Bonjour,
Est-ce que vous connaissez la "nouvelle" archéologie contemporaine? Elle consiste à analyser des scènes de la vie quotidienne comme si nous étions des grecs anciens...tout cela pour analyser l'homme occidental d'aujourd'hui à partir des objets de son quotidien. Les analyses du contenu de nos poubelles par des archéologues sont célèbres dans ce milieu. J'ai eu l'idée de faire la même chose en dressant une liste des livres qui sont sur ma table de chevet et sur le plancher de ma chambre actuellement. Voici cette liste en ordre purement aléatoire en précisant où j'en suis rendu dans ma lecture:
- Dante, Oeuvres complètes (lues aux 2/3)
- Yann Martel ,Life of Pi (lu à la moitié)
- L'Égypte, Guide bleu
- Jean-Pierre Vernant, L'Univers, les dieux, les hommes (lu il y a quelques années, en relecture)
- Thierry Hentsch, Raconter et Mourir. Aux sources narrratives de l'imaginaire occidental (toujours sur ma table de chevet--voir mon blogue)
- Jean-Marc Piotte, Les grands penseurs du monde occidental (un livre de référence)
- Jacqueline de Romily, La Grèce Antique. Les plus beaux textes d'Homère à Origène (J'en ai lu plusieurs extraits)
- Hérodote-Thucydide, oeuvres complètes, (J'ai lu Hérodote au complet, je me suis rendu à la moitié de la Guerre du Péloponnèse de Thucydide)
- Jean Tullard, Napoléon (Biographie que je n'ai pas encore commencée)
- Pascal Quignard, Les Ombres errantes (lu et relu..)
- Amin Maalouf, Léon L'Africain (lu)
- Jean Grondin, Du sens de la vie (lu- voir mon blogue)
- J.C. Somoza, La caverne des idées (roman lu)
- Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe-Tome 3 (après avoir lu les deux premiers tomes--des grosses briques--mon intérêt s'émousse...)
- Gerald Messadié, Madame Socrate (lu)
- Georges Bordonne, Clovis dans la série "les Rois qui ont fait la France" (lu)
- Jacqueline de Romilly, Précis de littérature grecque (je le consulte de temps en temps)
- Lauwrence Durrell, Le Quatuor d'Alexandrie (je n'ai pas dépassé la centième page...)
- Edna O'brien, Biographie de James Joyce (pas commencée)
- R.W.B. Lewis, Biographie de Dante (lue)
- Jean Irigoin, Le livre grec des origines à la renaissance (lu)
- Pierre Lepape, Le pays de la littérature (à lire)
- E.H. Gombrich, Histoire de l'art (gros livre de référence que je feuillette de temps en temps)
- Didier van Cauwelaert, L'Évangile de Jimmy (lu)
- Collette Godin, Montréal, la Ville aux cents clochers (lu)
- Jean Irigoin, Tradition et critique des textes grecs (lu)
- Fred Pellerin, Dans mon village, il y a belle lurette (lu en parti)
- Pierre Boncenne et Bernard Pivot, La bibliothèque Idéale (outil de référence que je ne regarde presque jamais)
- René Huyghe, Delacroix ou le combat solitaire (à lire)
- Platon, Alcibiade (lu)
- Claude Mossé et Annie Schnapp-Gourbeillon, Précis d'histoire grecque, Du début du deuxième millénaire à la bataille d'Actium (une de mes lectures actuelles)
- Mauruce Druon, Les Rois Maudits (une de mes lectures actuelles)
- Étienne Charpentier, Pour lire L'ancien testament (lu)
- Chefs d'oeuvres du Musée du Caire (lu)
- Alexandre Dumas, Le comte de Monte-Cristo (lu)
- Andréï Makine, La femme qui attendait (une de mes lecture actuelle)
- Guide de poche des auteurs grecs et latins (livre de référence)
- Guide du "Metropolitain Museum of Art", un achat de mon voyage à NY-- la sem. dernière
- Yves Beauchemin, Charles le téméraire (une de mes lectures actuelles)
- Umberto Eco, La mystérieuse flamme de la reine Ioana (je viens juste de le terminer)
- Irad Malkin, La méditerranée spartiate (en lecture rapide, pas très intéressant )
- Collection Autrement, Rome Ier s. ap. J.C. (une de mes lectures actuelles)
- Jean-Paul Kauffmann, La lutte avec l'ange (lu à 2 reprises-voir mon blogue)
- Saint-Augustin, Confessions (lues)
- Rita Monaldi et Francesco Sorti, Imprimatur (lecture terminée il y a un mois environ)
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Voilà en frac, les livres qui se retrouvent à la gauche et à la droite de mon lit...
samedi, août 13, 2005
mardi, août 09, 2005
La mort d'un grand intellectuel et humaniste...
Le philosophe Raymond Klibansky décède à Montréal à 99 ans
Formé dans l'effervescence culturelle de l'Allemagne du premier tiers du XXe siècle, forcé à l'exil par la barbarie nazie, colonel de l'armée britannique durant la Seconde Guerre mondiale, philosophe et historien de la culture de renommée planétaire, professeur émérite des universités McGill, Oxford et Heidelberg, coauteur de Saturne ou la Mélancolie, un livre légendaire sur le sublime et complexe sujet du «bonheur d'être triste», Raymond Klibansky est mort vendredi dernier. La courte notice nécrologique publiée hier dans Le Devoir annonce qu'il a succombé «dans sa centième année, paisiblement, à son domicile de Montréal». Il serait devenu centenaire le 15 octobre prochain.
Sa longue vie très bien remplie concentre les misères et les bonheurs d'un siècle marqué par d'admirables découvertes scientifiques et artistiques, mais aussi par d'abyssales plongées au coeur du maléfique. Lui-même connaît le statut d'exilé dès le berceau, à Paris, son lieu de naissance, où son père allemand s'occupe depuis quelques années d'une grande entreprise d'import-export en vins. En 1914, dès le déclenchement du premier conflit mondial, sa famille est obligée de tout abandonner pour rentrer à Francfort. Après quelques années passées au très rigide et trop discipliné Goethe-Gymnasium, où il se lie d'amitié avec Klaus Mann, le fils de l'écrivain Thomas Mann, le jeune Klibansky -- qui a hérité du prénom du défenseur de la laïcité et futur président de la République française Raymond Poincaré -- persuade ses parents de l'inscrire à la Odenwaldschule, une école mixte et progressiste, une utopie scolaire réalisée, sans surveillants, sans notes, où les élèves et les professeurs décident ensemble, lors d'assemblées générales, des règles de conduite communes. La Odenwaldschule a formé d'autres gens célèbres, dont Daniel Cohn-Bendit, le défenseur de «l'imagination au pouvoir» de Mai 68.
Comprendre ce qu'est l'homme
Il obtint son «Abitur», l'exigeant diplôme d'études secondaires allemand, avec six mois d'avance et rentre à la fameuse Université de Heidelberg à 17 ans, en 1923. Dans cette ville, il fréquente la maison de Max Weber, en tant qu'ami intime de ses neveux, ses fils adoptifs. Le grand sociologue mort en 1920 a laissé en plan les épreuves de Économie et Société, sa somme théorique. Pour son premier travail intellectuel d'envergure, Raymond Klibansky va donc consacrer ses soirées à aider la veuve Weber à corriger les épreuves du maître ouvrage.
