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vendredi, décembre 14, 2007

Mes 10 prochains romans pour 2008

Je viens de faire une razzia de livres à la librairie ce qui constituera une bonne partie de mes lectures des prochains mois. Comme vous le constaterai, et pour paraphraser Robert Charlebois..."J'aime les concours...." En voici la liste avec un bref résumé de chacun. Bonne lecture! A&M


1) Les disparus par l'américain Daniel Mendelsohn
Récit littéraire et enquête personnelle sur un drame familial inséparable d'une des tragédies du XXe siècle : l'extermination des juifs par les nazis. L'auteur raconte comment une partie de sa famille a disparu dans l'est de la Pologne au début des années 1940, en laissant quelques lettres, des photos et des souvenirs chez les membres survivants émigrés aux Etats-Unis. Les critiques sont gagas de cette grosse brique.
Prix Médicis étranger 2007.

2) Les belles choses que porte le ciel de l'éthiopien Dinaw Mengestu
Le jeune Sépha a quitté l’Éthiopie dans des circonstances dramatiques. Des années plus tard, dans la banlieue de Washington où il tient une petite épicerie, il tente tant bien que mal de se reconstruire, partageant avec ses deux amis, Africains comme lui, une nostalgie teintée d’amertume qui leur tient lieu d’univers et de repères. Mais l’arrivée dans le quartier d’une jeune femme blanche et de sa petite fille métisse va bouleverser cet équilibre précaire…
Prix du Premier Roman étranger

3) Ap. J.-C. du grec Vassilis Alexakis
L’histoire commence aujourd’hui, à Athènes, chez Nausicaa, une dame de quatre-vingt-neuf ans, qui demande à l’étudiant qu’elle héberge de mener une enquête sur les moines du Mont Athos. Grand Prix du roman de l'Académie française

4)Istanbul du turc Orhan Pamuk
Vaste roman et vaste fresque, Istanbul constitue avant tout l’éducation sentimentale d’un écrivain dans une ville. Orhan Pamuk y retrace sa vie intime dans une grande famille bourgeoise de la ville, où l’on se veut laïque et progressiste. À travers son récit de la décomposition progressive de cette famille, qui va perdre à la fois son mode de vie traditionnel et son statut social, c’est la société stambouliote, et au-delà la société turque des années 1950-1960, qu’il décrit. C’est aussi la ville de cette époque, encore très proche, dans sa forme, de ce qu’elle était à l’époque de l’Empire ottoman. Ce monde en train de basculer revit à travers de superbes descriptions de lieux, de personnages, d’anecdotes et d’instants, relatés avec vivacité et souvent humour. Prix Nobel de la littérature

5) Quand notre monde est devenu chrétien (312-394) de Paul Veyne
Dans son nouveau livre, Paul Veyne revisite l'apport historiquement révolutionnaire du christianisme jusqu'à le situer au sommet de l'esprit, au terme d'une démonstration aussi rigoureuse qu'enlevée. C'est une revigorante promenade spirituelle, imagée, anticonformiste, passionnante, qui rend le lecteur plus intelligent.
Prix du Sénat du livre d'histoire 2007

6) Odeurs du temps de Jean d'Omesson
Qu'est ce qu'ils nous apprennent, Aragon et Yourcenar, et Borges et Cioran, et les autres ? Que selon la formule de Pessoa, 'la vie ne suffit pas' et que la littérature est là pour nous élever un peu au-dessus de nous-mêmes.

7) Alabamo Song de Gilles Leroy
Montgomery, Alabama, 1918. Quand Zelda, "Belle du Sud", rencontre le lieutenant Scott Fitzgerald, sa vie prend un tournant décisif. Lui s'est juré de devenir écrivain : le succès retentissant de son premier roman lui donne raison. Le couple devient la coqueluche du Tout-New York. Mais Scott et Zelda ne sont encore que des enfants : propulsés dans le feu de la vie mondaine, ils ne tardent pas à se brûler les ailes... Prix Goncourt 2007

8) Cette histoire-là de l'italien Alessandro Baricco
Ultimo Parri est un jeune homme qui vieillit en s'efforçant de remettre de l'ordre dans le monde. Il a cinq ans lorsqu'il voit sa première automobile, l'année de la course mythique Versailles-Madrid de 1903, dix-neuf le jour de la grande défaite de Caporetto en 1917, vingt-cinq lorsqu'il rencontre la femme de sa vie, et beaucoup plus le soir où il meurt, loin de sa campagne piémontaise natale. Cette histoire-là est son histoire, qui nous emporte dans une course effrénée à travers le vingtième siècle, à laquelle l'écriture brillante et habile d'Alessandro Baricco confère une formidable vivacité, pour en faire une de ses plus belles réussites.

