Le lauréat du Booker Prize et montréalais Yann Martel (auteur d'Histoire de Pi) a décidé de prendre en main la culture littéraire du premier ministre canadien.
C'est que Yann Martel est très choqué de l'attitude de Stephen Harper, au cours de la cérémonie soulignant les 50 ans du Conseil des arts du Canada. Selon lui, M. Harper n'a que faire des arts: il semblait totalement désintéressé du sujet et plus occupé par ses papiers que par l'hommage aux artistes qui se déroulait ce jour-là devant lui.
Martel compte donc enrichir la bibliothèque de M. Harper aussi longtemps qu'il sera premier ministre du Canada, non pas pour l'éduquer, «ce serait arrogant», écrit l'auteur, mais pour lui suggérer des titres qui lui permettront d'occuper ses moments de tranquillité.
L'auteur a même créé un site Internet où il annoncera chaque deux semaines le livre qu'il fera parvenir au premier ministre afin de permettre à tous de le consulter. La Mort d'Ivan Ilitch, de Tolstoï, sera le premier.
On sait tous que Harper ne lira pas Tolstoï, mais le message est lancé. Un doigt d'ironie, deux soupirs d'exaspération. Voici David dressé contre le gros Goliath de l'inculture politicienne. Martel n'est pas tout seul, mais mon Dieu qu'ils ne sont pas assez nombreux. Un petit groupe d'écrivains et d'artistes appuient Yann Martel, on assiste peut-être à un début de mouvement.
Les électeurs votent pour des chefs sans bagages d'érudition, qui ne s'intéressent ni à la littérature, ni à l'histoire, ni à la sociologie, ni à l'aménagement, ni à l'art et ni à la Beauté! Et quoi de plus naturels, ces chefs sans bagages leur renvoient le message «Qui se soucie donc des joueurs de violon?», bouclant ainsi la boucle.
Courageux donc, voire téméraire, Yann Martel, qui se bat contre les valeurs de sa propre société, avec des armes littéraires apparemment dérisoires. Parce que le mal s'étend en nappe d'huile sur l'Amérique du Nord: vieille méfiance contre la culture et l'intellectualisme.
Un président totalement inculte ne serait pas élu en France. Phénomène pourtant courant de notre côté de la mare atlantique. Question d'héritage sociohistorique. Dommage! Il me semble que le besoin est encore plus criant ici.
En août dernier, le monde entier apprenait que George W. Bush avait lu L'Étranger d'Albert Camus. Stupeur et tremblements! Qui l'eût cru? Notre surprise témoignait de son illettrisme habituel.
Au Québec, par-delà les beaux discours de langue de bois, l'anti-intellectualisme n'est jamais tapi bien loin. L'étiquette «d'élitisme» peut vous marquer au fer rouge:
- Vous n'écoutez pas Tout le monde en parle? -- Élitiste!
- Vous vous méfiez de l'ADQ? -- Anti-populiste!
- Vous lisez, vous fréquentez le théâtre, l'opéra? -- Mais sur quelle planète vivez-vous? Pas sur la nôtre.
On comprendra que les premiers ministres québécois ou canadiens n'ont pas trop intérêt à afficher une culture, réelle ou inventée. Et pourquoi le feraient-ils? C'est tellement mal vu...
Alors, Yann Martel a bien raison de piquer Harper. Bataille perdue que celle du livre chargeant l'ignorance au Parlement? Peut-être. Mais c'est qu'il faut d'abord la gagner en nous, cette bataille-là.
Source: Adptation d'Odile Tremblay, Le Devoir et autres sites de nouvelles
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dimanche, avril 22, 2007
lundi, mars 26, 2007
Soirée d'élection avec blogueurs
L'Ancien et le moderne n'est pas un politique, il est un littéraire. Alors il ne comprend pas grand chose aux acronymes PLQ, PQ et ADQ.
Je me suis quand même retrouvé ce soir à la rencontre de blogueurs pour la soirée électorale du Québec à l'initiative de Julie Bélanger.
Les blogueurs adéquistes criaient de joie devant les blogueurs péquistes médusés et moi je pensais à l'écrivain portugais Fernando Pessoa que j'adore. J'ai le goût de le citer avant d'aller retrouver les bras de Morphée. Pour rien, en fait pour le plaisir des mots:
" Un être doté de nerfs moderne, d'une intelligence sans œillères, d'une sensibilité en éveil, a le devoir cérébral de changer d'opinion et de certitude plusieurs fois par jour.
