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samedi, octobre 25, 2008

Mes 10 billets favoris (oups 12...)

Je ne dis pas encore que je suis à l'heure des bilans (de ce blogue) comme si j'avais encore le goût de maintenir le fils...j'ai seulement le désir de me replonger dans la lecture de mes billets favoris. Alors voilà, mes 10 (plutôt 12) billets favoris de l'Ancien et le moderne (maintenant Le lecteur de romans russes) sur les quelques 200 que j'ai publiés :

1- Les Frères Karamazov (c'est le titre de ce billet qui a inspiré le nouveau nom de ce blogue)

2- Le Quartier rouge (Amsterdam)

3- Mes romans du XXe siècle : Isaac Asimov

4- Sur le désir

5- J'appelle une décennie glorieuse

6- La tradégie de Dawson

7- Fier d'être un occidental

8- Un vendredi saint à Montréal

9-Lire Xénophon en 2006

10- Albert Camus, nous et la futilité de la vie

11- Que faire de nos vies (2e partie)

12- La Belle du Seigneur d'Albert Cohen...

lundi, septembre 15, 2008

Que conserver de notre vie?

S’il n’y avait qu’un seul instant de notre vie à emporter pour le grand voyage, lequel choisir?

Au détriment de quoi et de qui?

Et surtout, comment se reconnaître au milieu de tant d’ombres, de tant de lumières, de tant de titans?...

Qui sommes-nous au juste?

Ce que nous avons été ou bien ce que nous aurions aimé être? Le tort que nous avons causé ou bien celui que nous avons subi? Les rendez-vous que nous avons ratés ou les rencontres fortuites qui ont dévié le cours de notre destin? Les coulisses qui nous ont préservés de la vanité ou bien les feux de la rampe qui nous ont servi de bûchers?

Nous sommes tout cela en même temps, toute la vie qui a été la nôtre, avec ses hauts et ses bas, ses prouesses et ses vicissitudes; nous sommes aussi l’ensemble des fantômes qui nous hantent… nous sommes plusieurs personnages en un, si convaincants dans les différents rôles que nous avons assumés qu’il nous est impossible de savoir lequel nous avons été vraiment, lequel nous sommes devenus, lequel nous survivra.

Tiré de Ce que le jour doit à la nuit
de Yasmina Khadra (Julliard, 2008)

mardi, septembre 02, 2008

L'enfance

L’enfance, je crois que personne ne la quitte vraiment.

On peut la rejeter, bien sûr, mais c’est la meilleure preuve qu’on y tient. C’est comme une forêt vierge, l’enfance. Souvent, quand on la vit, on la subit. Mais on se construit, en même temps, une série de chambres obscures qu’on n’arrivera jamais, plus tard, à explorer jusqu’au bout…

L'enfance, c'est tout ce que l’on a perdu et ce que l’on a gardé. C'est ce qu'on n’a jamais cédé et ce qu'on a cédé trop facilement, même pour ne rien obtenir…

C’est dérisoire, mais il n’y a sans doute que cela de vrai.

La vie n'est peut-être qu'un long aller-retour entre soi et les débuts de notre existence.

Tiré (et adapté) de Fanny Ardant

mercredi, juin 18, 2008

Alors Pourquoi ce changement?

J'ai toujours eu du plaisir à écrire sur mon blogue...j'ai déjà expliqué à quelques reprises pourquoi, Ici par exemple.

Mais avec le temps, le plaisir a changé.

En fait, j'aime pouvoir exprimer mes passions mais aussi mon côté lyrique qui ne se manifeste que trop rarement. Quand je suis bien et que je ne sens aucune contrainte ou jugement éventuel, je peux me permetre d'écrire des billets comme celui sur ma décennie glorieuse, l'automne dernier.

Mais je suis comme je suis, et pour y arriver je dois d'être anonyme ou presque.

Mon blogue, sous son titre précédent L'Ancien et le moderne, a eu (à la longue) un succès qui m'a surpris.

Entendons-nous bien , un succès dans le cadre d'un blogue plutôt passif, littéraire et francophone....J'ai eu 10 000 visites pour un mois en 2007 ...moi qui ne voulait qu'écrire pour Fiston, quelques amis et pour ceux que le hasard avait permis de me trouver.

J'avais un groupe de lectrices dans le sud de la France et mes collègues de bureau se sont mis à commenter mes billets entre eux...

En fait, tout cela est très positif mais moi, pour des raisons que seul mon psy pourraient identifiées, cela m'a éteint...plus capable de sortir le côté lyrique en moi.

Ma solution fut donc de changer de nom et d'adresse, de perdre mon référencement ainsi que de me limiter à aviser quelques lecteurs et amis.

Donc, je recommence à zéro ou presque...peu de lecteurs et un nouveau souffle je l'espère.