9) L'immeuble Yacoubian de l'égyptien Alaa El Aswany
Connaissez-vous Alaa El Aswany ? C'est un véritable phénomène, avec cent mille exemplaires de L'Immeuble Yacoubian vendus en quelques mois, un film en cours de tournage avec une grande mobilisation de moyens et d'acteurs célèbres. Très vite,poussé par la rumeur, le livre s'est répandu dans le monde arabe et le voici aujourd'hui en français. L'auteur est un vrai Egyptien, enraciné dans la terre noire du Nil, il pose un regard tendre, affectueux, plein de pitié et de compréhension sur ses personnages qui se débattent tous, riches et pauvres, bons et méchants, dans le même piège.

10) Le roman de Léonard de Vinci du russe Dimitri Merejkovski
Comment Léonard de Vinci est-il devenu l'incarnation du génie créateur ? Comment a-t-il vécu, aimé, souffert ? Avec un soin du détail et une inspiration dignes des plus grands, le romancier russe Dimitri Merejkovski (1866-1941) nous entraîne dans l'intimité d'un homme pour lequel le talent, perçu comme un don de Dieu, est un véritable sacerdoce, qu'il assume de toute son âme,refusant les facilités de l'argent et des vanités. Portrait prodigieusement vivant du grand artiste, ce Roman de Léonard de Vinci est également une pièce maîtresse de la littérature russe du XXe siècle.

samedi, novembre 10, 2007

Amin Maalouf

Un trop modeste mot sur un romancier libanais que j'estime beaucoup: Amin Maalouf .

Avec cet écrivain se rencontrent Orient et Occident, chrétienté et Méditerranée et ceux qui lisent L'Ancien et le moderne doivent bien deviné qu'un tel parcours doit bien me rejoindre.

Symbole de cette union des deux mondes, l'auteur libanais est à l'image de ses personnages: un voyageur itinérant, qui parcourt les terres, les langues et les religions.

Né à Beyrouth en 1949 dans une famille lettrée, au sein de la minorité melkite, journaliste de formation, Amin Maalouf débute au grand quotidien An-Nahar. Mais devant les atrocités de la guerre, il choisit de quitter le Liban avec femme et enfants en 1976 et s'installe à Paris.

Rédacteur en chef plusieurs années durant du magazine Jeune Afrique, il couvre de nombreux conflits et sillonne le monde, en quête de vérité autant que d'identité. Après le succès d'un premier essai, Les croisades vues par les Arabes, Amin Maalouf entre pleinement en littérature en 1986 avec Léon l'Africain, biographie du légendaire explorateur musulman.

Suivent d'autres biographies romancées: celle du poète Omar Khayyam dans Samarcande, ou du philosophe Mani dans Les jardins de lumière.

Mais c'est avec Le rocher de Tanios (prix Goncourt 1993), récit enchanteur qui mêle amour et révolte au XIXe siècle sur fond d'un Liban déjà déchiré, qu'Amin Maalouf se révèle véritablement au grand public.

Depuis ce succès, l'écrivain poursuit une oeuvre subtile et humaniste qui dessine en creux les failles politiques et religieuses qui empoisonnent notre rapport à l'autre. J'y vois un grand lien (malgré les origines fort différentes) avec l'oeuvre de Jacques Grand'Maison

dimanche, octobre 21, 2007

Jacques Grand'Maison : un maître à penser

Je suis curieux intellectuellement et j'ai lu pas mal d'affaires. J'en n'ai aucun mérite, j'aime ça. Sur de longues années: des bouttes de philosophes grecs (Socrate), de romans songés (Kundera, Ricard), des essais d'intellectuels de bien pensants d'aujourd'hui (Charles Taylor, Michel Foucault, Thierry Hentsch). Mais un des intellectuels auquel je m'identifie le plus, qui me touche le plus je dirais, est le théologien montréalais Jacques Grand'Maison.

Prêtre, théologien, sociologue et essayiste, Jacques Grand’Maison poursuit depuis 30 ans une réflexion unique sur l’évolution sociale et spirituelle du Québec moderne. Son œuvre, qui compte une quarantaine de titres jette, selon moi, un des regards les plus lucides sur les grands enjeux éthiques non seulement de la société québécoise mais de l'ensemble des occidentaux.