L'homme discipliné et cultivé fait de son intelligence les miroirs du milieu ambiant transitoire ; il est républicain le matin, monarchiste au crépuscule ; athée sous un soleil éclatant et catholique transmontain à certaines heures d'ombre et de silence ; et ne jurant que par Mallarmé à ces moments de la tombée de la nuit sur la ville où éclosent les lumières, il doit sentir que tout le symbolisme est une invention de fou quand, solitaire devant la mer, il ne sait plus que l’Odyssée.
Des convictions profondes, seuls en ont les êtres superficiels. Ceux qui ne font pas attention aux choses, ne les voient guère que pour ne pas s'y cogner, ceux-là sont toujours du même avis, ils sont tout d'une pièce et cohérents. Ils sont du bois dont se servent la politique et la religion, c'est pourquoi ils brûlent si mal devant la Vérité et la Vie. »
Fernando Pessoa. Chronique de la vie qui passe. Avril 1915
Je me suis quand même retrouvé ce soir à la rencontre de blogueurs pour la soirée électorale du Québec à l'initiative de Julie Bélanger.
Les blogueurs adéquistes criaient de joie devant les blogueurs péquistes médusés et moi je pensais à l'écrivain portugais Fernando Pessoa que j'adore. J'ai le goût de le citer avant d'aller retrouver les bras de Morphée. Pour rien, en fait pour le plaisir des mots:
" Un être doté de nerfs moderne, d'une intelligence sans œillères, d'une sensibilité en éveil, a le devoir cérébral de changer d'opinion et de certitude plusieurs fois par jour.
L'homme discipliné et cultivé fait de son intelligence les miroirs du milieu ambiant transitoire ; il est républicain le matin, monarchiste au crépuscule ; athée sous un soleil éclatant et catholique transmontain à certaines heures d'ombre et de silence ; et ne jurant que par Mallarmé à ces moments de la tombée de la nuit sur la ville où éclosent les lumières, il doit sentir que tout le symbolisme est une invention de fou quand, solitaire devant la mer, il ne sait plus que l’Odyssée.
Des convictions profondes, seuls en ont les êtres superficiels. Ceux qui ne font pas attention aux choses, ne les voient guère que pour ne pas s'y cogner, ceux-là sont toujours du même avis, ils sont tout d'une pièce et cohérents. Ils sont du bois dont se servent la politique et la religion, c'est pourquoi ils brûlent si mal devant la Vérité et la Vie. »
Fernando Pessoa. Chronique de la vie qui passe. Avril 1915
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mardi, février 27, 2007
Les médias, la démocratie et le Sénégal
Robert MENARD, secrétaire général de Reporters sans Frontières : "La couverture des médias publics au Sénégal a été déséquilibrée"
"On ne peut pas accepter que plus de 99 % des sujets qu'on diffuse pendant les journaux, à la radio ou à la télévision, pendant les trois semaines, ne concernent uniquement que les ministres, les inaugurations et tout ce qui suit. Au fond, on fait le jeu du candidat sortant".
Ce constat est du secrétaire général de Reporters sans frontières, Robert Menard qui était hier face à la presse à Dakar, pour faire l'état des lieux de leur observation sur la couverture de la campagne et du scrutin par les médias d'Etat. Dans l'entretien qu'il nous a accordé, il note des impairs dans cette couverture "en faveur de M. Wade". Ce qui laisse entrevoir des failles quant au rôle véritable que doit jouer la presse. Notamment au service du public et non de l'Etat.
Toutefois, Robert Menard, constate que les choses se passent mieux au Sénégal.
Wal Fadjri : Quelle lecture faites-vous de la couverture des élections aussi bien par les médias publics que privés.
Robert Menard : Notre travail concerne les médias publics : radios, télévisions, journaux, etc. Et il ne s'agit pas de donner de bons ou de mauvais points aux uns et aux autres. Mais le Conseil national de régulation de l'audiovisuel (Cnra), en s'appuyant sur le travail de Reporters sans frontières et de nos amis du Centre d'études des sciences et technique de l'information (Cesti), auraient dû, au fur et à mesure de la campagne, interpeller pour améliorer les choses.
