrick van Caeckenbergh ou Eric Duyckaerts). De même, on note aussi une franche tendance aux références les plus assumées dans la création émergente, cette énergie à instiller dans son oeuvre des morceaux de son intimité, qui emprunte pourtant une voie totalement différente de celle tracée par Sophie Calle, référence en la matière, préférant la re-fabriquer en l'exposant, en la mettant finalement véritablement en jeu.

Une véritable tornade dans la création contemporaine, qui n'est pas sans redéfinir les codes du marché de l'art, zone d'influence toujours aussi aléatoire des pratiques artistiques.


Cousu de fil d’or


En effet, cette ouverture n'est pas étrangère à l'apparition d'un nouveau type d'acheteur, moins collectionneur éclairé que fin stratège de l'économie, n'hésitant pas à s'octroyer les services de conseillers pour dénicher des pièces vouées à doubler (voire tripler) de valeur ou achetant simplement à tour de bras, histoire de maximiser les chances de rentabilité.

Dans un contexte de flambée des prix, l'art est une valeur profitable à de nombreux investisseurs, qui y ont donc importé cette méthode pour le moins radicale, le ”Spray and Pray” (littéralement "Arrose et prie"), consistant en un achat à grande échelle d'oeuvres de différents (très) jeunes artistes, misant leur investissement sur la montée en puissance de l'un d'entre eux et remboursant ainsi largement les moins bénéfiques. Si l'acte se rapproche de la performance, le marché, lui, ne s'en amuse pas et, libéré d'un risque de sclérose dû à une hausse exceptionnelle des prix, encourage les galeristes comme les maisons d'enchère à dénicher des artistes jeunes ou méconnus (à l'image de l'explosion d'un art oriental que l'on découvre à mesure que les ventes s'envolent) et à les ériger comme alternative aux artistes les plus installés, désormais inabordables. Le marché paraît alors tendu entre ces figures de l'art et la scène émergente. La remise sur le devant de la scène d'artistes en milieu de carrière fait alors figure de balance, recherche d'un équilibre entre ces deux tendances fortes. Car il existe un tel décalage entre les oeuvres et leur prix (proportionnellement à ce que l'on a vu jusqu'ici) que d'aucuns craignent une remise à niveau brutale. Si les boursicoteurs optimistes peuvent y voir une installation en fanfare de l'art contemporain dans l'économie libérale, d'autres y verront les signes avant-coureurs d'une nouvelle crise, rejetant les efforts conjugués ces dernières années en faveur de sa diffusion.


Sur la forme, si la peinture, la photographie et les installations s'écoulent sans difficulté, l'engouement pour le dessin semble quant à lui s'essouffler, même s'il reste le seul moyen d'obtenir des oeuvres de grandes signatures, forcément plus accessibles. De même, la vidéo, elle aussi, a subi le contrecoup de cette tendance du marché, plus tourné vers l'objet de collection que vers un support difficilement commercialisable. Une relative mise à l'écart qui n'est pas sans appuyer la spécificité de la "chose matérielle" dans le commerce de l'art.


Ainsi, entre objet de convoitise, bien de consommation culturelle et enjeu de spéculation, il semble bien que la diffusion de l'art peine à trouver une unité dans cette multiplication des formes, reflet à peine voilé d'une pratique en pleine mutation. Mais ce qui laissait a priori présager d'une année excellente risque d'être quelque peu refroidi par une économie secouée par la crise américaine, principal indicateur des velléités de découvertes des collectionneurs. Ainsi, peut-être est-ce au tour des amateurs de participer, "pour du beurre", à cette grande chasse au trésor, cette entrée évidente dans un monde qui, par là, redécouvre une dimension plus ouverte qu'il serait dommage de manquer.


Source: Guillaume Benoit pour Evene.fr - Octobre 2007

lundi, septembre 10, 2007

Fils unique, j'ai longtemps eu un frère...

J'ai assisté, la semaine dernière au visionnement du film de clôture du Festival des films du monde (FFM) de Montréal, Un secret, magnifique film de Claude Miller.

Largement autobiographique, ce film français s'inspire de l'émouvant best-seller de l'écrivain et psychanalyste Philippe Grimbert, Un secret, qui se déroule en France pendant l'Occupation.