Il suit 35 heures de cours par semaine, dans toutes les disciplines. «Mon ambition était de comprendre ce qu'est l'homme, dira-t-il au Devoir dans une entrevue publiée en 1992. Et pour y arriver il fallait commencer par le commencement, par la pensée grecque, par la langue grecque, celle des philosophes, mais aussi celle des poètes, sans négliger l'expression visible de l'esprit dans l'art.» Il termine son doctorat à 23 ans, puis devient «Privatdozent», professeur de cours libres, en 1931, deux ans avant la catastrophe de 1933. Il se rappellera ensuite avec tristesse du silence de la très grande majorité des enseignants, qui avaient pourtant passé les années précédentes à discuter savamment de la nécessité d'une conduite personnelle courageuse, de l'autonomie de l'individu et de sa liberté. Pour lui, la mémoire de grands esprits qui avaient capitulé devant le régime nazi était «entachée à jamais».
Le cas le plus célèbre demeure évidemment celui de Martin Heidegger, qui fait maintenant les frais d'un juste déboulonnage en règle pour son nazisme militant. L'auteur d'Être et Temps enseigne alors à Fribourg-en-Brisgau et Klibansky ne le rencontre donc pas souvent. Il est tout de même présent à la fameuse conférence Qu'est-ce que la métaphysique ?, donnée en 1929. «Il y avait là, devant nous, un mélange d'intensité intellectuelle et de mensonges, se rappelait-il 60 ans plus tard. Il déformait la vérité historique tout en citant Platon. Tous les moyens étaient bons pour lui.» Klibansky se rapproche plutôt du philosophe Karl Jaspers, qui ne reniera jamais ses idéaux humanistes et démocratiques. Jaspers le propose pour un stage à Kiel, auprès du légendaire Ferdinand Tönnies, auteur de Communauté et Société (1887), ami de Friedrich Engels, cosignataire du Manifeste du Parti communiste, paru il y a 150 ans. «Tönnies m'a beaucoup parlé de ses rencontres avec Engels», confie-t-il à son ancien élève, le professeur québécois Georges Leroux, dans leur livre d'entretiens biographiques Le Philosophe et la Mémoire des siècles, paru en 1998, aux Belles Lettres, à Paris.
Cette volonté de suivre à la trace des notions et des concepts sur des milliers d'années, dans plusieurs aires culturelles, va l'occuper toute sa vie. Raymond Klibansky participe au renouvellement de la compréhension des rapports de la culture occidentale à ses sources grecques, filtrées par les penseurs juifs, arabes et chrétiens du Moyen Âge et de la Renaissance. Dans le lot immense et disparate de ses oeuvres complètes, occupant plusieurs rayonnages, on peut notamment distinguer les éditions critiques d'oeuvres majeures de l'histoire de la philosophie. Par exemple le monumental Corpus Platonicium Medii Aevi, une édition des versions médiévales latines et arabes des textes platoniciens. L'édition critique du Parménide latin, le dialogue de Platon accompagné du Commentaire de Proclus, qu'il a lui-même découvert dans la bibliothèque du cardinal. Et puis les Medieval and Renaissance Studies, dont six volumes ont été publiés de 1941 à 1968. Reconnaître la raison et la dépasser Tout cela pour se comprendre, maintenant. «Il y a dans la tradition allemande une tendance à reconnaître la raison et à vouloir en même temps la dépasser. Ce qui est très différent du cartésianisme français et de l'empirisme britannique. Et pour comprendre cette voie, il faut remonter aux sources médiévales et, à travers elles, comprendre la transformation de la pensée de Platon.»
Dès 1927, il propose à l'académie de Heidelberg de réaliser des éditions critiques des oeuvres latines de Nicolas de Cues puis de maître Eckhart, dont les nazis veulent faire un ancêtre idéologue. À compter de 1933, le «Privatdozent» est d'autant plus menacé qu'il nargue le nouveau pouvoir qui exige des détails sur ses «origines raciales», sur la confession de ses parents et grands-parents. «Moi, je n'ai pas répondu au questionnaire, mais j'ai écrit une lettre qui a été retrouvée récemment. Je déclarais que ce questionnaire était incompatible avec les exigences de la pensée scientifique [...] et que, d'ailleurs, il était impossible de prétendre établir une origine raciale à partir de la religion de deux générations seulement. J'ajoutais que, pour autant que je puisse le savoir, tous mes ancêtres, tant dans la lignée paternelle que maternelle, avaient pratiqué la religion juive.» Raymond Klibansky va quitter l'Allemagne quelques jours plus tard, après avoir convaincu les Warburg de prendre eux aussi le chemin de l'exil avec leurs précieux livres -- leur institut est toujours à Londres. Il a en poche de quoi payer le taxi et il lit mais ne parle pas l'anglais. Il corrige la lacune en quelques mois, devient professeur au prestigieux Wolfson College d'Oxford. La philo mène à tout.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le philosophe prend du service au sein du Political Warfare Executive, en Grande-Bretagne. Il s'élève jusqu'au rang de colonel de l'armée britannique. Non pas malgré sa formation académique, mais précisément en raison de ses connaissances savantes. Ainsi, quand des militaires américains lui demandent des détails sur le temps des récoltes en Toscane, le service du colonel-philosophe trouve la réponse dans Virgile. L'herméneute décrypte aussi les signes de fabrication des fusées VI, V2 et V3. Par contre, lorsque les Alliés déclenchent la campagne de Sicile, il ne le consultent pas et le regrettent amèrement par la suite, comme il le raconte lui-même dans ses souvenirs. «Quand j'ai appris qu'on s'apprêtait à franchir le détroit de Messine et à remonter vers le nord, je ne l'ai pas cru, confie-t-il dans le livre. Depuis Hannibal jusqu'à Garibaldi en passant par Byzance et les Goths, l'histoire a montré que, pour conquérir l'Italie, il faut l'attaquer par le Nord ou par le milieu. [...] Les plans avaient été faits au quartier général d'Eisenhower, à Alger, et approuvés à Washington. Mais j'étais "Political Intelligence Officer" et mes opinions n'avaient aucun poids. L'erreur a été payée chèrement à chaque traversée de fleuve et à la bataille du mont Cassin. Tant de soldats ont été tués.»
En 1946, le colonel redevient professeur, au collège Wolfson bien sûr, mais aussi à McGill et à l'Université de Montréal. Ce nouvel exil volontaire aura finalement duré plus d'un demi-siècle «Je suis profondément européen de formation, de tradition, confiait-il encore à Georges Leroux. Je retourne en Allemagne, à Heidelberg surtout, où l'université m'a fait sénateur d'honneur. Je suis de nouveau souvent à Oxford. Cependant, quand je retourne à Montréal, je rentre chez moi. Peut-être une certaine synthèse entre l'ancien et le nouveau monde s'est-elle opérée en moi ?» Ici, le professeur forme des générations d'étudiants, dont plusieurs devenus célèbres. Comme le Costaricien Oduber Quiros, «tout à fait remarquable», qui participe à un coup d'État en 1949 et rédige un projet de Constitution centrée sur les droits de l'homme. Travailleur infatigable, le nonagénaire codirige un collectif sur les recherches philosophiques au Canada français. Les prix annuels de la Fédération canadienne des études humaines portent son nom. Surtout, pendant toute cette longue vie aussi exemplaire qu'exceptionnelle, à Montréal comme ailleurs, le professeur multiplie les initiatives pour la paix, la liberté et la tolérance, soit au sein de l'Institut international de philosophie, soit en publiant des classiques de ces idées généreuses, dont la fameuse Lettre sur la tolérance, de Locke, parue en plus de 20 langues. Car l'idée de tolérance constitue finalement la clé de voûte de l'existence et de l'oeuvre de Raymond Klibansky, homme d'études autant qu'homme action, philosophe engagé contre les tortionnaires des choses, des mots et des êtres. «Ce n'est pas parce que, souvent, le résultat des efforts est minime, ou même non existant, qu'il ne faut pas les faire, aimait-il répéter. L'effort personnel, l'effort éclairé par une conviction, fait une différence. L'histoire est pleine d'exemples montrant que l'action d'un individu, la personnalité d'un individu, a changé quelque chose.»