Je viens d'acheter ce qu'il annonce comme peut-être le dernier livre de sa vie : Pour un nouvel humanisme

Pour bien des gens l'humanisme est une affaire d'intellectuels. Or il n'en est rien. N'avons-nous pas un besoin fondamental de nous situer dans le monde et de mieux le comprendre pour y oeuvrer?

Faisant sienne cette conviction, Jacques Grand'Maison propose une réflexion stimulante qui risque de bousculer nombre d'idées reçues. Son projet est ambitieux: jeter les bases d'un nouvel humanisme capable de permettre un véritable «vivre ensemble» dans une société où se côtoient des gens d'origines et de cultures différentes, avec ou sans allégeance religieuse.

L'humanisme, affirme-t-il, est à renouveler à chaque époque pour raviver ses rôles libérateurs et civilisateurs. Mais ce serait dommage et même illusoire de penser qu'on peut y parvenir sans les riches patrimoines culturels et religieux de l'histoire.

Notre Révolution tranquille, explique-t-il, a été «marquée par une dynamique d'émancipation, de libération, de redéfinition identitaire, de nouveau projet de société» et elle «a donné un nouvel élan à la liberté, à la politique, à l'histoire à faire plutôt qu'à répéter». Grand'Maison se réjouit d'y avoir participé. Il constate à regret, toutefois, qu'elle se soit accompagnée d'une «rupture globale et abrupte de nos premières identités historiques».

Pour un nouvel humanisme part donc du constat que cette rupture insensée est la cause d'une «crise d'espérance» qui «mine notre tonus moral».


Son nouvel humanisme, il le trouve sur ce terrain dans les oeuvres d' Éric-Emmanuel Schmitt, qui évoquent, à leur manière, une transcendance nécessaire, c'est-à-dire la conviction que la bonté est plus profonde que le mal. Dans la foulée de Charles Taylor, Jacques Grand'Maison redit son attachement à une modernité fidèle à sa mémoire et, partant, soucieuse de l'avenir de l'homme. «Je suis de ceux, écrit Grand'Maison, qui souhaitent une nouvelle synergie du meilleur de la laïcité et du meilleur des sources historiques de la civilisation occidentale, dont le christianisme fait partie. Cela dit, dans le cadre de l'autonomie institutionnelle de ces deux sphères.»

Cette pensée est en complète symbiose avec la mienne...livre non pas à lire mais à chérir...

Pour un nouvel humanisme de Jacques Grand'Maison. Fides 2007 (208 p.)
Source: Le Devoir et Fides

dimanche, octobre 14, 2007

Mexico, une ville insensée

J'aime les grandes villes plus que tout! La campagne bucolique, les montagnes enneigées, les plages ensoleillées ou les vastes paysages forestiers ont peu de grâce à mes yeux à côté de l'énergie des grandes villes. Le bonheur de la vie m'a permis d'en visiter plusieurs.

Je constate avec le temps que j'ai un faible aussi pour les villes insensées. Celles dont le rêve n'est pas celui de la grâce des villes canons que sont NY-Paris-Londres. En général j'aime ces villes occidentales ou influencées par l'Occident mais où l'on y sent le souffle de la folie urbaine; une façon d'être unique. Jusqu'ici je n'avais rencontré (et par la suite continué un rapport fantasmé) que trois villes insensées : Rome (pour l'anarchie toute romaine), Istanbul (pour son rapport occident-orient) et Las Vegas (pour sa démesure kitsch). Bien-sûr pour des raisons fort différentes, mais n'empêche que je ressens le même état de bien-être quand je me retrouve dans ces trois lieux de folie urbaine.

Et maintenant, je rajoute une autre grande ville à ma propre short list intime de villes insensées: Mexico (je viens d'y passer la semaine).

Tout y est incroyable et démesuré. Aujourd'hui, Mexico serait la ville la plus peuplée du monde avec 25 millions d'habitants. La croissance de la ville a littéralement explosé depuis les années 1970, déplaçant son aéroport en plein centre-ville. D'ailleurs le premier choc est dans l'avion à l'atterrissage, on descend pendant 15 minutes en survolant une ville qui semble infinie. La ville s'étend au rythme du flux des nouveaux arrivants (30 000 par mois). Les services de l'urbanisme, qui doivent bien fournir des plans de la ville, en sont réduits à affréter chaque année un avion pour photographier les nouveaux quartiers qui sortent de terre, parfois en quelques jours. Imaginez la gestion urbaine et la pollution!