En fait, il s'agit d'une histoire familiale à l'origine de la vocation de psychanalyste du romancier, qui commence son livre par cette phrase : « Fils unique, j'ai longtemps eu un frère ».

Frère fantasmé jusqu'à cette révélation qui bouleverse son existence : son père a été marié avant la guerre, et il a bel et bien eu un fils, mort ainsi que sa mère en déportation à Auschwitz… Il a ensuite fondé leur famille avec la femme qui lui avait toujours paru belle entre toutes, la propre soeur de sa défunte épouse, qui était également mariée avant-guerre, et dont le mari est également mort durant la guerre.

On est nage en plein drame freudien mais avec des images, des couleurs même, captivantes.

Le film est remarquable et est construit comme une saga familiale se déroulant sur plusieurs décennies, à partir des années trente jusqu'au milieu des années 80.

Mêlant différentes époques (le passé est en couleur; le présent en noir et blanc), le film est construit de telle sorte que la charge émotive de cette histoire, qui compte sa belle part de passions secrètes, soit subtilement distillée. Miller étant aussi un habile directeur d'acteurs, l'excellente distribution y trouve évidemment son compte: Cécile de France et Patrick Bruel, qui font leur entrée dans le monde de Miller, traduisent magnifiquement les déchirements intérieurs de leurs personnages d'amoureux.

Un secret, qui sortira en salle à Montréal en octobre, est à classer parmi les plus beaux films que j'ai vu depuis longtemps.

«Mon ambition au cinéma, confiait Claude Miller à La Presse, est de faire ressortir l'intérieur de choses dont je ne filme pourtant que l'extérieur. Pour mieux les comprendre. C'est du moins ce que je tente de faire.» Ici, mission accomplie!!

On a retrouvé le centre du monde!!

Longtemps, pendant peut-être 1000 ans, le centre du monde était connu et reconnu par tous: il se situait à Delphes au coeur de la Grèce continentale. On y retrouvait le sanctuaire grec le plus vénéré de toute la méditerranée. La colonne des danseuses de Delphes était considérée alors comme le point précis du centre de l'univers.

Érigée sur le site du sanctuaire d’Apollon à Delphes, la colonne des danseuses fut découverte en 1894, par des chercheurs de l’École française d’Athènes, sous la forme de plus de 260 fragments. Composée d’une colonne corinthienne et d’un groupe sculpté de trois figures féminines, il s’agit là de la plus haute colonne votive de la Grèce antique -14 mètres- et la première à présenter un chapiteau à feuilles d’acanthe. Conservée au musée de Delphes, elle continue de présenter des difficultés d’interprétation du fait de son morcellement.


Depuis 1993, Jean-Luc Martinez, ancien membre de l’Ecole française d’Athènes et conservateur au musée du Louvre, travaille sur la colonne des danseuses. Il étudie l’hypothèse émise par Pierre Amandry, selon laquelle la colonne était surmontée d’un omphalos, pierre blanche qui selon les Anciens marquait le centre du monde. Cette pierre en marbre taillé en forme de demi-oeuf a été retrouvée sur le site du sanctuaire. À sa demande, les équipes de recherche d’Électricité de France (EDF) ont travaillé à la mise au point d’une méthode de traitement en trois dimensions, avec pour objectif le remontage du monument destiné à vérifier les hypothèses des archéologues.




Ce travail a ensuite été complété par sa restitution à l’état originel afin de l’inscrire dans le paysage delphique.

La reconstitution virtuelle : Les 34 fragments de la colonne qui n’avaient pas encore été raccordés furent remontés virtuellement après plus de 600 heures de travail dans les laboratoires d’EDF Recherche et Développement, grâce à un logiciel de traitement de mesures laser destiné à l’origine à préparer les opérations de maintenance dans les centrales nucléaires. La grande nouveauté de cet outil, utilisé par les ingénieurs d’EDF, est sa capacité à traiter des centaines de millions de points en 3D. Il autorise ainsi toutes les vues et manipulations des fragments et de leur remontage.

La seconde étape fut le calcul des maillages issus des points, grâce à une collaboration exemplaire entre entre plusieurs institutions françaises. Les maillages furent alors habillés d’un ombrage faisant ressortir tous les détails. Les images destinées à la publication scientifique pouvaient alors être produites.