Source: Le Devoir, 9 août 2005
J'ai entendu parlé du professeur Klibanski pour la première fois il y a quelques années seulement grâce à George Leroux qui est professeur d'histoire à l'UQAM. VRAIMENT un être remarquable qui a véçu réellement les passions intellectuelles du siècle...c'est pourquoi je me permets de reproduire l'article d'aujourd'hui du Devoir
Comme vous le voyez , mes derniers posts portent sur Thierry Hentsch et sur Raymond Klibanski... cela indique bien qui sont mes idoles...
L'ancien et le moderne
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Raymond Klibansky dans le documentaire biographique intitulé De la philosophie à la vie, primé en 2002 au Festival international du film sur l’art. La volonté de suivre à la trace des notions et des concepts sur des milliers d’années, dans plusieurs aires culturelles, l’aura occupé toute sa vie.Formé dans l'effervescence culturelle de l'Allemagne du premier tiers du XXe siècle, forcé à l'exil par la barbarie nazie, colonel de l'armée britannique durant la Seconde Guerre mondiale, philosophe et historien de la culture de renommée planétaire, professeur émérite des universités McGill, Oxford et Heidelberg, coauteur de Saturne ou la Mélancolie, un livre légendaire sur le sublime et complexe sujet du «bonheur d'être triste», Raymond Klibansky est mort vendredi dernier. La courte notice nécrologique publiée hier dans Le Devoir annonce qu'il a succombé «dans sa centième année, paisiblement, à son domicile de Montréal». Il serait devenu centenaire le 15 octobre prochain.
Sa longue vie très bien remplie concentre les misères et les bonheurs d'un siècle marqué par d'admirables découvertes scientifiques et artistiques, mais aussi par d'abyssales plongées au coeur du maléfique. Lui-même connaît le statut d'exilé dès le berceau, à Paris, son lieu de naissance, où son père allemand s'occupe depuis quelques années d'une grande entreprise d'import-export en vins. En 1914, dès le déclenchement du premier conflit mondial, sa famille est obligée de tout abandonner pour rentrer à Francfort. Après quelques années passées au très rigide et trop discipliné Goethe-Gymnasium, où il se lie d'amitié avec Klaus Mann, le fils de l'écrivain Thomas Mann, le jeune Klibansky -- qui a hérité du prénom du défenseur de la laïcité et futur président de la République française Raymond Poincaré -- persuade ses parents de l'inscrire à la Odenwaldschule, une école mixte et progressiste, une utopie scolaire réalisée, sans surveillants, sans notes, où les élèves et les professeurs décident ensemble, lors d'assemblées générales, des règles de conduite communes. La Odenwaldschule a formé d'autres gens célèbres, dont Daniel Cohn-Bendit, le défenseur de «l'imagination au pouvoir» de Mai 68.
Comprendre ce qu'est l'homme
Il obtint son «Abitur», l'exigeant diplôme d'études secondaires allemand, avec six mois d'avance et rentre à la fameuse Université de Heidelberg à 17 ans, en 1923. Dans cette ville, il fréquente la maison de Max Weber, en tant qu'ami intime de ses neveux, ses fils adoptifs. Le grand sociologue mort en 1920 a laissé en plan les épreuves de Économie et Société, sa somme théorique. Pour son premier travail intellectuel d'envergure, Raymond Klibansky va donc consacrer ses soirées à aider la veuve Weber à corriger les épreuves du maître ouvrage.
Il suit 35 heures de cours par semaine, dans toutes les disciplines. «Mon ambition était de comprendre ce qu'est l'homme, dira-t-il au Devoir dans une entrevue publiée en 1992. Et pour y arriver il fallait commencer par le commencement, par la pensée grecque, par la langue grecque, celle des philosophes, mais aussi celle des poètes, sans négliger l'expression visible de l'esprit dans l'art.» Il termine son doctorat à 23 ans, puis devient «Privatdozent», professeur de cours libres, en 1931, deux ans avant la catastrophe de 1933. Il se rappellera ensuite avec tristesse du silence de la très grande majorité des enseignants, qui avaient pourtant passé les années précédentes à discuter savamment de la nécessité d'une conduite personnelle courageuse, de l'autonomie de l'individu et de sa liberté. Pour lui, la mémoire de grands esprits qui avaient capitulé devant le régime nazi était «entachée à jamais».
Le cas le plus célèbre demeure évidemment celui de Martin Heidegger, qui fait maintenant les frais d'un juste déboulonnage en règle pour son nazisme militant. L'auteur d'Être et Temps enseigne alors à Fribourg-en-Brisgau et Klibansky ne le rencontre donc pas souvent. Il est tout de même présent à la fameuse conférence Qu'est-ce que la métaphysique ?, donnée en 1929. «Il y avait là, devant nous, un mélange d'intensité intellectuelle et de mensonges, se rappelait-il 60 ans plus tard. Il déformait la vérité historique tout en citant Platon. Tous les moyens étaient bons pour lui.» Klibansky se rapproche plutôt du philosophe Karl Jaspers, qui ne reniera jamais ses idéaux humanistes et démocratiques. Jaspers le propose pour un stage à Kiel, auprès du légendaire Ferdinand Tönnies, auteur de Communauté et Société (1887), ami de Friedrich Engels, cosignataire du Manifeste du Parti communiste, paru il y a 150 ans. «Tönnies m'a beaucoup parlé de ses rencontres avec Engels», confie-t-il à son ancien élève, le professeur québécois Georges Leroux, dans leur livre d'entretiens biographiques Le Philosophe et la Mémoire des siècles, paru en 1998, aux Belles Lettres, à Paris.
Cette volonté de suivre à la trace des notions et des concepts sur des milliers d'années, dans plusieurs aires culturelles, va l'occuper toute sa vie. Raymond Klibansky participe au renouvellement de la compréhension des rapports de la culture occidentale à ses sources grecques, filtrées par les penseurs juifs, arabes et chrétiens du Moyen Âge et de la Renaissance. Dans le lot immense et disparate de ses oeuvres complètes, occupant plusieurs rayonnages, on peut notamment distinguer les éditions critiques d'oeuvres majeures de l'histoire de la philosophie. Par exemple le monumental Corpus Platonicium Medii Aevi, une édition des versions médiévales latines et arabes des textes platoniciens. L'édition critique du Parménide latin, le dialogue de Platon accompagné du Commentaire de Proclus, qu'il a lui-même découvert dans la bibliothèque du cardinal. Et puis les Medieval and Renaissance Studies, dont six volumes ont été publiés de 1941 à 1968. Reconnaître la raison et la dépasser Tout cela pour se comprendre, maintenant. «Il y a dans la tradition allemande une tendance à reconnaître la raison et à vouloir en même temps la dépasser. Ce qui est très différent du cartésianisme français et de l'empirisme britannique. Et pour comprendre cette voie, il faut remonter aux sources médiévales et, à travers elles, comprendre la transformation de la pensée de Platon.»