Mais vamos pour les côtés incontrôlables de Mexico. 25 millions d'habitants avec une grande concentration de jeunes... ça déplace une ville. Dans la même soirée à Mexico:

1) J'ai assisté à une quasi-émeute à Mutek-Mexico parce que l'on ne pouvait admettre tout le lign up qui voulait regarder l'installation sonore des montréalais Skoltz Kolgen. La police à du intervenir...les mexicains voulaient rentrer!

2) Je suis allé par la suite à un vernissage d'artistes argentins qui présentaient dans une galerie "In" du quartier chic de Roma, leur travail dans la mouvance "PictoPlasma"-- elle-même inspirée des personnages de dessins animés japonais. Foule incroyable de jeunes branchés. Impossible de rentrer si je n'avais pas connu des amis des artistes. D'ailleurs pas mal le fun comme expo., un autre univers culturel complètement.

3) Avant de retourner aux derniers artistes de Mutek-Mexico (pas mal tard...), je me suis retrouvé dans un bar dansing-électro-mexicain avec plein de monde, c'était fou. Supers DJs en plus.

Énergie latine mêlée avec un bouillonnement culturel urbain unique...Oui! Mexico...MexiiiIIIcccoooo...

dimanche, mai 06, 2007

La poésie d'Hélène Dorion

Je suis entremêlé dans mes lectures du romancier irlandais James Joyce. Par Homère, par Victor-Lévy Beaulieu et par James Joyce lui-même.

Perdue dans la filiation: Homère et son magnifique monde d'errance et de vengeance, James Joyce métaphorant l'Ulysse d'Homère en intégrant son monde à lui qu'il percevait en complète déconstruction et mon ami Victor-Lévy Beaulieu écrivant sur James Joyce en brassant tout cela dans le Québec d'aujourd'hui . Des milliers de magnifiques pages autour de moi commençant à Troie il y a 3000 ans et qui se poursuivent jusqu'à Trois-Pistoles au début de ce 3e millénaire. Trois livres de fureur et d'ambition (le Joyce et le VLB font tout de même 1100 pages chacun) qui s'appellent entre eux et qui me suivent partout.

Et ma foi, au-delà de la beauté des mots, je ne vois pas encore où tout cela va me mener puisque j'y retrouve, au premier niveau en tout cas, que des mondes en profond désarroi et que, de plus, dans le cas de mes deux auteurs contemporains, aucun dieu pour venir réparer les pots cassés et consoler les héros.

Pour me libérer de la fureur je choisi souvent la poésie. Je laisse alors mes gros livres et je lis une série de courts poèmes surtout contemporains.

Mais vous savez la poésie est un sujet délicat sur lequel je n'aime ni parler ni écrire. Parce qu'en général un poème est écrit pour une seule personne et, la plupart du temps, touche peu le reste de la planète. J'ai l'impression que c'est pour cela que les livres de poésie se vendent si peu. Bien-sûr il y a de magnifiques exceptions qui ont su rejoindre les générations dans la beauté des mots (Hugo, Pablo Neruda, Pessoa , Louis Aragon, etc) mais cela reste l'exception.

Les poèmes de la montréalaise Hélène Dorion sont un de mes refuges apaisants. J'aime ses mots parce que sa poésie, tout en étant éloignée de tout rapport anecdotique avec le monde quotidien, parle bel et bien de nous et "des fragiles fondations de ce que nous sommes".
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Les murs de la grotte

Voici la Terre, de vide et de beauté
voyageuse sans voyage qui nous emporte
depuis des millénaires, nous retient
en son intime bercement.

Le monde tourne
et tournant ainsi, le monde
se franchit et advient.

Ainsi sommes-nous
passeurs de lumière et de temps
parmi les cercles de l'univers.(...)

Fragile particule d'air et d'eau
le long de la pente, qui remontes
et redescends, tu étends ton corps épuisé
aux confins de la lumière. Qui suis-je
demandes-tu, mais nul ne peut répondre
avant que se retourne le sablier.