Merci pour ceux qui me suivent

Le lecteur de romans russes

samedi, mai 17, 2008

Stigmate

Prendre un café ébouriffé
Dans un matin de souterrain
Ne rien vouloir et tout toffer
Fais-toi z'en pas tout le monde fait ça

Regarder un peu à côté
Dans le miroir pour ne pas se voir
Ne pas aimer ce qu'on a l'air
Se faire la barbe à quoi ça sert
Fais-toi z'en pas tout le monde fait ça

Ouvrir la porte et puis sortir
Pis avoir envie de revenir
De se coucher pis de dormir
Parce qui fait trop beau soleil...
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Extrait de la chanson Fais-toi z'en pas de Robert Charlebois (parole: Réjean Ducharme)

Je n'ai pu aller au funéral de Francine aujourd'hui. Pas capable. À la place, j'écoute en boucle une vieille toune triste de Charlebois. Je sais qu'il fait actuellement un beau gros soleil sur Montréal mais moi j'ai fermé tous mes rideaux.

Je me sens encore en stigmate. Une peine physique je dirais. Mais pas seulement à cause de la mort et la perte...mais surtout à cause de toute la douleur qu'a dû connaître Francine pour en arriver là.
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Marcher tout seul sur le trottoir
Rencontrer des gens solitaires
Aimer mieux regarder par terre
Les sacs de chips écrapoutis

lundi, mai 12, 2008

Une amie

Une amie est morte ce week-end. C'est ce que l'on m'a dit au téléphone cet après-midi.

Francine. Que je voyais de temps en temps et que j'estimais beaucoup. Belle, fine et intelligente.

En désarroi, elle était semble-t-il.

Cette nouvelle m'a assommée et m'oppresse.

Parce que j'aurais aimé passer un peu de temps avec elle pour lui parler du chemin. Je le vois, moi le chemin. Il est devant, pas toujours droit, pas toujours facile mais très clairement à mes pieds. Il y a un sens, il y a une direction.

Francine avait perdu l'espoir même que le chemin existe. J'aurais aimé lui en parler. Je crois que je serais parvenu à lui montrer.

Mais elle est partie à jamais dans l'indifférence du bruit de notre civilisation.

Et j'en suis tellement triste...

dimanche, octobre 28, 2007

J'appelle une décennie glorieuse!

Bonjour à tous,

L'été 2007 est derrière nous. Les jours sont frais, le temps passe inexorablement et la vie est bonne pour moi.

Par moment, je crains de perdre ma bonne étoile, que tout cela arrête et que je descende comme d'autres vers les bas coteaux où personne ne veut aller. Alors pour conjurer le (futur!) mauvais sort, pour mettre toutes les chances de mon côté; j'ose un geste insensé.

J'appelle les dieux dans mon blogue pour obtenir un souhait formidable: une autre décennie glorieuse.

Alors aujourd'hui et par devant les lecteurs de ce modeste blogue, je m'en remets officiellement à:

Jésus de Nazareth, Yahvé, Héra, Mahomet, Krishna, Shivas, Allah, Gilgamesh, Osiris, Isis, Mithra, Manitou, Zeus, Poséidon, Arès, Hermès, Bouddha, Héphaïstos, Aphrodite, Athéna, Apollon, Artémis, Horus, Baal, Bouddha, Amon-Ré, Mout, Hapi, et Seth.

Je sais, chers Dieux, que l'inconscience infinie des hommes, l'Afrique et les autres calamités du monde habitent bien vos pensées mais je ne vous détournerai de vos devoirs nécessaires qu'un petit instant.

Voilà, j'en appelle à vous pour obtenir une décennie glorieuse. En fait un modeste 3652 jours (je n'oublie le deux années bissextiles, 2 jours c'est précieux) d'élévation et de bonheur pour moi et les miens qui me permettront:

- De vivre au service de l'intensité à chaque moment;

- De continuer de rencontrer des passions et des hommes;

- D'être utile du mieux que je le peux pour les personnes que la destinée aura placée sur ma route;

- De jeter un premier regard sur Jérusalem et autres villes insensées;

- De rencontrer encore une fois (sinon deux!) le syndrome de Stendhal ;

- Comprendre enfin le fin du fin des choses et peut-être accepter l'inexorable;

- De revivre l'émotion de découvrir un autre roman du type "Belle du Seigneur";

- La santé pour Fiston, amis, amour, famille et un peu pour moi. Comment être glorieux si ceux que l'on aime sont dans la détresse?

Alors Jésus de Nazareth, Yahvé, Héra, Mahomet, Krishna, Shivas, Allah, Gilgamesh, Osiris, Isis, Mithra, Manitou, Zeus, Poséidon, Arès, Hermès, Bouddha, Héphaïstos, Aphrodite, Athéna, Apollon, Artémis, Horus, Baal, Bouddha, Amon-Ré, Mout, Hapi et Seth; entendez cette prière pour une décennie glorieuse et vous pouvez être assuré que je prendrai bien soin de ses 3652 jours.

Après puisqu'il le faut depuis la nuit des temps et pour augmenter votre sens de l'écoute, je vous offrirai quelques offrandes comme il se doit (au seuil de la 11e année). Alors si mes voeux sont exaucés :

- J'irai distribuer à des gens qui en ont plus besoin que moi, toutes les pauvres économies que ma vie intense aura préservées. Démuni je serai.
- Plus difficile, j'assisterai sans broncher durant tout l'été 2018, et cela à tous les mardi midis, aux concerts d'orgues de l'église unie St-James de Montréal.