Dès 1927, il propose à l'académie de Heidelberg de réaliser des éditions critiques des oeuvres latines de Nicolas de Cues puis de maître Eckhart, dont les nazis veulent faire un ancêtre idéologue. À compter de 1933, le «Privatdozent» est d'autant plus menacé qu'il nargue le nouveau pouvoir qui exige des détails sur ses «origines raciales», sur la confession de ses parents et grands-parents. «Moi, je n'ai pas répondu au questionnaire, mais j'ai écrit une lettre qui a été retrouvée récemment. Je déclarais que ce questionnaire était incompatible avec les exigences de la pensée scientifique [...] et que, d'ailleurs, il était impossible de prétendre établir une origine raciale à partir de la religion de deux générations seulement. J'ajoutais que, pour autant que je puisse le savoir, tous mes ancêtres, tant dans la lignée paternelle que maternelle, avaient pratiqué la religion juive.» Raymond Klibansky va quitter l'Allemagne quelques jours plus tard, après avoir convaincu les Warburg de prendre eux aussi le chemin de l'exil avec leurs précieux livres -- leur institut est toujours à Londres. Il a en poche de quoi payer le taxi et il lit mais ne parle pas l'anglais. Il corrige la lacune en quelques mois, devient professeur au prestigieux Wolfson College d'Oxford. La philo mène à tout.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le philosophe prend du service au sein du Political Warfare Executive, en Grande-Bretagne. Il s'élève jusqu'au rang de colonel de l'armée britannique. Non pas malgré sa formation académique, mais précisément en raison de ses connaissances savantes. Ainsi, quand des militaires américains lui demandent des détails sur le temps des récoltes en Toscane, le service du colonel-philosophe trouve la réponse dans Virgile. L'herméneute décrypte aussi les signes de fabrication des fusées VI, V2 et V3. Par contre, lorsque les Alliés déclenchent la campagne de Sicile, il ne le consultent pas et le regrettent amèrement par la suite, comme il le raconte lui-même dans ses souvenirs. «Quand j'ai appris qu'on s'apprêtait à franchir le détroit de Messine et à remonter vers le nord, je ne l'ai pas cru, confie-t-il dans le livre. Depuis Hannibal jusqu'à Garibaldi en passant par Byzance et les Goths, l'histoire a montré que, pour conquérir l'Italie, il faut l'attaquer par le Nord ou par le milieu. [...] Les plans avaient été faits au quartier général d'Eisenhower, à Alger, et approuvés à Washington. Mais j'étais "Political Intelligence Officer" et mes opinions n'avaient aucun poids. L'erreur a été payée chèrement à chaque traversée de fleuve et à la bataille du mont Cassin. Tant de soldats ont été tués.»
En 1946, le colonel redevient professeur, au collège Wolfson bien sûr, mais aussi à McGill et à l'Université de Montréal. Ce nouvel exil volontaire aura finalement duré plus d'un demi-siècle «Je suis profondément européen de formation, de tradition, confiait-il encore à Georges Leroux. Je retourne en Allemagne, à Heidelberg surtout, où l'université m'a fait sénateur d'honneur. Je suis de nouveau souvent à Oxford. Cependant, quand je retourne à Montréal, je rentre chez moi. Peut-être une certaine synthèse entre l'ancien et le nouveau monde s'est-elle opérée en moi ?» Ici, le professeur forme des générations d'étudiants, dont plusieurs devenus célèbres. Comme le Costaricien Oduber Quiros, «tout à fait remarquable», qui participe à un coup d'État en 1949 et rédige un projet de Constitution centrée sur les droits de l'homme. Travailleur infatigable, le nonagénaire codirige un collectif sur les recherches philosophiques au Canada français. Les prix annuels de la Fédération canadienne des études humaines portent son nom. Surtout, pendant toute cette longue vie aussi exemplaire qu'exceptionnelle, à Montréal comme ailleurs, le professeur multiplie les initiatives pour la paix, la liberté et la tolérance, soit au sein de l'Institut international de philosophie, soit en publiant des classiques de ces idées généreuses, dont la fameuse Lettre sur la tolérance, de Locke, parue en plus de 20 langues. Car l'idée de tolérance constitue finalement la clé de voûte de l'existence et de l'oeuvre de Raymond Klibansky, homme d'études autant qu'homme action, philosophe engagé contre les tortionnaires des choses, des mots et des êtres. «Ce n'est pas parce que, souvent, le résultat des efforts est minime, ou même non existant, qu'il ne faut pas les faire, aimait-il répéter. L'effort personnel, l'effort éclairé par une conviction, fait une différence. L'histoire est pleine d'exemples montrant que l'action d'un individu, la personnalité d'un individu, a changé quelque chose.»
Source: Le Devoir, 9 août 2005
lundi, juillet 25, 2005
Saint Paul à La Minerve...
Est-ce que j'ai l'esprit complètement perturbé par mes lectures nocturnes?? j'ai l'impression de toujours voir des symboles antiques partout...
Je suis allé au mariage de mon frère ce week-end, parfaitement réussi, dans une magnifique petite église...
La cérémonie avait lieu au Village de La Minerve (50 ou 60 kms au nord de Tremblant) ...comment ce petit village colonisé à la fin du XIXe s. a bien pu hériter du nom de cette déesse romaine "Minerve" ? En fait, il semble que des journalistes du journal montréalais La Minerve (1826-1899) soient venus dans la région entre 1880 et 1885 et aient publié une série de reportages....En effet, un certain courant intellectuel montréalais, au 19e s., était influencé par la mode néo-classique européenne où les symboles des dieux gréco-romains étaient de nouveau de bon goût...d'où le nom du Journal et la transmission par la suite dans les Laurentides....Voici donc l'explication pour la déesse...
En plus de voir heureux frérot et sa fiancée, un des moments les plus touchants du week-end (pour moi) fût une lecture faîte par Fiston durant la cérémonie de mariage..Fiston a lu la première lettre de Saint Paul Apôtre aux Corinthiens...ainsi dans ce jubé de l'église au nom d'une déesse romaine, fiston lisait un texte remontant à 2 000 ans et participait ainsi sans même le savoir à la transmission d'un des textes fondateurs de l'Occident...c'est Thierry Hentsch qui aurait été content!!
Heureux père
Je suis allé au mariage de mon frère ce week-end, parfaitement réussi, dans une magnifique petite église...
La cérémonie avait lieu au Village de La Minerve (50 ou 60 kms au nord de Tremblant) ...comment ce petit village colonisé à la fin du XIXe s. a bien pu hériter du nom de cette déesse romaine "Minerve" ? En fait, il semble que des journalistes du journal montréalais La Minerve (1826-1899) soient venus dans la région entre 1880 et 1885 et aient publié une série de reportages....En effet, un certain courant intellectuel montréalais, au 19e s., était influencé par la mode néo-classique européenne où les symboles des dieux gréco-romains étaient de nouveau de bon goût...d'où le nom du Journal et la transmission par la suite dans les Laurentides....Voici donc l'explication pour la déesse...
En plus de voir heureux frérot et sa fiancée, un des moments les plus touchants du week-end (pour moi) fût une lecture faîte par Fiston durant la cérémonie de mariage..Fiston a lu la première lettre de Saint Paul Apôtre aux Corinthiens...ainsi dans ce jubé de l'église au nom d'une déesse romaine, fiston lisait un texte remontant à 2 000 ans et participait ainsi sans même le savoir à la transmission d'un des textes fondateurs de l'Occident...c'est Thierry Hentsch qui aurait été content!!