Hélène Dorion (1997)

samedi, février 10, 2007

Le lyrisme antique de Nicolas Sarkozy

Je suis de loin, un peu comme la politique américaine, les débats actuels entre les deux candidats principaux à l'élection présidentielle française de 2007 soit Nicolas Sarkozy, à droite et Ségolène Royal à gauche. Je trouvais sympathique Ségolène Royal mais elle semble faire erreur sur erreur et Nicolas Sarkozy est maintenant le grand favori. Mais objectivement, je ne pourrais pas vous faire ici une grande analyse de l'élection française. Toutefois j'entends parlé des grands talents tribuns de Sarkozy qui frappe l'imagination des français et des européens. À Toulon, mercredi, le 7 février dernier, Nicolas Sarkozy a fait une envolée sur l'Europe et nos origines communes qui m'a touché profondément en tant que Montréalais et occidental. Voici un extrait de son discours:

« La Méditerranée est pour nous tous, même quand nous n’y avons jamais vécu, un souvenir d’enfance où se mélangent des dieux de l’Égypte et de la Grèce, des chevaliers des Croisades, de vieux temples en ruines, des sensations de chaleur sèche, de lumière éblouissante, de senteurs entêtantes, de joie de vivre, et sur fond de mer et de ciel bleu des tragédies terribles, pleines de sang et de fureur, de haines inexpiables, d’une violence archaïque que le long travail des civilisations n’a pas réussi à éteindre. Quand on évoque tout ce qui constitue notre conception de la personne humaine dans sa dimension intellectuelle comme dans sa dimension morale et spirituelle, tous nos regards se tournent vers la Méditerranée qui nous a tout enseigné. Nous sommes les enfants de l’Égypte, de la Grèce, d’Israël, de Rome, de Venise, de Florence, de Séville. Nous sommes tous les enfants de Socrate condamné à mort pour avoir perverti la jeunesse athénienne, d’Alexandre éternellement jeune et de son rêve grandiose d’un empire universel unissant l’Orient et l’Occident, d’Auguste faisant tous les soirs sa prière à tous les dieux de l’empire, d’un humble Juif crucifié pour avoir enseigné aux hommes à s’aimer les uns les autres. Quand je pense à la Méditerranée, je pense à l’homme européen qu’elle a fait naître. Je pense à cette part de moi-même, à cette part de chaque Français, de chaque Européen, qui donne le sentiment, face à la Méditerranée, d’un retour à la source, à l’origine de sa propre pensée, de sa propre identité. Je pense aussi à cette part de moi-même qui me fait me sentir chez moi quel que soit le pays, quel que soit le rivage qu’elle baigne. Nous sommes aussi les enfants de Cordoue et de Grenade, les enfants des savants arabes qui nous ont transmis l’héritage des anciens Grecs et qui l’ont enrichi. »

Vous ne trouvez pas que cela résume magnifiquement et en quelques lignes ce que j'essaie d'écrire maladroitement depuis 2 ans? Est-ce que vous pensez qu'un politicien québécois pourrait faire un tel avancé d'élévation historique comme cela? Je ne suis ni à droite, ni à gauche mais L'Ancien et le moderne, lui, ne pourra être qu'un pro-Sarkozy maintenant...

vendredi, septembre 01, 2006

Retrouver mes récits de l'Occident...

Depuis trois (3) ans et de façon beaucoup moins rigoureuse que je le voudrais, je poursuis ma quête des grands textes occidentaux en me guidant des deux livres exceptionnels de Thierry Hentsch (décédé malheureusement l'an passée suite à une fulgurante maladie) de l'UQAM:

I- ''Raconter et mourir. Aux sources narratives de l'imaginaire occidental'' (analysant les oeuvres d'Homère à Shakespeare) 2002. Les Presses de l'Université de Montréal

II- "Le temps aboli. L'Occident et ses grands récits" (de Molière à Proust) 2005.
Les Presses de l'Université de Montréal

En fait, Hentsch est un peu mon guide des grands textes. Ses deux essais foudroyants qui ont gagné de multiples prix s'attachent aux thèmes et aux moments clés de notre littérature: des voyages d'Ulysse aux aventures de Don Quichotte en passant par la Bible et la Divine Comédie de Dante. Je le conseille fortement à tout ceux qui s'intéressent aux grands classiques littéraires de l'Occident. Mais c'est peut-être très masculin comme démarche...C'est Hentsch qui m'a donné le goût d'entreprendre Dante que j'ai lu en grande partie.