Merci Jésus de Nazareth, Yahvé, Héra, Mahomet, Krishna, Shivas, Allah, Gilgamesh, Osiris, Isis, Mithra, Manitou, Zeus, Poséidon, Arès, Hermès, Bouddha, Héphaïstos, Aphrodite, Athéna, Apollon, Artémis, Horus, Baal, Bouddha, Amon-Ré, Mout, Hapi, Seth...retourner maintenant à vos tâches urgentes.

Moi, je commence demain ma décennie glorieuse!

A&M

samedi, juillet 07, 2007

Mon été Anna Karénine

J'entends ici et là les projets de vacances de mes amis et voisins pour l'été qui est à nos portes: Repos au chalet, visite de la Gaspésie, de Chicago ou de Charlevoix, rénovations de cuisine ou excursions en voilier. Et vous savez quoi, je suis très heureux que mes amis soient heureux à préparer de si nobles vacances.

Mais moi cet été, je serai ailleurs. Avec les livres de Léon Tolstoï.

Que voulez-moi; moi je veux allez en Russie au XIXe s.. Je veux partager la vie d'Anna Karénine en me noyant dans le grand et long roman de Tolstoï.

Je me visualise très bien dans mon projet de vacances; lisant lentement, tournant les pages une après l'autre en espérant toujours que ce ne soit pas la dernière. M'exerçant à imaginer le décor décrit par Tolstoï. Mon seul soucis étant d'avoir un peu d'eau à côté de moi et de la bonne musique (tiens du jazz pourquoi pas?) pour m'accompagner.

Je viens d'acheter une nouvelle édition, ce qui me permettra de croire que je lirai Anna Karénine pour la première fois...je suis fin prêt pour mon été!

Alors bonne vacances à tous. Quelles vous apportent bonheurs et sérénité.

L'Ancien et le moderne

Pas toujours facile la vie de blogueurs

Je continue mon petit bout de route de blogueurs sans trop m'intéresser à mes statistiques. On appelle ça l'extase par le détachement...J'essaie surtout de me remettre à l'écriture de mon blogue que je délaisse un peu depuis 2 mois.

Ceux qui me lisent savent bien que mon blogue se situe du bord de la candeur et du beau côté des choses...Mais voilà que j'ai un lecteur qui interprète bien mal mes textes....

Sur mes 210 billets en 2 ans et demi, j'ai commis 2 ou 3 observations sur la nature masculine ou si vous voulez la définition d'un "vrai gars" .

Ce matin, pour la première fois en plusieurs semaines, j'ai vérifié mes statistiques et les redirections vers mon site. J'ai remarqué que le site Gars content.com - un site masculin (anti-femme et de droite)- faisait un lien vers un de mes billets sur cette question.

Voilà mes deux billets sur la masculinité (de mars 2005!!) :

- Le vrai gars de la Revue urbania

- Alors qu'est-ce qu'un vrai gars

Il me semble que mes propos ne méritent pas de telles liaisons...je m'en dissocie complètement.

A&M

mercredi, juin 06, 2007

Fiston et mon blogue

Résumé d'une conversation récente avec mon Fiston:


Fiston: Hé, qu'est-ce qui arrive avec ton blogue?

Ancien et le moderne: Je prend une petite pause. Le tourbillon de la vie sans doute mais ce n'est pas définitif.

Fiston: Tant mieux, mais tu avais peut-être besoin de cette pause...

A&M: ??

Fiston: Ben, ton blogue était moins bon récemment.

A&M: Tu trouves?

Fiston: Oui, depuis quelques mois, je le trouve inégal . Moins de billets "personnels" sur tes passions intellectuelles et je crois que c'est ce qui faisait le charme de ton blogue. C'était le fun quand tu nous parlais de musique, d'art contemporain, de Victor Hugo, de la Grèce antique, de philosophie existantialiste ou même des restaurants de Montréal.

A&M: Peut-être

Fiston : Tu as écrit pas mal sur le Web 2.0, les blogues et autres phénomènes technologiques.

A&M: Tu n'aimes pas cela?

Fiston: Un peu mais ce n'est pas ta force et il y en tant de monde qui écrivent là-dessus. Si tu ne parles pas de cela avec un point de vue personnel...à quoi ca sert??

A&M: Ouain...tu as peut-être raison, je vais penser à tout cela. Merci.

Fiston: Et puis svp...

A&M: Quoi?

Fiston: Arrête de me citer dans ton blogue, c'est fatiguant à la fin...

A&M: Sure, Fiston, sure...

vendredi, avril 06, 2007

Un vendredi saint à Montréal

Ma lecture du "James Joyce" de Victor-Lévy Beaulieu est fastidieuse en ce vendredi saint. VLB a écrit un grand livre sur un grand écrivain, sans l'ombre d'un doute, avec des phrases magnifiques comme je les aime pleine d'ambitions et de perplexité.