Heureux père
jeudi, juillet 14, 2005
Décès de Thierry Hentsch
Une de mes premières interventions sur ce blogue avait été pour souligner l'admiration envers un grand intellectuel de Montréal
http://pierrebellerose.blogspot.com/2004/12/moi-thierry-hentsch-et-le-grands.html
L'annonce de la mort de Thierry Hentsch que je n'avais jamais rencontré m'attriste beaucoup. À la suite, j'ai reproduit l'article d'hier du Devoir
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Thierry Hentsch, auteur et enseignant en science politique à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), est décédé jeudi des suites d'un cancer foudroyant du pancréas, détecté il y a quelques mois à peine. Il était âgé de 61 ans. Sa mort, annoncée hier, en a surpris beaucoup à l'UQAM : au département de science politique, on indiquait qu'à peu près personne n'était au courant de la gravité de sa maladie. M. Hentsch a enseigné la dernière session, et devait faire de même à l'automne. Il dirigeait encore plusieurs mémoires de maîtrise et thèses de doctorat. Intellectuel renommé, conférencier apprécié, M. Hentsch a remporté le Prix du Gouverneur général en 2003 pour son essai Raconter et mourir : aux sources narratives de l'imaginaire occidental, un ambitieux ouvrage érudit (mais accessible) faisant la synthèse des récits littéraires fondateurs de la culture occidentale. Il lui a aussi valu des récompenses ou des mentions dans les concours du Prix littéraire France-Québec, du Grand Prix du livre de Montréal et du prix Louis-Pauwels. Il est également l'auteur de L'Orient imaginaire : la vision politique occidentale de l'est méditerranéen (1988) et d'une Introduction aux fondements du politique (1993). Il a collaboré au fil des ans avec de nombreux journaux et revues, ainsi qu'à quelques émissions de télévision. Originaire de Suisse (il a obtenu son doctorat de l'Université de Genève), Thierry Hentsch est entré à l'UQAM en 1975. Auparavant, il avait réalisé plusieurs missions de négociation pour le Comité international de la Croix-Rouge, notamment en Syrie, en Palestine et au Pakistan. Les questions du rapport entre les cultures, notamment entre l'islam et l'Occident, ont particulièrement occupé ses recherches. À l'UQAM, il a occupé diverses fonctions au sein du syndicat des professeurs et fut directeur du département de science politique entre 1998 et 2001. Ses funérailles auront lieu jeudi, à Montréal.
http://pierrebellerose.blogspot.com/2004/12/moi-thierry-hentsch-et-le-grands.html
L'annonce de la mort de Thierry Hentsch que je n'avais jamais rencontré m'attriste beaucoup. À la suite, j'ai reproduit l'article d'hier du Devoir
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Thierry Hentsch, auteur et enseignant en science politique à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), est décédé jeudi des suites d'un cancer foudroyant du pancréas, détecté il y a quelques mois à peine. Il était âgé de 61 ans. Sa mort, annoncée hier, en a surpris beaucoup à l'UQAM : au département de science politique, on indiquait qu'à peu près personne n'était au courant de la gravité de sa maladie. M. Hentsch a enseigné la dernière session, et devait faire de même à l'automne. Il dirigeait encore plusieurs mémoires de maîtrise et thèses de doctorat. Intellectuel renommé, conférencier apprécié, M. Hentsch a remporté le Prix du Gouverneur général en 2003 pour son essai Raconter et mourir : aux sources narratives de l'imaginaire occidental, un ambitieux ouvrage érudit (mais accessible) faisant la synthèse des récits littéraires fondateurs de la culture occidentale. Il lui a aussi valu des récompenses ou des mentions dans les concours du Prix littéraire France-Québec, du Grand Prix du livre de Montréal et du prix Louis-Pauwels. Il est également l'auteur de L'Orient imaginaire : la vision politique occidentale de l'est méditerranéen (1988) et d'une Introduction aux fondements du politique (1993). Il a collaboré au fil des ans avec de nombreux journaux et revues, ainsi qu'à quelques émissions de télévision. Originaire de Suisse (il a obtenu son doctorat de l'Université de Genève), Thierry Hentsch est entré à l'UQAM en 1975. Auparavant, il avait réalisé plusieurs missions de négociation pour le Comité international de la Croix-Rouge, notamment en Syrie, en Palestine et au Pakistan. Les questions du rapport entre les cultures, notamment entre l'islam et l'Occident, ont particulièrement occupé ses recherches. À l'UQAM, il a occupé diverses fonctions au sein du syndicat des professeurs et fut directeur du département de science politique entre 1998 et 2001. Ses funérailles auront lieu jeudi, à Montréal.
lundi, juin 06, 2005
Photos d'Istanbul
samedi, juin 04, 2005
Je suis maintenant un stambouliote...
Pardon pour mon titre mais il fallait bien que je puisse ploguer le nom français des habitants d'istanbul...c'est trop beau!
Quelques petits mots encore sur cette ville charmante qui passe du cahot automobile incroyable (c'est pas Le Caire que j'ai visité en novembre dernier--voir mon blogue--mais ca ne serait tarder...) au bar trendy en passant par les endroits tout à fait charmants...comme le quartier français que j'ai vu hier soir (un peu trop touristique à mon goût) ou encore mieux le quartier "Ortaköy".
Le quartier Ortaköy se trouve au pied de l'imposant pont du Bosphore...Ortaköy a su attirer les bars "trendy" tout en gardant son atmosphère de village d'antan.
En ce qui concene le night-life, nous avons en vu plusieurs (bien-sûr!) dont le bar "Reina"...vaste bar en plein-air pouvant recevoir plus de 4 000 personnes...sur le bord du Bosphore...assez impressionnant de pouvoir danser sur des airs arobo-techno avec vue sur ce fleuve chargé d'histoire...

Le bar Reina avant que les milliers de personnes envahissent le lieu...
Près du Reina, il y a un front de mer plein de terrasses et boutiques d'artisanat..pas mal agréable...
Bon c'est mon dernier message d'Istanbul...j'aurai pu vous parler du Palais Topkapi (magnifique trésor des sultants, reliques de Mahommet, etc) et autres, mais ca suffit de mon côté...on rentre à Monrtéal!
Quelques petits mots encore sur cette ville charmante qui passe du cahot automobile incroyable (c'est pas Le Caire que j'ai visité en novembre dernier--voir mon blogue--mais ca ne serait tarder...) au bar trendy en passant par les endroits tout à fait charmants...comme le quartier français que j'ai vu hier soir (un peu trop touristique à mon goût) ou encore mieux le quartier "Ortaköy".
Le quartier Ortaköy se trouve au pied de l'imposant pont du Bosphore...Ortaköy a su attirer les bars "trendy" tout en gardant son atmosphère de village d'antan.
En ce qui concene le night-life, nous avons en vu plusieurs (bien-sûr!) dont le bar "Reina"...vaste bar en plein-air pouvant recevoir plus de 4 000 personnes...sur le bord du Bosphore...assez impressionnant de pouvoir danser sur des airs arobo-techno avec vue sur ce fleuve chargé d'histoire...

Le bar Reina avant que les milliers de personnes envahissent le lieu...
Près du Reina, il y a un front de mer plein de terrasses et boutiques d'artisanat..pas mal agréable...
Bon c'est mon dernier message d'Istanbul...j'aurai pu vous parler du Palais Topkapi (magnifique trésor des sultants, reliques de Mahommet, etc) et autres, mais ca suffit de mon côté...on rentre à Monrtéal!
mercredi, juin 01, 2005
Sainte Sophie et Istanbul
Il y a des rencontres qui marque et ma visite de sainte-Sophie en est une, pour sûr!