Wal Fadjri : Quelles conclusions tirez-vous finalement de votre observation de la campagne et du scrutin ?
Robert Menard : Je ne tirerai pas de conclusions. Je dirai tout simplement que, pour que des élections soient parfaites, qu'elles soient le plus démocratique possible, la couverture des médias publics est importante : la qualité de la couverture et l'équité de cette couverture. En ce qui concerne la radio et la télévision, on a eu une couverture de l'actualité générale politique déséquilibrée en faveur de M. Wade et surtout de son gouvernement, de ses ministres et de ses proches. C'est préjudiciable à la bonne qualité des élections. En même temps, je ne suis pas dupe, en ce qui concerne les journaux privés, ils sont largement plus que favorables à l'opposition. Et en ce qui concerne les radios, il n'y a pas que la radio publique. Il y a plein de radios privées qui, pour certaines, sont très proches de l'opposition. Ce que je vous dis là, c'est ce qui concerne les médias publics. Mais on peut partir en même temps sur le fait que les médias privés sont, eux, acquis largement à l'opposition. Cependant, en ce qui concerne la télévision, non. La télévision, elle, est publique. En ce qui concerne, en outre, la couverture sur tout le registre global de l'actualité pendant ces trois semaines, c'est une couverture qui n'est pas correcte. On ne peut pas accepter que plus de 99 % des sujets qu'on diffuse pendant les journaux à la radio ou à la télévision, pendant les trois semaines, ne concernent que les ministres, les inaugurations, et tout ce qui suit. Au fond, c'est le jeu du candidat sortant.
Wal Fadjri : Y a-t-il une avancée démocratique au Sénégal, par rapport à ce que vous avez observé durant cette période de campagne électorale et de vote ?
Robert Menard : Bien sûr, la situation au Sénégal, c'est celle d'un Etat démocratique. Il y a une pluralité de l'information. Il y a des médias, public et privé. Il y a une vingtaine de quotidiens, des dizaines de radios, plusieurs chaînes de télévision. Les choses ont avancé de ce côté. Entre ce qui se passe aujourd'hui et ce qui se passait il y a vingt ans, c'est sans commune mesure. Il reste que les médias publics se comportent trop comme des médias de l'Etat au service des gens qui sont à la tête de l'Etat. C'est cela qui est regrettable et qu'il faut corriger. Et cela peut être corrigé. Il faut prendre une certain nombre de mesures. Il faut que dans les médias publics, les journalistes, les directeurs de rédaction se comportent comme des journalistes de service public, qui sont au service du public et non, au service de tel ou tel personne.
Wal Fadjri : Comment appréciez-vous le déroulement de ces élections au Sénégal par rapport à ce qui se passe ailleurs ?
Robert Menard : Les choses se passent mieux au Sénégal. Cela reste quand même une vitrine de la démocratie par rapport à d'autres pays. Mais dans le dernier classement de Reporters sans frontières, il y a des pays africains qui étaient mieux classés que le Sénégal : le Ghana, le Bénin ou le Mali. Toutefois, il est aussi vrai que ces pays, comme le Sénégal, aujourd'hui, restent dans le haut du classement. Ils sont un modèle pour le reste de l'Afrique. Et, c'est justement, parce que le Sénégal est un modèle, qu'il faut qu'il soit irréprochable. Il faut que ses médias publics se comportent de façon irréprochable. Cela n'a pas été le cas pendant cette campagne.
Source: Seneweb
"On ne peut pas accepter que plus de 99 % des sujets qu'on diffuse pendant les journaux, à la radio ou à la télévision, pendant les trois semaines, ne concernent uniquement que les ministres, les inaugurations et tout ce qui suit. Au fond, on fait le jeu du candidat sortant".
Ce constat est du secrétaire général de Reporters sans frontières, Robert Menard qui était hier face à la presse à Dakar, pour faire l'état des lieux de leur observation sur la couverture de la campagne et du scrutin par les médias d'Etat. Dans l'entretien qu'il nous a accordé, il note des impairs dans cette couverture "en faveur de M. Wade". Ce qui laisse entrevoir des failles quant au rôle véritable que doit jouer la presse. Notamment au service du public et non de l'Etat.