La troisième étape fut la restitution de la colonne au plus proche de son état originel. Des étudiants ont travaillé sur la modélisation des parties de l’édifice partiellement ou entièrement détruites, à partir des points 3D d’EDF Recherche et Développement, sous la direction de l’archéologue pour exploiter des similitudes avec des statues du Louvre. Ces illustrations permettent au public de prendre conscience de la colonne intégrale.

Formidable aventure humaine et scientifique, ce projet constitue une première technologique et une prouesse technique qui inscrit le projet à la pointe de la recherche scientifique mondiale. Il jette les bases d’une toute nouvelle méthodologie mise au service de la prospection archéologique. On pourra donc bientôt à nouveau contempler le centre du monde...

jeudi, août 23, 2007

La beauté dans le quotidien

Comment contribuer à la beauté du monde?

Simplement en l'intégrant dans notre propre quotidien. Yé, yé..il fallait y penser.

Intégrons l'art et le design dans notre vie personnelle et il me semble que notre entourage ne s'en portera que mieux.

En ce sens, je ne peux que souligner le travail formidable du montréalais Harry Wakefield et de son blogue Mocoloco sur le design contemporain


Je crois à la portée du design et l'appel de la beauté par de petits gestes personnels...

A&M

lundi, août 13, 2007

Fiston, finalement c'est quoi l'art contemporain?

Bon Fiston,

Suite à mon billet sur la nouvelle oeuvre (Jessica Auer - Las Vegas) qui trône dans notre salle-à-manger, je t'ai promis de t'expliquer en quoi cette oeuvre est de l'art contemporain et par ricochet, résumer ma définition toute personnelle de l'art contemporain.

En gros, Fiston, l'art contemporain invente des pratiques, explore des nouveaux territoires ou réinvente des formules déjà éprouvées. Bref, il se repositionne en permanence.

Mais, je dirais que la notion la plus importante pour mesurer la pertinence d'une démarche (d'une oeuvre) en art contemporain, la justesse d'un travail et la qualité d'une expérience se résume en un seul point: le lien avec l'histoire de l'art occidental.

L'art pose toujours les mêmes questions, Fiston: Qui sommes-nous? Dans quel monde vivons-nous? Où allons-nous? Les artistes expriment différemment ces interrogations selon l'époque, le contexte, l'état des connaissances, les valeurs du moment, etc. Et l'histoire de l'art (qui peut être toute récente) constitue la chambre d'écho de ces démarches artistiques.

Un dessein d'un jeune enfant, peut être magnifique, nous toucher, mais ce ne sera de l'art puisqu'il n'établit pas de rapport avec nous et avec l'histoire de l'art, tout simplement. Il s'agit d'un beau dessein.

Évidemment, dans un monde idéal, il faudrait comprendre un peu les clés de cette riche histoire de l'art (surtout celle du dernier siècle), chaotique et bouillante saga des formes pour porter un jugement. Marcel Duchamp, disait qu’une oeuvre d’art, c’est 50% l’œuvre et 50% le regardeur

Et il avait raison. On doit être ouvert et avoir un minimum de culture pour apprécier à sa juste valeur une oeuvre.

Toutefois, Fiston, ne t'en fais fait pas trop avec les définitions et les concepts. En résumé: va voir des oeuvres, visites des galeries et, quand tu le voudras, on pourra en discuter ensemble sur notre chic balcon du Plateau...Tu verras discuter du Beau, de l'art...c'est très agréable.

NB L'oeuvre est de Mrzyk/Moriceau (2005)

samedi, juillet 14, 2007

Art contemporain et Fiston: le divorce

Grâce à ma participation au Groupe CollectArt, je viens d'accrocher dans mon salon une magnifique oeuvre de Jessica Auer: Las Vegas, Nevada.

Jessica Auer (née à Montréal en 1978), fascinée par les sites populaires et touristiques, a produit une série de photographies prises en Amérique du Nord et en Amérique du Sud où le paysage et l’architecture ont été préservés, rénovés ou altérés, ou construits tout récemment. Nous venons d'acheter une des photos de cette série de cette artiste montante de l'art contemporain.