Mais les livres de VLB (comme ceux de J. Joyce) sont aussi remplis de religion catholique, d'images religieuses, de Christ crucifié, de Jésus de plâtre, d'encens et de lampions. Tordus entre leurs démons et la vertu. Cela me rappelle un peu trop mes grand-mères et ma toute petite enfance.

J'ai besoin de prendre l'air. Je quitte VLB à la 327e page (sur 1100!!) pour aller me promener sur le Plateau. C'est un après-midi gris et venteux à Montréal. L'avenue Mont-Royal est pleine de monde en ce jour de pseudo congé pascal.

Tous les magasins sont ouverts comme si de rien n'était et effectivement je ne sens aucune spiritualité nulle part. Certaines personnes traînent en se promenant ou en faisant leurs emplettes alors que d'autres se pressent.

Je me rends compte que je cherche le recueillement, mais dans cette masse incongrue, je me trouve plutôt à Babel. J'essaie d'accélérer le pas.

Je m'arrête au coin de Berri et Mont-Royal pour regarder passer une longue procession de catholiques dans le cadre de la marche du pardon. Foule vraiment bigarrée de pauvres bougres qui passent devant moi, croix à la main.

Avec mon VLB dans la tête, je suis aux antipodes de tout état de grâce. Je ne sais pas trop pourquoi, j'arrête au Sanctuaire du Saint-Sacrement tout juste à côté, sur l'avenue Mont-Royal. Je rentre pendant la prière silencieuse.

Je ne vais jamais à la messe donc je ne connais pas cette formule: pas de messe ni cérémonie, juste des passants qui rentrent 10-15-20 minutes pour se recueillir et ressortent. Je m'assois et observe cette grande église avec sa centaine de personnes solitaires qui y prient (ou se reposent) pendant un court moment. Je suis intrigué par cette congrégation monastique de Jérusalem installée en plein coeur de Montréal.

Je regarde sans regarder en tentant de m'enlever les démons de mes auteurs fétiches. Ne penser à rien. J'arrive en une quinzaine de minutes à extraire toutes images de ma tête.

En sortant, je suis abordé par la Soeur hospitalière (je crois) qui me demande si je vais bien avec un grand sourire religieux comme dans les films de Fernandel. Je lui ai dit que ma petite pause au Sanctuaire m'avait fait du bien mais que l'esprit du Vendredi saint à Montréal avait laissé place à l'indifférence et au commerce. Nullement étonnée, elle me dit ceci: «C'était probablement comme ça au temps de Jésus. Le temps devait être aussi gris et la foule devait être aussi désordonnée et affairée à Jérusalem. Personne ne chantait de chants religieux avec recueillement dans la rue...Votre expérience est proche de la réalité que Jésus a lui-même vécue. Le saviez-vous?»

Non je ne le savais pas... Je la remercie et je laisse derrière moi, j'en suis certain, la bonté incarnée. Je retourne dans mon monde en ne comprenant toujours pas ce que cette gentille Soeur voulait bien me dire et surtout pourquoi.

samedi, mars 31, 2007

Chronique d'un samedi matin

Le temps est beau sur le Plateau Mont-Royal en ce dernier jour du mois de mars 2007. Ensoleillé et printanier Plateau.

J'arrive d'aller prendre une grande marche où j'étais entouré de plein de gens souriants qui font le charme de ce secteur de Montréal: des paumés, des artistes, des nouveaux arrivés, des étudiants et plein de familles avec des poussettes.

La lecture de mes journaux quotidiens m'a rappelée de façon surprenante à l'Ancien et le moderne. Comme si tous les journalistes de La Presse et du Devoir s'était donné le mot pour reprendre les thèmes de ce blogue. Des exemples??:

1- Dès la page A-2 du journal La Presse d'aujourd'hui (samedi 31 mars 07), je suis frappé par une immense photo de Victor-Lévy Beaulieu (VLB) au-dessus d'une chronique de Pierre Flogia débutant avec des extraits et propos du dernier livre de VLB sur James Joyce. Je suis justement en train de lire le James Joyce de Victor-Lévy Beaulieu pour préparer ma lecture du roman de James Joyce: Ulysse. Ceux qui suivent mon blogue, savent que je me suis lancé dans une série de commentaires sur 25 romans du XXe s. qui m'ont marqué. J'ai publié huit textes et mon prochain doit justement porter sur l'Ulysse de James Joyce.

2- Toujours dans le cahier A du Journal La Presse, on annonce que le réalisateur (S. Jacobovici) canadien du film controversé "Le tombeau de Jésus" sera à Montréal cette semaine pour faire la promotion de son film. Il sera même demain à l'émission dominicale de Radio-Canada, "Tout le monde en parle". Je disais bien du mal des théories qui supportent le documentaire dans un billet récent.

3- À la page suivante du même quotidien montréalais, on annonce la nouvelle théorie de l'architecte français Jean-Pierre Houdin qui explique la mystérieuse construction de la grande pyramide de Khéops par l'installation (il y a 4500 ans lors de la construction) d'une rampe intérieure en spirale jusqu'au sommet.