Toutefois, Robert Menard, constate que les choses se passent mieux au Sénégal.
Wal Fadjri : Quelle lecture faites-vous de la couverture des élections aussi bien par les médias publics que privés.
Robert Menard : Notre travail concerne les médias publics : radios, télévisions, journaux, etc. Et il ne s'agit pas de donner de bons ou de mauvais points aux uns et aux autres. Mais le Conseil national de régulation de l'audiovisuel (Cnra), en s'appuyant sur le travail de Reporters sans frontières et de nos amis du Centre d'études des sciences et technique de l'information (Cesti), auraient dû, au fur et à mesure de la campagne, interpeller pour améliorer les choses.
Wal Fadjri : Quelles conclusions tirez-vous finalement de votre observation de la campagne et du scrutin ?
Robert Menard : Je ne tirerai pas de conclusions. Je dirai tout simplement que, pour que des élections soient parfaites, qu'elles soient le plus démocratique possible, la couverture des médias publics est importante : la qualité de la couverture et l'équité de cette couverture. En ce qui concerne la radio et la télévision, on a eu une couverture de l'actualité générale politique déséquilibrée en faveur de M. Wade et surtout de son gouvernement, de ses ministres et de ses proches. C'est préjudiciable à la bonne qualité des élections. En même temps, je ne suis pas dupe, en ce qui concerne les journaux privés, ils sont largement plus que favorables à l'opposition. Et en ce qui concerne les radios, il n'y a pas que la radio publique. Il y a plein de radios privées qui, pour certaines, sont très proches de l'opposition. Ce que je vous dis là, c'est ce qui concerne les médias publics. Mais on peut partir en même temps sur le fait que les médias privés sont, eux, acquis largement à l'opposition. Cependant, en ce qui concerne la télévision, non. La télévision, elle, est publique. En ce qui concerne, en outre, la couverture sur tout le registre global de l'actualité pendant ces trois semaines, c'est une couverture qui n'est pas correcte. On ne peut pas accepter que plus de 99 % des sujets qu'on diffuse pendant les journaux à la radio ou à la télévision, pendant les trois semaines, ne concernent que les ministres, les inaugurations, et tout ce qui suit. Au fond, c'est le jeu du candidat sortant.
Wal Fadjri : Y a-t-il une avancée démocratique au Sénégal, par rapport à ce que vous avez observé durant cette période de campagne électorale et de vote ?
Robert Menard : Bien sûr, la situation au Sénégal, c'est celle d'un Etat démocratique. Il y a une pluralité de l'information. Il y a des médias, public et privé. Il y a une vingtaine de quotidiens, des dizaines de radios, plusieurs chaînes de télévision. Les choses ont avancé de ce côté. Entre ce qui se passe aujourd'hui et ce qui se passait il y a vingt ans, c'est sans commune mesure. Il reste que les médias publics se comportent trop comme des médias de l'Etat au service des gens qui sont à la tête de l'Etat. C'est cela qui est regrettable et qu'il faut corriger. Et cela peut être corrigé. Il faut prendre une certain nombre de mesures. Il faut que dans les médias publics, les journalistes, les directeurs de rédaction se comportent comme des journalistes de service public, qui sont au service du public et non, au service de tel ou tel personne.
Wal Fadjri : Comment appréciez-vous le déroulement de ces élections au Sénégal par rapport à ce qui se passe ailleurs ?
Robert Menard : Les choses se passent mieux au Sénégal. Cela reste quand même une vitrine de la démocratie par rapport à d'autres pays. Mais dans le dernier classement de Reporters sans frontières, il y a des pays africains qui étaient mieux classés que le Sénégal : le Ghana, le Bénin ou le Mali. Toutefois, il est aussi vrai que ces pays, comme le Sénégal, aujourd'hui, restent dans le haut du classement. Ils sont un modèle pour le reste de l'Afrique. Et, c'est justement, parce que le Sénégal est un modèle, qu'il faut qu'il soit irréprochable. Il faut que ses médias publics se comportent de façon irréprochable. Cela n'a pas été le cas pendant cette campagne.
Source: Seneweb
dimanche, février 25, 2007
Les élections du "Gorgui" au Sénégal
"Gorgui, dolli nu" - Vieux, donne-nous encore!", en wolof.