Contrairement au travail de l'artiste photographe montréalaise Isabelle Hayeur par exemple, il s'agit de photos non retouchées; tout le message est dans l'angle d'approche de l'artiste.


Jessica Auer Las Vegas, Nevada (2007)

Fiston est dubitatif devant cette oeuvre et la démarche. Comment une simple photo réelle (non retouchée) et touristique en plus, d'un lieu comme Las Vegas, peut être de l'art? Les rares personnes qui ont vu ma nouvelle oeuvre sont tous (ou presque) aussi perplexes que Fiston.

Est-ce bien de l'art m'a demandé Fiston? Ben oui, je t'expliquerai tout cela dans mon prochain billet...À suivre donc sur L'Ancien et le moderne...

mardi, avril 24, 2007

Un tableau


« Se rappeler qu'un tableau -avant d'être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote - est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. Maurice Denis, Revue Art et Critique, 30 août 1890



Marc Séguin (2004)

dimanche, janvier 21, 2007

Un Don Juan mêlé au TNM...

J'aime le théâtre classique. Mais le revisité, celui qui allie l'ancien et le moderne comme pour montrer que certains thèmes transcendent les siècles et peuvent encore nous toucher. À Montréal, le Théâtre du nouveau monde (TNM) joue très bien ce rôle. J'avais donc hâte d'assister à la première de Don Juan de Molière (jeudi dernier). Après avoir été présenté en anglais et en français au Festival de Stratford, en Ontario, l'été dernier, le Don Juan de mon amie Lorraine Pintal prend maintenant l'affiche au TNM. Entre les deux productions, une différence importante: James Hyndman succède à Colm Feore dans le rôle-titre. Ce rôle principal au comédien vedette de la télé-série "Rumeurs" a attiré tous les feux médiatiques depuis 2 semaines.

On dit que Don Juan est sans doute le personnage de Molière le plus complexe, du moins le plus énigmatique. Il semble traverser la vie avec une faim inassouvie, une soif de conquête toujours renouvelée qui le mènera à sa perte. Libertin de moeurs et de pensées, Don Juan, dont la seule croyance est que « deux et deux font quatre », s'attire la condamnation du ciel pour ses mauvaises moeurs et son absence de remords.

Molière allie dans cette pièce un côté sombre, le destin tragique de Don Juan, à la farce bouffonne, aux gags gestuels et au comique verbal qui prennent le visage de Sganarelle (Benoît Brière, imbattable dans ce registre), le valet poltron et principal témoin des conquêtes de Don Juan.

Si Brière est plus qu'efficace dans ce rôle qui lui va comme un gant, on ne peut pas en dire de même pour le choix du Don Juan, c'est-à-dire James Hyndman.

Ce dernier, malgré sa stature et un charisme certain, n'arrive pas à imposer complètement son Don Juan. Il semble hésiter entre un flegme amusé, une supériorité parfois grossière et une témérité maladroite. Sa rébellion paraît incertaine et dictée par des coups de tête. Disons donc que, déployés dans le décor sobre et magnifique du TNM, James Hyndman me semblait bien mêlé lors de cette première.

Je note cependant la brillante (mais courte) prestation de Claude Laroche (M. Dimanche, un créancier) qui se démarque nettement dans cette distribution. Je crois que je voyais jeudi dernier ma 4e versions à vie de Don juan (dont 3 au TNM), et je tiens à souligner l'exceptionnelle scénographie, surtout pour les apparitions de l'au-delà du mystérieux Commandeur, par qui Don Juan rencontrera son funeste destin.

En conclusion, de loin mon meilleur Don Juan en ce qui concerne la mise-en-scène, la scénographie et le jeu de Sganarelle (Benoît Brière), mais aussi de loin la plus décevante interprétation du personnage principal, Don Juan...

NB En mai prochain, l'Opéra de Montréal, produit le Don Giovanni de Mozart. L'oeuvre de Mozart est inspiré grandement du Don Juan de Molière. À ne pas manquer!

NNB Pour mieux comprendre cette pièce de Molière, je ne saurai trop vous conseiller la lecture du chapitre premier du livre de Thierry Hentsch, Le temps aboli. "Don Juan, L'amour scélérat." p.13 à 29.

mercredi, juin 28, 2006

Lumières d'Europe

Je retiens une chose de cette première étape de mon voyage actuel en Europe; ce sont les lumières.