« Plus qu'intéressante, la théorie de Jean-Pierre Houdin est à la fois cohérente et révolutionnaire. L'une des grandes qualités de l'architecte, est de prendre les bâtisseurs de l'époque au sérieux. Il les considère comme de grands maîtres de la construction, de véritables ingénieurs », déclare Rainer Stadelmann, égyptologue spécialiste des pyramides, ancien directeur de l'Institut allemand d'Archéologie du Caire.

4- Même mon bon ami Paul, un des premiers lecteurs de ce blogue, est cité dans Le Devoir dans une phrase qui restera célèbre et digne du philosophe allemand Heidegger: "Dans notre tendance à l'égocentrisme, on tient facilement pour acquis que tout le monde aime ce qu'on aime".

5- Dans La Presse, un bon article sur l'année du Wi-Fi dans les grandes villes et la situation à Montréal. En fait, plusieurs villes se dotent de réseau sans fil pour les internautes. J'avais écrit en novembre passé un billet sur le projet Montréal sans fil dont on reparle dans cet article.

6- Finalement, je lis dans Le Devoir de ce matin une critique (fort positive) du dernier livre du français Emmanuel Carrère " Le roman russe", un livre du futur de L'Ancien et le moderne parce que je le lirai bientôt. Le thème en est formidable: comment arriver à assumer une vie qui se vit comme un roman russe c'est-à-dire déchirée entre les abîmes de la passion inconsidérée et un contexte sinon impossible à tout le moins difficile?

Bon! Je voulais vous parler de bien d'autres choses ce matin mais il fait trop beau soleil dehors...

mercredi, mars 21, 2007

Le bonheur selon Alain

Au cours de la dernière année, quelques lecteurs m'ont écrit sur le philosophe français Alain (1868-1951) à la suite des mes articles sur le sens de la vie. Alain semble toucher une fibre. J'ai reçu encore hier un courriel très senti sur lui.

Alain met au point à partir de 1906 le genre littéraire qui le caractérise, les "Propos". Ce sont de courts articles, inspirés par des événements de la vie de tous les jours, au style concis et aux formules séduisantes, qui couvrent presque tous les domaines. Plusieurs des "Propos" circulent encore beaucoup.

J'ai hésité avant de vous parler d'Alain parce que je trouve que ses textes (surtout ceux sur le bonheur et l'approche de la vie) vieillissent mal quoique gardant un certain charme. Depuis les années 20, nous avons tellement écrits et lus sur le Bonheur que les textes d'Alain apparaissent maintenant un peu surannés. En gros, dans sa série sur le Bonheur, Alain affirme qu'à moins de vivre les affres de la destinée noire, on peut devenir heureux si on le veut...c'est une question de volonté, d'état d'esprit...La part de responsabilité dans notre bonheur serait plus grande qu'on veut bien le croire.

Je crois qu'Alain simplifiant le tout pour nous envoyer un message clair et fort: Svp faites dont un effort quand tout ne roule pas du bon côté des choses. Propos louables mais on sait tous maintenant que rien n'est aussi simple dans la vie...

Allez un petit extrait d'Alain, ca ne fera pas de tort à la blogosphère!!
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Il n'est pas difficile d'être malheureux ou mécontent ; il suffit de s'asseoir, comme fait un prince qui attend qu'on l'amuse (...)

Au contraire, le bonheur est beau à voir ; c'est le plus beau spectacle. Que leurs raisons soient fortes, je le sais ; il est toujours difficile d'être heureux ; c'est un combat contre beaucoup d'événements et contre beaucoup d'hommes ; il se peut que l'on y soit vaincu ; il y a sans aucun doute des événements insurmontables et des malheurs plus forts que l'apprenti stoïcien ; mais c'est le devoir le plus clair peut-être de ne point se dire vaincu avant d'avoir lutté de toutes ses forces. Et surtout, ce qui me paraît évident, c'est qu'il est impossible que l'on soit heureux si l'on ne veut pas l'être ; il faut donc vouloir son bonheur et le faire.

Ce que l'on n'a point assez dit, c'est que c'est un devoir aussi envers les autres que d'être heureux. On dit bien qu'il n'y a d'aimé que celui qui est heureux ; mais on oublie que cette récompense est juste et méritée ; car le malheur, l'ennui et le désespoir sont dans l'air que nous respirons tous ; aussi nous devons reconnaissance et couronne d'athlète à ceux qui digèrent les miasmes, et purifient en quelque sorte la commune vie par leur énergique exemple. Aussi n'y a-t-il rien de plus profond dans l'amour que le serment d'être heureux. Quoi de plus difficile à surmonter que l'ennui, la tristesse ou le malheur de ceux que l'on aime ? Tout homme et toute femme devraient penser continuellement à ceci que le bonheur, j'entends celui que l'on conquiert pour soi, est l'offrande la plus belle et la plus généreuse.