Les élections présidentielles ont lieu aujourd'hui (dimanche le 25 février) au Sénégal. Quelques cinq millions d'électeurs sénégalais sont appelés aux urnes, pour un scrutin qui voit le président sortant Abdoulaye Wade (le "Gorgui" ou Vieux en wolof) opposé à 14 autres candidats, dont son principal rival, son ancien Premier ministre Idrissa Seck. Agé de 80 ans, le président sortant s'est dit persuadé d'être réélu dès le premier tour pour un mandat de cinq ans.
Dans le cadre d'une réunion internationale à laquelle je participais l'an passé à Dakar, le hasard a voulu que je rencontre pendant quelques minutes, le président Abdoulaye Wade. Sa venue à notre hôtel avait été un véritable cirque précédé de milliers de partisans pro-Wade, de Hummer et Jeep blindés tous gyrophares dehors et d'une présence militaire omniprésente. Bienvenue en Afrique! Stéphanie en Afrique m'avait bien parlé de Dakar avec passions et nuances mais la réalité nous rattrape toujours un peu.
Ce lien, cette histoire personnelle explique peut-être pourquoi cette élection m'intéresse et que j'en observe les rebondissements Ici et Ici sur le web sénégalais depuis quelques semaines.
Si Wade est considéré comme favori, le nombre élevé de candidats et l'éparpillement des voix semblent pourtant rendre peu probable sa réélection dès le premier tour d'aujourd'hui. Charismatique et caractériel, Wade est aussi surnommé Njomboor (il en a des surnoms ce Wade!), ce qui, en wolof, signifie «lièvre», un animal auquel le folklore africain associe la ruse comme principal trait de caractère.
En 2000, porté par le vent du sopi («changement»), Wade, éternel opposant depuis 30 ans, quatre fois candidat malheureux à la présidence, avait été élu dans un raz-de-marée, déboulonnant le Parti socialiste aux commandes depuis 40 ans en mobilisant notamment cette jeunesse laissée pour compte dans un pays où 40% de la population a moins de 14 ans. Depuis, le slogan du sopi s'est retourné contre lui, Idrissa Seck appelant notamment les Sénégalais à voter pour le «véritable changement».
En effet, le mécontentement est grand au Sénégal où la moitié de la population active est au chômage et où des vagues de clandestins de plus en plus nombreux risquent leur vie en mer pour gagner l'Europe, ses rivaux promettent des emplois que Wade n'a pas su leur apporter.
Selon le livre de Mamoudou Gazido, le Sénégal est un des rares pays africains à connaître une démocratie consolidée (p. 219) Le Sénégal est un des plus paisibles, stables et démocratiques pays du continent. Il n'a jamais connu de coup d'état, même s'il a cependant essuyé les foudres des organisations de défense des droits de l'Homme pour la répression d'opposants et de journalistes sous Wade.
Mais cette campagne électorale a été marquée par des violences. La police a tiré des grenades lacrymogènes dans la foule participant à une manifestation interdite de l'opposition. Moustapha Niasse, un des principaux chefs de l'opposition également candidat, a été traîné à terre par les forces de l'ordre. Et cette semaine, le cortège de Seck a été attaqué par une foule pro-Wade à coups de pierre, qui ont blessé un de ses assistants.
Est-ce que l'Afrique se sortira un jour des ses démons? Tout cela me semble bien fragile et il faut espérer une victoire démocratique sans bavure...
Les résultats officiels pourraient être connus dans quelques jours seulement, je vous en reparlerai.
Source: Le Monde et sites web sénégalais
Les élections présidentielles ont lieu aujourd'hui (dimanche le 25 février) au Sénégal. Quelques cinq millions d'électeurs sénégalais sont appelés aux urnes, pour un scrutin qui voit le président sortant Abdoulaye Wade (le "Gorgui" ou Vieux en wolof) opposé à 14 autres candidats, dont son principal rival, son ancien Premier ministre Idrissa Seck. Agé de 80 ans, le président sortant s'est dit persuadé d'être réélu dès le premier tour pour un mandat de cinq ans.