Dans un premier temps, lumière du ciel constamment en changement de Dublin. La pluie suivie d'un soleil maritime venait trop souvent brouiller les pistes. Mais sinon, à part les pubs à tous les coins de rues et la visite intéressante de l'usine Guinness, pas grand'chose à raconter de cette ville grise, à l'architecture ouvrière d'inspiration anglaise que l'on dit en pleine expansion....Peut-être rajouter que les gens de Dublin ont le sens de la fête et ça les distinguent drôlement des anglais...

Plus intéressant sont les rapports à la lumière de Rembrandt et Van Gogh que j'ai pu observer dans les musées d'Amsterdam. Assez frappant et surprenant comment les deux peintres utilisent la lumière avec force mais dans des directions opposées. Rembrandt (XVIIe s.) use un style pictural dramatique où les forts contrastes lui valent rapidement une grande réputation de son vivant en faisant évoluer le style classique de son époque.

Auto-portrait de Rembrandt (1629)


Cet auto-portrait de Rembrandt (peint lorsqu'il avait 22 ans!) que j'ai vu au RijksMuseum d'Amsterdam m'a frappé par (bien-sûr) son jeu de lumière mais surtout sa modernité. Hors de son contexte, on pourrait croire à une oeuvre du milieu du XIXe s et non du début du XVIIe, il me semble. C'est un portrait plein d'audace, car la lumière provient de l'arrière et la majeure partie du visage de l'artiste se trouve dans l'ombre. Seuls sont éclairés le cou et le bas du visage. Pour ses cheveux, il a réussi a suggérer le jeu des boucles en inventant une nouvelle technique: gratter dans la peinture encore humide...

Le tourmenté Van Gogh (1853-1890) vit pour la première fois des impressionnistes et des post-impressionnistes en début 1886 lors de son arrivé à Paris. La palette de couleur sombre qu'il utilisait en Hollande s'avéra désespérément démodée. Son génie fût de transformer radicalement et rapidement son jeu de couleur.

Son séjour en Provence confirma son style lumineux.

Paysage de Provence de Van Gogh (1889)



Mais les peintures de Van Gogh, toutes lumineuses quelles soient, rendent tristes. Il admirait le sombre Remblandt qui est mort agé et heureux semble-t-il. Il n'a cependant jamais trouvé sa sérénité; son oeuvre étant indissociable de sa vie tragique et de son mal de vivre.

Je n'aime pas la période impressionniste, peut-être parce que trop banalisée par les posters de cuisine...Mais voir de près les toiles de Van Gogh, constater l'épaisseur de la toile crée par les petits coups de spatules..ça redonne la foi! C'est à Amsterdam, en regardant un paysage de Van Gogh que j'ai pris conscience de l'importance de voir les oeuvres réelles de proche.

Aucune image numérique ou papier, aucune reproduction sur un blogue ne peut transmettre l'émotion comme de les voir pour le vrai.

La révolution numérique ne remplacera pas (heureusement) la nécessité d'aller régulièrement dans les grands musées du monde...

mercredi, juin 01, 2005

Sainte Sophie et Istanbul

Il y a des rencontres qui marque et ma visite de sainte-Sophie en est une, pour sûr!

Sainte-Sophie témoigne depuis plus de 14 siècle de la grandeur et du raffinement de l'Empire bizantin. L'empereur Constantin (d'où provient l'ancien nom de la ville "Constantinople") construisit une première église qui brûla après quelques décennies. L'empereur Justinien inaugura le vaste édifice en 537 ap JC...après 5 ans de travaux à peine...un prodige pour l'époque (10 000 travailleurs et un investissement qui représentait l'ensemble des revenus de l'empire de plusieurs années...). On a rajouté les minarets après la prise de Constantinople en 1453.





J'ai eu l'impression que Sainte-Sophie a été conçu comme un réel miroir terrestre des cieux, son intérieur réussit à donner un véritable sentiment d'élévation en attirant le regard vers le sommet...incroyable avec sa haute coupole centrale. Les mosaiques byzantines qui ont été conservées sont renversantes.