J'irais même jusqu'à proposer quelque couronne civique pour récompenser les hommes qui auraient pris le parti d'être heureux. Car, selon mon opinion, tous ces cadavres, et toutes ces ruines, et ces folles dépenses, et ces offensives de précaution, sont l'oeuvre d'hommes qui n'ont jamais su être heureux et qui ne peuvent supporter ceux qui essaient de l'être.

Alain (1923)

lundi, mars 05, 2007

Humeur écologique

Quelques fois par an, en cachette, je vais dans mon pays ancestral cad dans la région de Brandon au nord de Montréal; au coeur de nul part qui compte dans ce monde. Je me sens bien dans ce nul part où j'ai passé une partie de mon enfance. C'est le seul endroit que je connaisse qui est complètement en dehors de la mondialisation, où on ne recycle rien et où ton bonheur est pesé sur le nombre de moteurs que tu possèdes.

J'y vois souvent sur le flanc d'une colline paître un troupeau de vaches ; des chercheurs ont prouvé que les gaz que lâchent – comment dire cela élégamment ? – postérieurement ces aimables mammifères contribuent plus à l’effet de serre qu'une vieille usine chinoise de textiles alimentée au charbon, et donc qu'une ferme laitière de la région de Brandon émet (par son pot d'échappement situé à l'arrière) 1 000 fois plus de gaz carbonique qu'un ouvrier han et socialiste.

Et là je regrette de ne pas avoir de fusil : de quelques balles bien ajustées, j'aurais pu, sans grand effort, rétablir de la planète l’équilibre naturel.

Avec un peu de chance, j'aurais pu également massacrer les jolis chevreuils dont les incisives acérées détruisent les pousses nouvelles des conifères récemment plantés dans le sous-bois, et ainsi arrêter la déforestation qui menace la nature québécoise.

Mais, désarmé, je médite, et m'interroge sur le discours écologique que rabâchent, enseignants (dès l'école maternelle), politiciens de toutes sensibilités, animateurs de toutes sortes, certains industriels et financiers (les fonds éthiques –sic) occidentaux, et tous les médias montréalais et planétaires.

Mais je ne veux pas m'étendre (d'autres ont dû le faire...) sur cet étrange glissement qui fait que l'assise de la superstition ne repose plus sur les propos des prêtres (devins, mages, haruspices, sorciers, marabouts...) mais sur ceux des chercheurs (d'autant plus respectés qu'ils trouvent ce que leurs consciences politiques souhaitent qu'ils trouvent).

Moi je ne veux que me retrouver plus souvent, et avec encore plus d'allégresse, vers cette région de Brandon où l'on pense encore, douce naïveté, que le bonheur est dans le moteur....

dimanche, février 18, 2007

Une entrevue avec L'Ancien et le moderne

Un gros merci à Philippe Martin et Christian Aubry de YulBuzz pour le plaisir qu'ils m'ont fait en me rencontrant la semaine dernière à la Bibliothèque des HEC. Les deux animateurs de YulBuzz ont commencé il y a un petit bout un cycle d'entrevue vidéo-blogue intitué "Portrait de blogueur". C'était au tour de L'Ancien et le moderne.

Vous retrouvez l'entrevue de L'Ancien et le moderne ici, sur YulBuzz

samedi, janvier 06, 2007

5 choses que vous ne savez pas sur moi

Depuis un certain nombre de semaines, la blogosphère réagit à un jeu de Tag qui veut en effet que lorsque l’on est tagué, l’on doive dévoiler 5 choses non encore révélées sur nous, et taguer cinq autres blogueurs à notre tour.

Bon! C'est à mon tour d'être "tagué" par Philippe Martin. Voici donc mes 5 "révélations":

1) Je suis un grand fan de Louis de Funès que j'écoute en boucle les nuits d'insomnie, surtout la série sur les gendarmes;
2) Je suis un passionné de hockey, ayant été un joueur médiocre durant mon enfance, je transcende le tout en suivant maladivement le Club de hockey "Les Canadiens" de Montréal. En corollaire, j'écoute les lignes ouvertes de sports à la radio. Je suis un fan de Ron Fournier, animateur sportif à CKAC. Mon fantasme ultime est d'appeler un jour mais je n'ose pas;
3) Je suis un gambler, j'adore surtout le Black Jack et la Roulette;
4) Adolescent, je suivais partout le groupe folklorique québécois "Breton-Cyr";
5) J'aime danser sur la musique des années 80 surtout celle de Michael Jackson et des Jackson 5.

Et voilà, je passe maintenant la "puck" à des internautes français que j'estime: la Fille à la perle malheureusement peu présente sur son blogue récemment, les Toiles filantes, Catherine Kintzler, Martine Geronimi et Jean-Michel Salaün

dimanche, octobre 01, 2006

Chronique contrastée d'un samedi soir

Ma soirée d'hier soir (samedi) s'est déroulée autour de l'UQAM et du Quartier latin de Montréal.

Vers 20h00, je déambulais à la Grande Bibliothèque du Québec, curieux du travail des artistes de la 7e Manifestation internationale vidéo et art électronique, Cité invisible, organisée par champ libre. Une assez grosse affaire dans le petit monde des vidéos d'art contemporain.