Dans le cadre d'une réunion internationale à laquelle je participais l'an passé à Dakar, le hasard a voulu que je rencontre pendant quelques minutes, le président Abdoulaye Wade. Sa venue à notre hôtel avait été un véritable cirque précédé de milliers de partisans pro-Wade, de Hummer et Jeep blindés tous gyrophares dehors et d'une présence militaire omniprésente. Bienvenue en Afrique! Stéphanie en Afrique m'avait bien parlé de Dakar avec passions et nuances mais la réalité nous rattrape toujours un peu.
Ce lien, cette histoire personnelle explique peut-être pourquoi cette élection m'intéresse et que j'en observe les rebondissements Ici et Ici sur le web sénégalais depuis quelques semaines.
Si Wade est considéré comme favori, le nombre élevé de candidats et l'éparpillement des voix semblent pourtant rendre peu probable sa réélection dès le premier tour d'aujourd'hui. Charismatique et caractériel, Wade est aussi surnommé Njomboor (il en a des surnoms ce Wade!), ce qui, en wolof, signifie «lièvre», un animal auquel le folklore africain associe la ruse comme principal trait de caractère.
En 2000, porté par le vent du sopi («changement»), Wade, éternel opposant depuis 30 ans, quatre fois candidat malheureux à la présidence, avait été élu dans un raz-de-marée, déboulonnant le Parti socialiste aux commandes depuis 40 ans en mobilisant notamment cette jeunesse laissée pour compte dans un pays où 40% de la population a moins de 14 ans. Depuis, le slogan du sopi s'est retourné contre lui, Idrissa Seck appelant notamment les Sénégalais à voter pour le «véritable changement».En effet, le mécontentement est grand au Sénégal où la moitié de la population active est au chômage et où des vagues de clandestins de plus en plus nombreux risquent leur vie en mer pour gagner l'Europe, ses rivaux promettent des emplois que Wade n'a pas su leur apporter.
Selon le livre de Mamoudou Gazido, le Sénégal est un des rares pays africains à connaître une démocratie consolidée (p. 219) Le Sénégal est un des plus paisibles, stables et démocratiques pays du continent. Il n'a jamais connu de coup d'état, même s'il a cependant essuyé les foudres des organisations de défense des droits de l'Homme pour la répression d'opposants et de journalistes sous Wade.
Mais cette campagne électorale a été marquée par des violences. La police a tiré des grenades lacrymogènes dans la foule participant à une manifestation interdite de l'opposition. Moustapha Niasse, un des principaux chefs de l'opposition également candidat, a été traîné à terre par les forces de l'ordre. Et cette semaine, le cortège de Seck a été attaqué par une foule pro-Wade à coups de pierre, qui ont blessé un de ses assistants.
Est-ce que l'Afrique se sortira un jour des ses démons? Tout cela me semble bien fragile et il faut espérer une victoire démocratique sans bavure...
Les résultats officiels pourraient être connus dans quelques jours seulement, je vous en reparlerai.
Source: Le Monde et sites web sénégalais
jeudi, février 15, 2007
La politique africaine
J'ai parfois l'impression que les dieux ont laissé tombé l'Afrique. Quand on lit les journaux, surtout ceux d'Amérique, ont perçoit beaucoup de désespérance et peu d'espoir. Les moments présents sont souvent beaux en Afrique comme je l'ai vu à Dakar mais l'avenir est navrant me semblait-il.
Et puis j'ai rencontré Mamoudou Gazibo par hasard chez des amis. Un intellectuel Nigérien enseignant et chercheur à l'Université de Montréal qui travaille sur la(les) politique(s) africaine(s). Il m'a parlé de son cheminement universitaire, de l'Afrique et de ses derniers livres. Mamoudou Gazidou est trentenaire et a publié 3 livres au cours des 3 dernières années, faut le faire! dont Introduction à la politique africaine en 2006 et Les paradoxes de la démocratisation en Afrique en 2005.
Dans Introduction à la politique africaine , Mamoudou Gazido offre un panorama assez impressionnant des enjeux de l'Afrique depuis les années de l'indépendance. L'histoire, les enjeux et les causes de l'instabilité africaine sont expliqués avec une fluidité et une accessibilité surprenante. En fait, je comprends mieux le pourquoi.