Sainte-Sophie témoigne depuis plus de 14 siècle de la grandeur et du raffinement de l'Empire bizantin. L'empereur Constantin (d'où provient l'ancien nom de la ville "Constantinople") construisit une première église qui brûla après quelques décennies. L'empereur Justinien inaugura le vaste édifice en 537 ap JC...après 5 ans de travaux à peine...un prodige pour l'époque (10 000 travailleurs et un investissement qui représentait l'ensemble des revenus de l'empire de plusieurs années...). On a rajouté les minarets après la prise de Constantinople en 1453.

J'ai eu l'impression que Sainte-Sophie a été conçu comme un réel miroir terrestre des cieux, son intérieur réussit à donner un véritable sentiment d'élévation en attirant le regard vers le sommet...incroyable avec sa haute coupole centrale. Les mosaiques byzantines qui ont été conservées sont renversantes.
Malheureusement, je ne puis ici intégrer une photo de qualité de la mosaique de la Déisis (11e s. ap JC) montrant le Christ Pantocrator (tout-puissant) en compagnie de la Vierge et de Saint-Jean-Baptiste (à droite)...J'ai pu m'approcher à quelques pieds du Jean-Baptiste d'une tristesse infinie. Cette émotion ressentie après mille ans et tout cela à partir de milliers de minsucules céramiques multicolores..Wow!

Mes amis! Allez vite à Istanbul si ce n'est que pour allez voir ce regard byzantin de St-Jean Baptiste pactisant avec douleur avec la destinée...à l'intérieur de l'église la plus belle au monde...
Sainte-Sophie témoigne depuis plus de 14 siècle de la grandeur et du raffinement de l'Empire bizantin. L'empereur Constantin (d'où provient l'ancien nom de la ville "Constantinople") construisit une première église qui brûla après quelques décennies. L'empereur Justinien inaugura le vaste édifice en 537 ap JC...après 5 ans de travaux à peine...un prodige pour l'époque (10 000 travailleurs et un investissement qui représentait l'ensemble des revenus de l'empire de plusieurs années...). On a rajouté les minarets après la prise de Constantinople en 1453.

J'ai eu l'impression que Sainte-Sophie a été conçu comme un réel miroir terrestre des cieux, son intérieur réussit à donner un véritable sentiment d'élévation en attirant le regard vers le sommet...incroyable avec sa haute coupole centrale. Les mosaiques byzantines qui ont été conservées sont renversantes.
Malheureusement, je ne puis ici intégrer une photo de qualité de la mosaique de la Déisis (11e s. ap JC) montrant le Christ Pantocrator (tout-puissant) en compagnie de la Vierge et de Saint-Jean-Baptiste (à droite)...J'ai pu m'approcher à quelques pieds du Jean-Baptiste d'une tristesse infinie. Cette émotion ressentie après mille ans et tout cela à partir de milliers de minsucules céramiques multicolores..Wow!

Mes amis! Allez vite à Istanbul si ce n'est que pour allez voir ce regard byzantin de St-Jean Baptiste pactisant avec douleur avec la destinée...à l'intérieur de l'église la plus belle au monde...
mardi, mai 31, 2005
Istanbul...première impression
Jamais le titre de mon blogue "L'ancien et le moderne" ne sera aussi approprié que pour ce billet. Mon Istanbul de ma première journée (et soirée) a consisté à me retrouver dans une grande ville européenne, un peu plus anarchique, un peu plus pauvre mais européenne. Arrivé dans un aéroport moderne et taxi jusqu'au Hilton on ne peut plus occidental...Par la suite, mon premier drink fût dans un bar "trendy" d'Istanbul (le Vogue) où j'avais l'impression d'être sur St-Laurent avec les mêmes décors et musiques (pour donner une idée au niveau de la musique j'ai reconnu St-Germain, Allegria, Charles Aznavour et autres succès planétaires).
Mais hier (lundi) on a beaucoup marché et entre autres visité le bazaar égyptien et le Grand Bazaar...on a marché longtemps et là je me sentais bien, dépaysé mais pas trop, entre l'Europe et une partie d'Asie...j'ai beaucoup aimé.

L'entrée du Bazaar égyptien
Mais mêlé à la foule entre les tapis, les épices, l'artisanat turc, les mosqués (dont la magnifique Mosquée bleue que nous avons visité) et cette ville grouillante (on parle de 15 millions d'habitants...)....je me rends compte que je conserve malheurement les mêmes faiblesses peu importe où je me trouve...
Eh oui! Devinez qu'est-ce que m'a le plus touché et le plus ému! :
- La colonne de Constantin...même si elle était caché par les rénos, même si on l'appelle "colonne brûlé" tellement elle fût marqué au fils des siècles par les intempéries et le feu, cette colonne (terminée en 330 ap JC) me ramena à mes souvenirs de Rome..
- Les vestiges de l'Hippodrome romain dont il ne reste peu de choses sinon l'Obélisque de Théodose (très impressionnant) et la colonne de Constatin Porphyrogénète.
- la Citerne Basilique...visite presque surréaliste d'un superbe ouvrage romain puis byzantin...c'est-à-dire commencé par Constantin et terminé par Justinien (alors que Rome était tombé au mains des envahisseurs depuis près d'un siècle) en 532 ap JC. Très bien mises en valeur par l'éclairage, la Citerne consiste en 336 colonnes antiques d'une hauteur de 8 mètres qui supportent de magnifique voûtes romaines. Les 2 colonnes aux bases de Méduses sont spectaculaires ( et me rapella la Sicile où la méduse est partout)....cette immense Citerne alimentait en eau le Grand palais impérial.
Mais hier (lundi) on a beaucoup marché et entre autres visité le bazaar égyptien et le Grand Bazaar...on a marché longtemps et là je me sentais bien, dépaysé mais pas trop, entre l'Europe et une partie d'Asie...j'ai beaucoup aimé.

L'entrée du Bazaar égyptien
Mais mêlé à la foule entre les tapis, les épices, l'artisanat turc, les mosqués (dont la magnifique Mosquée bleue que nous avons visité) et cette ville grouillante (on parle de 15 millions d'habitants...)....je me rends compte que je conserve malheurement les mêmes faiblesses peu importe où je me trouve...
Eh oui! Devinez qu'est-ce que m'a le plus touché et le plus ému! :
- La colonne de Constantin...même si elle était caché par les rénos, même si on l'appelle "colonne brûlé" tellement elle fût marqué au fils des siècles par les intempéries et le feu, cette colonne (terminée en 330 ap JC) me ramena à mes souvenirs de Rome..
- Les vestiges de l'Hippodrome romain dont il ne reste peu de choses sinon l'Obélisque de Théodose (très impressionnant) et la colonne de Constatin Porphyrogénète.
- la Citerne Basilique...visite presque surréaliste d'un superbe ouvrage romain puis byzantin...c'est-à-dire commencé par Constantin et terminé par Justinien (alors que Rome était tombé au mains des envahisseurs depuis près d'un siècle) en 532 ap JC. Très bien mises en valeur par l'éclairage, la Citerne consiste en 336 colonnes antiques d'une hauteur de 8 mètres qui supportent de magnifique voûtes romaines. Les 2 colonnes aux bases de Méduses sont spectaculaires ( et me rapella la Sicile où la méduse est partout)....cette immense Citerne alimentait en eau le Grand palais impérial.
dimanche, mai 15, 2005
L'effet Mistress Barbara
Je ne sais pas trop pourquoi j'ai acheté il ya un petit bout un CD de la DJ montréalaise... "Mistress Barbara"...la reine montréalaie (a 25 ans) du techo...Geste bizarre pour moi qui n'aime pas le techno et qui lui préfère de loin le House...