Mais quelle idée, écrire au XIIIe siècle une descente au Enfer en se servant de Virgile et d'Énée. Dante était un grand fan de Virgile...en fait ce n'est que depuis le XVIIIe siècle que Homère a volé la vedette à Virgile...et effectivement Virgile est une pâle copie d'Homère mais la trame est intéressante...Pour revenir à la Divine Comédie, c'est d'une beauté rare....c'est certain que connaître ses classiques aident pas mal (la rencontre avec Achille est édifiante) mais le texte est très beau.

Quand j'ai vu cet été à Paris "La porte de l'enfer" de Rodin, reprenant la Comédie divine, je n'ai pu m'empêcher d'avoir une pensée pour Thierry Hentsch qui a fait de cette idée de la transmission des grands textes la passion de sa vie.

La chambre à coucher de ma nouvelle demeure n'est plus habitée par les grands classiques; mon buste d'Homère est rendu dans mon salon. Les 4 gros tomes des Mémoires d'Outre-tombe de René de Chateaubriand (celui qui a voulu moderniser le catholicisme et la littérature au XVIIIe) sont dans des quelconques boîtes... L'âme de ma chambre est disparue à trop vouloir le bon goût et le design. Je vous quitte pour aller les retrouver et rendre à César ce qui appartient à César...et ainsi retrouver mes récits de l'Occident...

lundi, mai 22, 2006

Fier d'être un occidental!

Mon blogue se veut (un peu) un Ode à l'Occident.

Les pensées et artistes occidentaux de toutes les périodes m'interpellent. De Homère à Jean Ferrat, de St-Augustin à Mozart en passant par Delacroix, Louise Robert et les autres. Beaucoup de mes billets soulignent, tout simplement la beauté émanant de cette culture d'où, par le plus merveilleux des hasards, je proviens.

Dans l'édition du 20 mai 2006 du journal montréalais "Le Devoir" la "Une" se titrait ainsi: Peut-on se dire Occidental et fier de l'être?

C'est une tendance tout-à-fait occidental de se remettre en question!! Et devant les revendications multiculturalistes qui se multiplient et la haine de l'Occident exprimée par les Ahmadinejad et Ben Laden, afficher comme je le fais sa «fierté occidentale» --- est-ce encore de mise? La question, en soi polémique, se pose, semble-t-il.

Pour certains, se dire occidental, c’est participer d’une civilisation qui, il n’y a pas si longtemps, se prenait encore pour LA civilisation, qui a colonisé des peuples, organisé des traites d’esclaves, etc., et qui, aujourd’hui, non seulement prospérerait grâce à un commerce absolument non équitable mais, au surplus, dont le mode de vie préparerait l’apocalypse envivironnemental (ouf!).

J'y constate bien-sûr toutes les folies et cela depuis l'antiquité grecque (les luttes entre Sparte et Athènes en était déjà un triste exemple) et jusqu'au XXe s. (l'Allemagne nazie en est l'incarnation). Mais moi, homme blanc occidental, j'y retiens surtout la volonté d'élévation, de remise en question, de recherche de beauté malgré l'adversité et la faiblesse de "l'Individu" ou de certains groupes qui ramènent vers le bas...

Heureusement (pour moi!), plusieurs penseurs d'aujourd'hui défendent l'Occident. Ainsi, selon Pascal Bruckner , il est parfaitement possible de manifester une fierté occidentale «sans rougir, aujourd'hui». Dans le tiers-mondisme de jadis comme dans l'altermondialisation contemporaine, «on perçoit toujours l'Occident comme étant la civilisation qui asservit, qui a colonisé nombre de peuples, qui a organisé l'esclavage». À en écouter certains, l'Occident en général et les États-Unis en particulier seraient même responsables, par exemple, des 200 000 morts imputées au terrorisme islamiste en Algérie, puisque ce même terrorisme a été fomenté par les Américains dans leur lutte contre l'URSS dans la guerre froide.

Mais, insiste-t-il, dans ces analyses convenues, on oublie bien aisément «l'autre part» de l'Occident, celle qui «a produit le mouvement anticolonialiste et les mouvements d'abolition». D'ailleurs, il y a ici exclusivité : ces mouvements en faveur de l'abolition, aux États-Unis et en Europe, ne sont le fait que de l'Occident, souligne-t-il. On «impute l'esclavage aux seuls Occidentaux et on oublie complètement qu'il y a eu au moins deux autres traites tout aussi violentes et beaucoup plus longues», dans les mondes arabe et africain. «Or je ne connais aucun régime oriental ou arabe qui, pour l'instant, a demandé pardon pour la traite des Noirs, qui a longtemps sévi. En Afrique, il n'y a que le président du Bénin, Kérékou, qui a demandé pardon en l'an 2000 pour la traite.»