Expliquer un naufrage (celui de l'Afrique noire) de façon neutre, transversale et détachée; cela tient presque du prodige. Mais je ne suis certain que Mamoudou aimerait que j'utilise le mot naufrage parce que son analyse politique, après une longue lecture lucide des défis colossaux de l'Afrique, ouvre une porte à l'espoir. Je le cite: "Néanmoins, il faut aussi souligner les immenses avancées réalisées en moins de deux décennies. (...). Certains de ces pays comme l'Afrique du Sud- mais aussi le Ghana, le Mali ou le Bénin- symbolisent une vraie renaissance du continent et peuvent être les moteurs d'un renouveau politique, à l'échelle continentale, s'ils parviennent à diffuser le valeurs et les normes de gouvernance qui sont à présent les leurs." (p.229).
Si l'Afrique vous intéresse le moindre du monde, si vous voulez comprendre un peu mieux les ressorts de ce qui vous sera présenté inévitablement sur ce sujet dans nos médias; lisez Mamoudou Gazido et je vous assure que vous nuancerai fortement vos opinions sur ce continent. Et puis, des gens comme Mamoudou Gazido, ce n'est pas ça aussi un peu l'espoir de l'Afrique?
Et puis j'ai rencontré Mamoudou Gazibo par hasard chez des amis. Un intellectuel Nigérien enseignant et chercheur à l'Université de Montréal qui travaille sur la(les) politique(s) africaine(s). Il m'a parlé de son cheminement universitaire, de l'Afrique et de ses derniers livres. Mamoudou Gazidou est trentenaire et a publié 3 livres au cours des 3 dernières années, faut le faire! dont Introduction à la politique africaine en 2006 et Les paradoxes de la démocratisation en Afrique en 2005.
Dans Introduction à la politique africaine , Mamoudou Gazido offre un panorama assez impressionnant des enjeux de l'Afrique depuis les années de l'indépendance. L'histoire, les enjeux et les causes de l'instabilité africaine sont expliqués avec une fluidité et une accessibilité surprenante. En fait, je comprends mieux le pourquoi.Expliquer un naufrage (celui de l'Afrique noire) de façon neutre, transversale et détachée; cela tient presque du prodige. Mais je ne suis certain que Mamoudou aimerait que j'utilise le mot naufrage parce que son analyse politique, après une longue lecture lucide des défis colossaux de l'Afrique, ouvre une porte à l'espoir. Je le cite: "Néanmoins, il faut aussi souligner les immenses avancées réalisées en moins de deux décennies. (...). Certains de ces pays comme l'Afrique du Sud- mais aussi le Ghana, le Mali ou le Bénin- symbolisent une vraie renaissance du continent et peuvent être les moteurs d'un renouveau politique, à l'échelle continentale, s'ils parviennent à diffuser le valeurs et les normes de gouvernance qui sont à présent les leurs." (p.229).
Si l'Afrique vous intéresse le moindre du monde, si vous voulez comprendre un peu mieux les ressorts de ce qui vous sera présenté inévitablement sur ce sujet dans nos médias; lisez Mamoudou Gazido et je vous assure que vous nuancerai fortement vos opinions sur ce continent. Et puis, des gens comme Mamoudou Gazido, ce n'est pas ça aussi un peu l'espoir de l'Afrique?