Malheureusement, je ne puis ici intégrer une photo de qualité de la mosaique de la Déisis (11e s. ap JC) montrant le Christ Pantocrator (tout-puissant) en compagnie de la Vierge et de Saint-Jean-Baptiste (à droite)...J'ai pu m'approcher à quelques pieds du Jean-Baptiste d'une tristesse infinie. Cette émotion ressentie après mille ans et tout cela à partir de milliers de minsucules céramiques multicolores..Wow!




Mes amis! Allez vite à Istanbul si ce n'est que pour allez voir ce regard byzantin de St-Jean Baptiste pactisant avec douleur avec la destinée...à l'intérieur de l'église la plus belle au monde...

lundi, mars 07, 2005

El Greco à Madrid

Le Musée du Prado (à Madrid) est le grand musée national espagnol et à ce titre un peu décevant…en comparaison de ce que l’on trouve à Paris, Rome, Berlin, Vienne et Athènes. Ce musée ne me semble pas avoir les moyens de ses ambitions et peu représentatif à part bien sûr la peinture espagnole. D’ailleurs la collection du musée est centrée sur les 3 vedettes de l’histoire de l’art espagnol (non contemporain) : Goya, Vélasquez et El Greco. Je devrai dire Goya et Vélasquez puisqu’El Greco me semblait un peu en retrait lors de ma visite du mois de janvier dernier.

J’ai l’impression qu’El Greco est moins populaire aujourd’hui parce que sa peinture est essentiellement religieuse contrairement à Vélasquez par exemple (j’adore mon blogue, il me permet d’affirmer plein de théories avec l’aplomb du spécialiste!)

El Greco ne m’était pas complètement inconnu. Probablement un vieux fond de culture général occidental, le nom me disait quelques choses, je savais que c’était un peintre mais a part de ça…En fait, ma rencontre avec El Greco m’a beaucoup émue.

El Greco (1541-1614) était un artiste grec dont le style chargé d’émotion exprime la passion de l’Espagne de la Contre-Réforme.

L’intensité obsédante des peintures d’El Greco est due à l’élongation exagérée des figures et aux puissants contrastes de couleur et de lumière.

Né en Crète, Domenikos Theotokopoulos reçut le nom d’El Greco—le Grec—en Italie et en Espagne. Après avoir travaillé comme peintre d’icônes, il quitta la Crète en 1568 pour étudier la peinture occidentale à Venise. Là il subit l’influence des artistes vénitiens Titien et Tintoret, dont il adopta les couleurs riches et la technique libre et spontanée. Deux ans plus tard environ, il partit pour Rome où des artistes tels que Michel-Ange venaient d’élaborer un style nouveau, maniériste, qui substituait à la représentation réaliste du monde physique une vision plus subjective, fondée non pas sur l’observation de la nature, mais sur le monde de l’esprit. Dans les oeuvres maniéristes l’espace était ressérré, les couleurs bizarres, et les figures aux corps allongés étaient groupées en des poses complexes.

N’ayant pas réussi à s’attirer des commandes importantes en Italie, El Greco se rendit en Espagne. En 1577, il était à Tolède où il resta jusqu’à la fin de sa vie et où il peignit ses oeuvres les plus importantes. Dans l’isolement relatif de l’Espagne de l’époque il continua à explorer et à développer les possibilités du maniérisme alors qu’en Italie ses contemporains revenaient à des styles plus naturalistes.

C’est ce cheminement particulier qui a fait le style El Greco.

J’ai été émerveillé entre autres par " la Sainte Trinité " (1577) que j’ai ajouté à la suite. Est-ce cela aussi le bonheur, l’émerveillement d’une rencontre lumineuse avec un artiste d’un autre temps?