Bon! Comme tout le monde je suis influencé par les médias...faut croire! Pour dire vrai je ne l'ai a peu près pas écouté pendant 1 an...et dieu s'est pourquoi (mais le Daible s'en doute) j'ai mis Mistress Barbara récemment (dans mon auto) en revenant de Québec.
Sans trop m'en rendre compte cette musique que j'appellerai stroboscopique m'a réellement mis en disposition de réflexion...qui allaient dans toutes sortes de direction nouvelles et inattendues.
Mon Mistress Barbara me suis toujours maintenant!
Bon! Comme tout le monde je suis influencé par les médias...faut croire! Pour dire vrai je ne l'ai a peu près pas écouté pendant 1 an...et dieu s'est pourquoi (mais le Daible s'en doute) j'ai mis Mistress Barbara récemment (dans mon auto) en revenant de Québec.
Sans trop m'en rendre compte cette musique que j'appellerai stroboscopique m'a réellement mis en disposition de réflexion...qui allaient dans toutes sortes de direction nouvelles et inattendues.
Mon Mistress Barbara me suis toujours maintenant!
vendredi, avril 29, 2005
Je repense à Agrigente
AGRIGENTE
Revêtu des ténèbres de son ignorance,
il charme l’éternité, il cherche la connaissance.
Le temps s’avance un peu et le rêve est fini.
Il comprend que trop penser nuit.
Entends donc, Empédocle, ce vieillard calme et sage
comme seul peut l’être un homme au-dessus des mortels
qui ne plaisante jamais avec l’éternel.
Lorsqu’on voit Agrigente pour la première fois,
on comprend le foudroyant esprit grec de l’infini
qui n’admet pas qu’on bavarde. Tout n’est que poésie.
La vie n’est pas faite pour le Pourquoi.

Le temple Concorde à Agrigente (Sicile)
Revêtu des ténèbres de son ignorance,
il charme l’éternité, il cherche la connaissance.
Le temps s’avance un peu et le rêve est fini.
Il comprend que trop penser nuit.
Entends donc, Empédocle, ce vieillard calme et sage
comme seul peut l’être un homme au-dessus des mortels
qui ne plaisante jamais avec l’éternel.
Lorsqu’on voit Agrigente pour la première fois,
on comprend le foudroyant esprit grec de l’infini
qui n’admet pas qu’on bavarde. Tout n’est que poésie.
La vie n’est pas faite pour le Pourquoi.

Le temple Concorde à Agrigente (Sicile)
dimanche, avril 24, 2005
"Y'avait du monde à messe...."
J'arrive d'une belle messe et d'une longue promenade pour le transfert des restes mortels de Marguerite-Bourgeoys.
Ce matin, les restes de la première institutrice de Montréal ont quitté, dans un grand coffret en bois, la maison-mère de la Congrégation Notre-Dame, communauté religieuse qu'elle a fondée il y a près de 350 ans.
J'ai assisté avec un millier de personnes à une messe splendide et émouvante en son honneur à la basilique Notre-Dame. Par la suite, 2 000 personnes ont participé à une grande procession, dimanche vers 13h00, sur la rue Notre-Dame (fermée pour l'occasion) pour accompagner le tombeau de sainte Marguerite Bourgeoys dans le Vieux-Montréal, à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, dont elle est aussi la fondatrice.

Le tombeau de Marguerite Bourgeoys à la sortie de la Basilique Notre-Dame (24 avril 2005)
Les soeurs de la Congrégations Notre-Dame que je commence à bien connaître étaient aux anges...
C'était particulier de voir autant de gens vouloir toucher le tombeau de Sainte-Marguerite-Bourgeoys et d'avoir le sentiment d'avoir assisté à une des dernières grandes processions religieuses de l'histoire du Québec...et peut-être d'assister à la naissance d'un nouveau lieu de pélérinage à Montréal!
Marguerite Bourgeoys est décédée à Montréal le 12 janvier 1700.
Au cours des 305 dernières années, ses ossements ont été déplacés à au moins cinq reprises, à la suite d'incendies ou de démolitions des propriétés des religieuses. Cette fois, ce sont des déménageurs qui sont en cause. Comme les effectifs de la Congrégation de Notre-Dame diminuent rapidement, et que les religieuses plus âgées déménagent vers de plus petites résidences ou infirmeries, la Congrégation s'apprête à remettre sa vaste maison-mère de l'avenue Westmount, aujourd'hui presque désertée, au Collège Marianopolis, ce printemps.
Elle a été canonisée le 31 octobre 1982 par le pape Jean-Paul II.
Ce matin, les restes de la première institutrice de Montréal ont quitté, dans un grand coffret en bois, la maison-mère de la Congrégation Notre-Dame, communauté religieuse qu'elle a fondée il y a près de 350 ans.
J'ai assisté avec un millier de personnes à une messe splendide et émouvante en son honneur à la basilique Notre-Dame. Par la suite, 2 000 personnes ont participé à une grande procession, dimanche vers 13h00, sur la rue Notre-Dame (fermée pour l'occasion) pour accompagner le tombeau de sainte Marguerite Bourgeoys dans le Vieux-Montréal, à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, dont elle est aussi la fondatrice.

Le tombeau de Marguerite Bourgeoys à la sortie de la Basilique Notre-Dame (24 avril 2005)
Les soeurs de la Congrégations Notre-Dame que je commence à bien connaître étaient aux anges...
C'était particulier de voir autant de gens vouloir toucher le tombeau de Sainte-Marguerite-Bourgeoys et d'avoir le sentiment d'avoir assisté à une des dernières grandes processions religieuses de l'histoire du Québec...et peut-être d'assister à la naissance d'un nouveau lieu de pélérinage à Montréal!
Marguerite Bourgeoys est décédée à Montréal le 12 janvier 1700.
Au cours des 305 dernières années, ses ossements ont été déplacés à au moins cinq reprises, à la suite d'incendies ou de démolitions des propriétés des religieuses. Cette fois, ce sont des déménageurs qui sont en cause. Comme les effectifs de la Congrégation de Notre-Dame diminuent rapidement, et que les religieuses plus âgées déménagent vers de plus petites résidences ou infirmeries, la Congrégation s'apprête à remettre sa vaste maison-mère de l'avenue Westmount, aujourd'hui presque désertée, au Collège Marianopolis, ce printemps.
Elle a été canonisée le 31 octobre 1982 par le pape Jean-Paul II.
samedi, avril 23, 2005
Nous sommes tous romains! 1ère partie
Oui je l'affirme: Nous sommes tous Romains puisqu'Occidentaux. Le monde greco-romain constitue les racines premières de cette culture commune à tous les européens et résidents des trois amériques...j'en ai la conviction profonde même s'il s'agit d'une route solitaire surtout au Québec!
Je sais, je sais...mon intérêt pour le monde romain n'a pas de commune mesure avec l'intérêt actuel pour de telles choses. Prenez en ce moment, je termine la lecture de ma 10e histoire (pour le vrai!) de la Rome antique et je la trouve encore plus fascinante que les autres...