Bruckner, aujourd'hui comme hier, insiste : «L'Occident est la seule civilisation qui fasse son autocritique, qui ait un rapport critique avec sa propre histoire.» En découle une autre particularité occidentale : il a produit des anthropologues.

Or, «qu'est-ce que l'anthropologie ? C'est une certaine manière de s'éloigner de soi-même et de s'approcher de l'Autre. Il y a dans l'anthropologie cette fascination pour les autres et cette sorte de dédoublement de l'identité». C'est d'ailleurs dans les rangs des anthropologues, qui ont pris une distance par rapport à leur civilisation, qu'on trouve souvent les critiques de l'Occident les plus virulentes, les plus radicales. Le paradoxe, en somme, est que «la critique de soi est consubstantielle à notre relation avec nous-mêmes». Mais celle-ci peut devenir aisément «haine de soi», avertit Bruckner.

De plus , le multiculturalisme est un exemple probant de cette ouverture à l'Autre proprement occidentale -- dixit Bruckner -- qui peut, au-delà d'un certain degré, se muer en haine de soi.

En fait, la dynamique même de la civilisation occidentale (je rajouterais son origine--on peut penser à Socrate) amène une autocritique plus virulente qu'ailleurs (en Chine, en Afrique ou dans le monde arabe par ex.).

Et cela, sans parler de la grande beauté qu'a produit l'Occident...par exemple nous n'avons qu'à suivre les textes littéraires, guidés par Thierry Hentsch pour en saisir toute la profondeur...

Je persiste et je signe

L'Ancien et le moderne, occidental

samedi, septembre 10, 2005

Nous sommes tous romains! 2ième partie...

Ceux qui me lisent depuis quelques mois, ont souvenance peut-être d'un billet que j'ai écrit en avril dernier dans ce blog intitulé: "Nous sommes tous romains! 1ère partie" où je rappellais nos racines latines et qui se terminait ainsi:

"Toutefois, ma fascination personnelle pour l'univers romain (comme pour le grec) tenait (avant cette lecture) beaucoup aux raisons qui expliquent l'expansion (le début) et le déclin (la fin) de cette civilisation. Et en fait de toute les grandes civilisations..Pourquoi Rome a-t-elle dominée et surtout pourquoi a-t-elle déclinée? Et Jerphagnon avec la lumière du philosophe m'amène une dimension nouvelle...En fait, je cherchais à comprendre pourquoi les civilisations naissent et meurent...je commence à comprendre...j'aurais dû m'en douter et mieux écouter les vieilles "tounes" de Jean Gabin..."
http://pierrebellerose.blogspot.com/2005/04/nous-sommes-tous-romains-1re-partie.html

Bon voici enfin la suite...

On sait maintenant que les civilisations et même les villes (est-ce que ce sera le cas de la Nouvelle-Orléans?) peuvent mourir. On veut évidemment comprendre pourquoi..Y a-t-il des repères, une cause commune à toutes ses disparitions?

J'ai lu quelques historiens qui ont amorcés il y a plus de deux cents ans une interminable partie de causes et d'effets. Chacun avance ses explications comme autant de pions et la partie durera aussi longtemps que subsistera Rome dans les mémoires: châtiment des dieux, sanction d'un effondrement général des valeurs, limite d'un système économique qui n'a pas su évoluer, pression trop forte de l'externe qui ont amené les fameuses "invasions barbares" à partir du IVe siècle, bureaucratie généralisée peu apte à l'évolution....sans compter les grilles marxistes...qui peut aujourd'hui mettre le doigt sur les raisons du déclin de l'empire romain?

Je me demande parfois si les anciennes philosophies n'étaient pas mieux accordées à ces évolutions que nos historiens modernes...Il faut relire Lucrèce et Marc-Aurèle...ils y constataient tout simplement le Hasard et la Nécessité. Et peut-être que les vieux mythes l'étaient mieux encore, qui parlaient de retour en poussière et d'éternité...