Dans cette promenade culturelle solitaire (on était une petite douzaine en tout), j'ai regardé pendant une heure plusieurs vidéos sans âme, sans émotion enveloppés par des musiques répétitives à l'excès. Poche.

Toutefois, du lot se démarquait la série au-delà du temps et surtout le travail du français Jean-Gabriel Périot. J'ai aimé cette succession d'autoroutes, de ruelles, de maisons et de quartiers avec cette musique primitive organique. Mais franchement le reste déconcertant et pas mal déprimant.

Pour m'enlever ses images stroboscopiques de ma tête, je décidais d'aller au Cinéma du Quartier Latin et de rentrer voir le premier film disponible. Il était 21h05, le prochain film débutant à 21h10 était Fauteuils d'Orchestre de Danièle Thompson. Jamais entendu parlé, l'affiche était affreuse mais bon, vaille que vaille.

Alors vraiment un pur bonheur et une grande surprise.

Une jeune provinciale montée à Paris pour faire carrière travaille comme serveuse dans un bar sur les Champs-Élysées. C'est le prétexte pour côtoyer plusieurs univers fascinant qui sont un peu le décor du film: l'art contemporain de la 1ère moitié du XXe s., le piano classique, le théâtre de Feydeau, Gilbert Bécaud et même un peu Simone de Beauvoir.

Mais le thème central du film est la quête du bonheur traitée avec légèreté, simplicité et émotion!

Valérie Lemercier, entre autres, est exceptionnelle. Il faut la voir faire un prodigieux numéro de chialeuse lassée de jouer Feydeau et des séries télévisées, flatteuse et langue de vipère, et qui, par deux fois, tente de séduire un cinéaste américain venu peaufiner un casting. La scène, en particulier, où elle dîne en tête à tête avec lui et explique en franglais comment elle interpréterait Simone de Beauvoir est un grand moment. Juste pour elle, le film en vaut le prix d'entrée.

À l'instar du film "Amélie Poulain", Fauteuils d'Orchestre touche en profondeur grâce à la simplicité dans la psychologie des personnages.

Allez voir ce film champagnisé où tous le monde retrouve le bonheur avant le générique. C'est candide et un peu fleurs bleus mais moi, quand c'est bien fait, j'aime ça la candeur et les fleurs bleus...


mardi, septembre 19, 2006

La tragédie de Dawson et le Métro

J'ai calculé par simple curiosité que j'ai dû utiliser les transports en commun de Montréal plus de 10 000 fois depuis que je suis adolescent. Soit à peu près toutes les fois qu'il a fallu que je me déplace dans la région de Montréal. J'ai eu ma période "autobus" (13 à 19 ans), ma période "train de banlieue" (25-35 ans) et ma période "métro" (20-25 ans et au cours des dernières années). J'en connais bien les visages et les humeurs.

J'ai toujours aimé observer la foule anonyme des transports en commun d'une ville comme Montréal, on y retrouve de tout: des gens d'affaires, des étudiants, des immigrants, des mères de familles avec leurs bébés, des touristes avec leurs cartes, quelques pauvres bougres, de splendides femmes évanescentes, des banlieusards, etc.

Jeudi matin dernier (le 14 septembre 2006), le lendemain de la fusillade du Collège Dawson de Montréal, j'ai pris le métro pour me rendre au travail comme à chaque jour mais je n'avais pas le goût de lire mon journal quotidien et de me taper 15 pages d'horreur. J'ai donc observé les gens avec plus d'acuité et constaté la foule était un peu différente des autres matins: moins de journaux, moins d'Ipod, moins de romans que d'habitude en ce lendemain de tragédie.

Comme si tout le monde en même temps, pendant quelques minutes, entre les tâches quotidiennes de la maison et le boulot à venir, réfléchissaient sur le sens de la folie et le pourquoi de la destinée. Je sentais une émotion nouvelle, collective, difficile à cerner mais palpable. Ce ne fut pas une expérience mystique, loin de là. Juste le sentiment qu'un groupe d'inconnus vivants dans la même ville pensaient à la même chose, au même moment. Et vous savez quoi? Ça m'a fait du bien.

jeudi, juin 29, 2006

Le Quartier rouge

Amsterdam

La ruelle étroite était d'asphalte cuite et odorante, douce et humide après la pluie. Elle était bordée sur toute sa longueur de loges colorées par des prostituées dont les corps au marbre émouvant se tenaient devant des petites fenêtres de poupée, comme sur le seuil d'un sanctuaire. Elles étaient assises sur des tabourets à trois pieds, telles des pythies, les pieds dans des sandales de couleurs vives, en pleine rue pour ainsi dire. L'originalité de l'éclairage donnait à toute la scène les teintes d'une fable éternelle: toutes les fenêtres étaient éclairées par une série de néons orangés, accrochés sur le sommet des fenêtres; ce qui jetaient d'irréelles ombres dans les coins de ces maisons de poupées, dans les yeux de leurs occupantes, dans la douleur docile de ces ténèbres de fourrures.