samedi, février 10, 2007
Le lyrisme antique de Nicolas Sarkozy
Je suis de loin, un peu comme la politique américaine, les débats actuels entre les deux candidats principaux à l'élection présidentielle française de 2007 soit Nicolas Sarkozy, à droite et Ségolène Royal à gauche. Je trouvais sympathique Ségolène Royal mais elle semble faire erreur sur erreur et Nicolas Sarkozy est maintenant le grand favori. Mais objectivement, je ne pourrais pas vous faire ici une grande analyse de l'élection française. Toutefois j'entends parlé des grands talents tribuns de Sarkozy qui frappe l'imagination des français et des européens. À Toulon, mercredi, le 7 février dernier, Nicolas Sarkozy a fait une envolée sur l'Europe et nos origines communes qui m'a touché profondément en tant que Montréalais et occidental. Voici un extrait de son discours:
« La Méditerranée est pour nous tous, même quand nous n’y avons jamais vécu, un souvenir d’enfance où se mélangent des dieux de l’Égypte et de la Grèce, des chevaliers des Croisades, de vieux temples en ruines, des sensations de chaleur sèche, de lumière éblouissante, de senteurs entêtantes, de joie de vivre, et sur fond de mer et de ciel bleu des tragédies terribles, pleines de sang et de fureur, de haines inexpiables, d’une violence archaïque que le long travail des civilisations n’a pas réussi à éteindre. Quand on évoque tout ce qui constitue notre conception de la personne humaine dans sa dimension intellectuelle comme dans sa dimension morale et spirituelle, tous nos regards se tournent vers la Méditerranée qui nous a tout enseigné. Nous sommes les enfants de l’Égypte, de la Grèce, d’Israël, de Rome, de Venise, de Florence, de Séville. Nous sommes tous les enfants de Socrate condamné à mort pour avoir perverti la jeunesse athénienne, d’Alexandre éternellement jeune et de son rêve grandiose d’un empire universel unissant l’Orient et l’Occident, d’Auguste faisant tous les soirs sa prière à tous les dieux de l’empire, d’un humble Juif crucifié pour avoir enseigné aux hommes à s’aimer les uns les autres. Quand je pense à la Méditerranée, je pense à l’homme européen qu’elle a fait naître. Je pense à cette part de moi-même, à cette part de chaque Français, de chaque Européen, qui donne le sentiment, face à la Méditerranée, d’un retour à la source, à l’origine de sa propre pensée, de sa propre identité. Je pense aussi à cette part de moi-même qui me fait me sentir chez moi quel que soit le pays, quel que soit le rivage qu’elle baigne. Nous sommes aussi les enfants de Cordoue et de Grenade, les enfants des savants arabes qui nous ont transmis l’héritage des anciens Grecs et qui l’ont enrichi. »
Vous ne trouvez pas que cela résume magnifiquement et en quelques lignes ce que j'essaie d'écrire maladroitement depuis 2 ans? Est-ce que vous pensez qu'un politicien québécois pourrait faire un tel avancé d'élévation historique comme cela? Je ne suis ni à droite, ni à gauche mais L'Ancien et le moderne, lui, ne pourra être qu'un pro-Sarkozy maintenant...
« La Méditerranée est pour nous tous, même quand nous n’y avons jamais vécu, un souvenir d’enfance où se mélangent des dieux de l’Égypte et de la Grèce, des chevaliers des Croisades, de vieux temples en ruines, des sensations de chaleur sèche, de lumière éblouissante, de senteurs entêtantes, de joie de vivre, et sur fond de mer et de ciel bleu des tragédies terribles, pleines de sang et de fureur, de haines inexpiables, d’une violence archaïque que le long travail des civilisations n’a pas réussi à éteindre. Quand on évoque tout ce qui constitue notre conception de la personne humaine dans sa dimension intellectuelle comme dans sa dimension morale et spirituelle, tous nos regards se tournent vers la Méditerranée qui nous a tout enseigné. Nous sommes les enfants de l’Égypte, de la Grèce, d’Israël, de Rome, de Venise, de Florence, de Séville. Nous sommes tous les enfants de Socrate condamné à mort pour avoir perverti la jeunesse athénienne, d’Alexandre éternellement jeune et de son rêve grandiose d’un empire universel unissant l’Orient et l’Occident, d’Auguste faisant tous les soirs sa prière à tous les dieux de l’empire, d’un humble Juif crucifié pour avoir enseigné aux hommes à s’aimer les uns les autres. Quand je pense à la Méditerranée, je pense à l’homme européen qu’elle a fait naître. Je pense à cette part de moi-même, à cette part de chaque Français, de chaque Européen, qui donne le sentiment, face à la Méditerranée, d’un retour à la source, à l’origine de sa propre pensée, de sa propre identité. Je pense aussi à cette part de moi-même qui me fait me sentir chez moi quel que soit le pays, quel que soit le rivage qu’elle baigne. Nous sommes aussi les enfants de Cordoue et de Grenade, les enfants des savants arabes qui nous ont transmis l’héritage des anciens Grecs et qui l’ont enrichi. »
Vous ne trouvez pas que cela résume magnifiquement et en quelques lignes ce que j'essaie d'écrire maladroitement depuis 2 ans? Est-ce que vous pensez qu'un politicien québécois pourrait faire un tel avancé d'élévation historique comme cela? Je ne suis ni à droite, ni à gauche mais L'Ancien et le moderne, lui, ne pourra être qu'un pro-Sarkozy maintenant...
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