Comme Lucien Jerphagnon qui a 84 ans (81 ans lorsqu'il a terminé le livre à la source de ces 2 billets) , j'aurais tendance a laisser à de plus avisés ce type de débat éternel. Les historiens cherchent des réponses... Ils finiront bien par nous expliquer ce qui est arrivé à Rome, ce qui est arrivé à l'Égypte, aux Assyriens...ce qui arrive à tous le monde. Ils nous dirons pourquoi on naît et on grandit, pourquoi on vieillit et on meurt. Et nous serons alors bien avancés....

samedi, avril 23, 2005

Nous sommes tous romains! 1ère partie

Oui je l'affirme: Nous sommes tous Romains puisqu'Occidentaux. Le monde greco-romain constitue les racines premières de cette culture commune à tous les européens et résidents des trois amériques...j'en ai la conviction profonde même s'il s'agit d'une route solitaire surtout au Québec!

Je sais, je sais...mon intérêt pour le monde romain n'a pas de commune mesure avec l'intérêt actuel pour de telles choses. Prenez en ce moment, je termine la lecture de ma 10e histoire (pour le vrai!) de la Rome antique et je la trouve encore plus fascinante que les autres...

La collection de poche Pluriels a publié l'an passé une édition complètement remaniée de "L’histoire de la Rome antique" de Lucien Jerphagnon. Ce professeur français émérite de plus de 80 ans a réussi une gageure : raconter douze siècles en 600 pages, sans que l’on ait l’impression de lire un vulgaire résumé. Il a également remporté son pari : on lit son Histoire d’une traite, comme un bon roman… dont on connaît pourtant la fin !

L’auteur est un Monsieur sérieux : spécialiste de la pensée grecque et romaine, responsable de l’édition de Saint Augustin dans la Bibliothèque de la Pléiade, membre correspondant de l’académie d’Athènes, Jerphagnon n’est pas, à priori, de ces écrivains dont on dévore les ouvrages jusqu’à tard dans la nuit. Pourtant, c'est ce qui m'arrive!

Son érudition éblouissante n’a d’égale que l’humour, souvent grinçant, dont il fait preuve à l’égard de nos ancêtres les romains, de ses contemporains mais aussi de lui-même. Il se plaît, c’est manifeste, à se composer un personnage de grincheux, enrageant devant l’inculture actuelle en matière d’histoire antique : Don Quichottte au service de la Ville Eternelle, il pourfend ceux qui, dans les romans ou au cinéma, se répandent en généralités sur le monde romain.

Car c’est, proclame-t-il, un des objectifs premiers de son Histoire : en finir avec la vision caricaturale que nous avons tous, plus ou moins, de cette merveilleuse civilisation qu’on crût immortelle. Celle d’Astérix et des peplums en technicolor. Celle aussi des images trop faciles sur Caligula et Néron, sur Ciceron ou Jules Cesar.

Donc Jerphagnon, investi de cette ambitieuse mission (rendre à Rome ce qui est à Rome), nous rafraîchit la mémoire, mais surtout nous fait (re)découvrir mille et un aspects d’un " univers " à la fois si lointain et si familier. Il nous narre une incroyable histoire, des origines (douteuses) à la chute (piteuse).

Et moi, j'aime relire l'incroyable courage des Sabines, les guerres avec les éléphants d’Hannibal, les drames des frères Gracchus, les histoires sur les invincibles Parthes, la grande Carthage, la"victoire" de Pyrrus, la révolte de Spartacus, les luttes entre Pompée et César, les conquêtes de Trajan ou les infortunes d’Antoine et surtout la façon surprenante qu'a perduré Rome au cours du 3e et 4e s. ap JC. La remarquable capacité d’intégration et d’assimilation de la société romaine, féru de culture grecque, fasciné par l’Orient lointain, mais également ouvert aux apports des sociétés " barbares ", est en effet un des secrets de sa longévité et de son rayonnement.


Les Sabines de Jean-Louis David (1796)


Toutefois, ma fascination personnelle pour l'univers romain (comme pour le grec) tenait (avant cette lecture) beaucoup aux raisons qui expliquent l'expansion (le début) et le déclin (la fin) de cette civilisation. Et en fait de toute les grandes civilisations..Pourquoi Rome a-t-elle dominée et surtout pourquoi a-t-elle déclinée? Et Jerphagnon avec la lumière du philosophe m'amène une dimension nouvelle...

En fait, je cherchais à comprendre pourquoi les civilisations naissent et meurent...je commence à comprendre...j'aurais dû m'en douter et mieux écouter les vieilles "tounes" de Jean Gabin...

Petrus