Je marchais lentement parmi ces extraordinaires figures humaines en songeant tout d'un coup qu'une ville, tout comme un être humain, rassemble en son sein ses faiblesses, ses peurs et ses appétits.

Les jeunes habitantes du Quartier rouge d'Amsterdam étaient assises là, telles des cariatides soutenant les ténèbres, les souffrances de l'avenir peintes à même leurs paupières; veillant, attendant l'immortalité, tout au long du temps fatidique.

Je ralentissais encore le rythme et je vis une loge dont le sol était entièrement décoré de fleurs de lys sur un fond de bleu royal. Sur le pas de la porte était assise une femme noire aux yeux bleus, une géante qui ne pouvait pas avoir vingt ans, vêtue d'une chemise de nuit de soie qui la faisait vaguement ressembler à une élève d'une école de soeurs. À côté, une femme fragile comme une feuille, et plus loin une autre comme une formule chimique rincée dans l'anémie et la fumée de cigarette. J'étais salué sur mon chemin non par des cris vénaux mais par de douces propositions de colombes, et leurs voix paisibles remplissaient la rue d'une paix de cloître.

Plus loin, les groupes d'hommes, eux, étaient en rut. Par grappes difformes de 10,12 ou 15 gars, on les entendaient crier, s'exciter, s'encourager entre eux. Je fus surpris et troublé devant tant d'animalité brute de ma moitié de l'humanité.

Je continuais de marcher lentement.

À la frontière du Quartier rouge d'Amsterdam, j'ai remarqué une dernière loge où brûlait une chandelle. Trois filles étaient assises sur des tabourets, enveloppées dans des kimonos déchirés, parlant à voix basses en se tenant par la main. Elles semblaient ainsi absorbées, aussi loin que si elles avaient été autour d'un feu de camp dans les steppes.

Je quittais le Quartier rouge en tentant de dénouer dans ma vie ce qui était noué...

dimanche, juin 11, 2006

La voix du baseball

Bonjour,

2e saison de baseball sans les Expos à Montréal. Je reposte mon billet que j'avais écrit il y a un an environ sur le sujet

A&M
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J'aime le baseball depuis toujours, comme on aime l'idée de courir sur les sentiers ou de se tenir debout dans le champ. Cette relation avec le baseball a toujours été liée avec la voix de Jacques Doucet à CKAC décrivant tranquillement un match de baseball les soirs d'été à la radio.

Les expressions françaises de Monsieur Doucet qui décrivent le jeu sont franchement belles. Il arrive que les sentiers sont déserts, que le voltigeur fasse une longue course qui l'oblige à reculer, qu'il regarde aller la balle du simple fait qu'elle est partie, il arrive que le frappeur frappe une chandelle dans le champ intérieur ou que la défensive soit mystifié par une balle qui a des yeux ou que le frappeur soit menotté par un lanceur dominant...

Mais je sais que l'amour du baseball n'est pas à la portée de tout le monde. Ses longueurs déconcertent les gens de peu de foi. Le baseball est rythme lent, atmosphère, il est climat, il nous retient insidieusement. C'est une machine à figer le temps. Il est comme la mémoire des plus tranquilles archives de l'histoire.

Pas facile d'expliquer cela à une fille qui ne connaît ni le baseball ni la voix de Monsieur Doucet. Jamais fille n'est plus dérangeante dans l'auto que lorsqu'elle parle par-dessus Monsieur Doucet, ou qu'elle ferme la radio comme si de rien n'était, en neuvième manche, après deux retraits. Pour te donner un bec..!

Je suis aller voir les Expos au Parc Jarry quelques fois et au Parc Olympique plus souvent. Mais moi, j'écoute le baseball à la radio avec Monsieur Doucet. J'entends depuis 33 ans, depuis en fait que je suis un petit garçon, la voix de Jacques Doucet annoncer en avril le retour du beau temps, je l'entends suggérer que l'été sera beau uniquement du simple fait que cette voix si familière revient, comme toujours...Décrire 162 matchs par année pendant près de 35 ans demande une certaine attitude à la fidélité et à la répétition. Car l'âme est répétitive et elle aime les petits pas...

Je me rappelle un séjour de camping dans la région de Québec. J'avais 12 ans et la rougeole. Cloué au lit de la tente-roulotte toutes mes journées, j'attendais patiemment les reportages des Expos de Montréal que la radio portative m'amenait...c'était mes moments de petits bonheurs quotidiens.


Jacques Doucet (à gauche) après le dernier match des Expos à l'automne 2004


Mais maintenant, à quoi ressemblera mon été 2005 sans la voix de Monsieur Doucet décrivant les matchs tous les soirs et m'accompagnant quelques manches chaque fois que je prend ma voiture?

Sa disparition des ondes fera un grand trou noir dans ma ligne du temps. La voix de Monsieur Doucet a meublé tant de vide et tant d'étés, elle a pris une si grande place dans mon paysage sonore qu'elle a fini par entrer en moi-même.

Cette voix m'habitait, m'appartenait et maintenant je la perds. Mes voyages d'été en automobile ne seront plus jamais les mêmes...



Source: Inspiré de Serge Bouchard