Pour les curieux, voici un texte expliquant la Sainte Trinité du point de vue de l’église catholique:

La façon la plus simple d'expliquer la Trinité est de considérer qu'elle s'est développée à partir d'une question fondamentale : Qui est Jésus Christ? Juste un homme… Plus qu'un homme, moins qu'un dieu… Dieu lui-même…? C'est cette dernière réponse qui a prévalu, mais elle a pris beaucoup de temps à se formuler. Et à partir du moment où l'on conçoit que Jésus est Dieu, alors comment penser sa relation au Père? Comment interpréter l'expérience de foi toujours renouvelée des communautés chrétiennes et la fulgurante expansion de cette expérience aux premiers siècles de notre ère, sinon que l'Esprit de Jésus était toujours vivant et que, même s'il est vrai que pendant sa vie terrestre, il n'a jamais fondé de religion, il conduisait ce qu'on appellera l'Église. La Trinité est donc la relation d'amour qui subsiste entre le Père, le Fils et l'Esprit. Comme cet Esprit est celui de Jésus Christ, c'est Lui qui nous fait entrer dans cet espace de communion des trois personnes divines.

dimanche, décembre 26, 2004

L'ange de Paris...

J'ai fait un arrêt à Paris il y a 3 mois (de retour de mon voyage d'Égypte) essentiellement pour voir un tableau de Delacroix. Dans cette église, l'auteur affirmait que la lumière automnale était idéale pour apprécier cette peinture du XIXe. Ce 1er octobre 2004, en début d'après-midi, le soleil faisait miroité "La Lutte avec l'ange" et j'étais émerveillé...
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J'ai lu (en 2002 je crois) un livre qui m'a boulversé, la "Lutte avec l'ange" de Jean-Paul Kaufmann.

Ce livre essai personnel/quête part d'une fascination de Kaufmann pour une peinture de Delacroix (La lutte avec l'ange) peinte sur les murailles de l'église Saint-Sulpice. L'oeuvre reprend un épisode de l'Ancien testament lorsque Jacob lutte avec un Ange (?--pas évident si c'était un ange!) avant d'aller rencontrer Esaü (au prix d'une infirmité qu'il gardera toute sa vie). Prétexte pour rencontrer Delacroix à la fin de sa vie (la lutte avec l'ange étant sa dernière oeuvre majeure), son époque (le 19e siècle), l'église St-Sulpice--que je n'avais jamais visité encore--, les concerts d'orgues de Mozart (Delacroix aimait peintre sur les airs de l'orgue de St-Sulpice), Baudelaire (un ami de Delacroix) et l'Ancien testament. C'est drôle, dans ma lecture personnelle de l'Ancien testament, je n'avais pas relevé ce passage de la Lutte avec l'Ange...je l'ai relu depuis ce temps plusieurs fois (Genèse XXXII, 23-33). Ce livre fût une révélation lumineuse pour moi. Voir critique ci-jointe que j'ai trouvé sur Internet.
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Le mystère Delacroix
par Armelle Godeluck
Lire, mai 2001

Kaufmann est ici au centre de sa quête autour d'une fresque d'une église: La lutte de Jacob avec l'Ange peinte à la fin de sa vie par Delacroix à Saint-Sulpice, dans le VIe arrondissement de Paris. Une peinture qui a coûté beaucoup de tourments à l'artiste. Il lui fallut cinq ans de réflexion entre la commande passée en 1849 et le début des travaux et sept autres années, avec bien des interruptions, pour mener l'oeuvre à son terme, en 1861. Le commissaire Kauffmann qui apprécie l'investigation à la Maigret et qui a gardé de sa fréquentation assidue de la Bible dans son enfance le goût de l'exégèse, opère par de circulaires travaux d'approche, flâneries sur les chemins de traverse, tous les sens enéveil. Il n'en finit plus d'escalader les tours et les toits de sa chère Saint-Sulpice, inachevée et menaçant ruine, d'en humer les parfums suris, de se perdre dans ses labyrinthes, de faire connaissance avec ses habitants, sacristain ou sculpteur, ou encore visiteur clandestin, comme ce funambule luttant avec l'ange un petit matin entre les deux tours... Il questionne l'historien d'art, la conférencière, le curé, une descendante de Delacroix, se plonge dans le Journal du peintre, erre sur les lieux qu'il a habités.Et que cherche au juste M. le commissaire? Les raisons pour lesquelles Delacroix a choisi le thème de La lutte de Jacob avec l'Ange et tant peiné sur cette fresque, la part de mystère qu'elle renferme, sans doute à l'origine de sa propre fascination. Sensible et humaniste, ce récit se fait entendre comme une voix qui appelle et rejoint celles du passé. Une voix qui chantonne en sourdine pour calmer l'inquiétude.