La collection de poche Pluriels a publié l'an passé une édition complètement remaniée de "L’histoire de la Rome antique" de Lucien Jerphagnon. Ce professeur français émérite de plus de 80 ans a réussi une gageure : raconter douze siècles en 600 pages, sans que l’on ait l’impression de lire un vulgaire résumé. Il a également remporté son pari : on lit son Histoire d’une traite, comme un bon roman… dont on connaît pourtant la fin !
L’auteur est un Monsieur sérieux : spécialiste de la pensée grecque et romaine, responsable de l’édition de Saint Augustin dans la Bibliothèque de la Pléiade, membre correspondant de l’académie d’Athènes, Jerphagnon n’est pas, à priori, de ces écrivains dont on dévore les ouvrages jusqu’à tard dans la nuit. Pourtant, c'est ce qui m'arrive!
Son érudition éblouissante n’a d’égale que l’humour, souvent grinçant, dont il fait preuve à l’égard de nos ancêtres les romains, de ses contemporains mais aussi de lui-même. Il se plaît, c’est manifeste, à se composer un personnage de grincheux, enrageant devant l’inculture actuelle en matière d’histoire antique : Don Quichottte au service de la Ville Eternelle, il pourfend ceux qui, dans les romans ou au cinéma, se répandent en généralités sur le monde romain.
Car c’est, proclame-t-il, un des objectifs premiers de son Histoire : en finir avec la vision caricaturale que nous avons tous, plus ou moins, de cette merveilleuse civilisation qu’on crût immortelle. Celle d’Astérix et des peplums en technicolor. Celle aussi des images trop faciles sur Caligula et Néron, sur Ciceron ou Jules Cesar.
Donc Jerphagnon, investi de cette ambitieuse mission (rendre à Rome ce qui est à Rome), nous rafraîchit la mémoire, mais surtout nous fait (re)découvrir mille et un aspects d’un " univers " à la fois si lointain et si familier. Il nous narre une incroyable histoire, des origines (douteuses) à la chute (piteuse).
Et moi, j'aime relire l'incroyable courage des Sabines, les guerres avec les éléphants d’Hannibal, les drames des frères Gracchus, les histoires sur les invincibles Parthes, la grande Carthage, la"victoire" de Pyrrus, la révolte de Spartacus, les luttes entre Pompée et César, les conquêtes de Trajan ou les infortunes d’Antoine et surtout la façon surprenante qu'a perduré Rome au cours du 3e et 4e s. ap JC. La remarquable capacité d’intégration et d’assimilation de la société romaine, féru de culture grecque, fasciné par l’Orient lointain, mais également ouvert aux apports des sociétés " barbares ", est en effet un des secrets de sa longévité et de son rayonnement.

Les Sabines de Jean-Louis David (1796)
Toutefois, ma fascination personnelle pour l'univers romain (comme pour le grec) tenait (avant cette lecture) beaucoup aux raisons qui expliquent l'expansion (le début) et le déclin (la fin) de cette civilisation. Et en fait de toute les grandes civilisations..Pourquoi Rome a-t-elle dominée et surtout pourquoi a-t-elle déclinée? Et Jerphagnon avec la lumière du philosophe m'amène une dimension nouvelle...
En fait, je cherchais à comprendre pourquoi les civilisations naissent et meurent...je commence à comprendre...j'aurais dû m'en douter et mieux écouter les vieilles "tounes" de Jean Gabin...
Petrus
Je sais, je sais...mon intérêt pour le monde romain n'a pas de commune mesure avec l'intérêt actuel pour de telles choses. Prenez en ce moment, je termine la lecture de ma 10e histoire (pour le vrai!) de la Rome antique et je la trouve encore plus fascinante que les autres...
La collection de poche Pluriels a publié l'an passé une édition complètement remaniée de "L’histoire de la Rome antique" de Lucien Jerphagnon. Ce professeur français émérite de plus de 80 ans a réussi une gageure : raconter douze siècles en 600 pages, sans que l’on ait l’impression de lire un vulgaire résumé. Il a également remporté son pari : on lit son Histoire d’une traite, comme un bon roman… dont on connaît pourtant la fin !
L’auteur est un Monsieur sérieux : spécialiste de la pensée grecque et romaine, responsable de l’édition de Saint Augustin dans la Bibliothèque de la Pléiade, membre correspondant de l’académie d’Athènes, Jerphagnon n’est pas, à priori, de ces écrivains dont on dévore les ouvrages jusqu’à tard dans la nuit. Pourtant, c'est ce qui m'arrive!
Son érudition éblouissante n’a d’égale que l’humour, souvent grinçant, dont il fait preuve à l’égard de nos ancêtres les romains, de ses contemporains mais aussi de lui-même. Il se plaît, c’est manifeste, à se composer un personnage de grincheux, enrageant devant l’inculture actuelle en matière d’histoire antique : Don Quichottte au service de la Ville Eternelle, il pourfend ceux qui, dans les romans ou au cinéma, se répandent en généralités sur le monde romain.
Car c’est, proclame-t-il, un des objectifs premiers de son Histoire : en finir avec la vision caricaturale que nous avons tous, plus ou moins, de cette merveilleuse civilisation qu’on crût immortelle. Celle d’Astérix et des peplums en technicolor. Celle aussi des images trop faciles sur Caligula et Néron, sur Ciceron ou Jules Cesar.
Donc Jerphagnon, investi de cette ambitieuse mission (rendre à Rome ce qui est à Rome), nous rafraîchit la mémoire, mais surtout nous fait (re)découvrir mille et un aspects d’un " univers " à la fois si lointain et si familier. Il nous narre une incroyable histoire, des origines (douteuses) à la chute (piteuse).
Et moi, j'aime relire l'incroyable courage des Sabines, les guerres avec les éléphants d’Hannibal, les drames des frères Gracchus, les histoires sur les invincibles Parthes, la grande Carthage, la"victoire" de Pyrrus, la révolte de Spartacus, les luttes entre Pompée et César, les conquêtes de Trajan ou les infortunes d’Antoine et surtout la façon surprenante qu'a perduré Rome au cours du 3e et 4e s. ap JC. La remarquable capacité d’intégration et d’assimilation de la société romaine, féru de culture grecque, fasciné par l’Orient lointain, mais également ouvert aux apports des sociétés " barbares ", est en effet un des secrets de sa longévité et de son rayonnement.

Les Sabines de Jean-Louis David (1796)
Toutefois, ma fascination personnelle pour l'univers romain (comme pour le grec) tenait (avant cette lecture) beaucoup aux raisons qui expliquent l'expansion (le début) et le déclin (la fin) de cette civilisation. Et en fait de toute les grandes civilisations..Pourquoi Rome a-t-elle dominée et surtout pourquoi a-t-elle déclinée? Et Jerphagnon avec la lumière du philosophe m'amène une dimension nouvelle...
En fait, je cherchais à comprendre pourquoi les civilisations naissent et meurent...je commence à comprendre...j'aurais dû m'en douter et mieux écouter les vieilles "tounes" de Jean Gabin...
Petrus
dimanche, avril 10, 2005
Une belle et triste Histoire
Didon et Enée
Je me souviens très bien de ma lecture de L'Enéide de Virgile (roman de la période impériale romaine 1e siècle ap JC--reprenant une vieille légende romaine)...il y a de cela peut-être 5 ans. Je dois avouer que j'ai trouvé ce roman fascinant mais un peu moins fort, plus prévisible et moins émouvant que l'Odyssée; Virgile trop inspiré par le roman primordial d'Homère. Toutefois, le passage de la rencontre de Didon et Énée (chap IV) est touchant et représente une des premières histoires d'amour "moderne" (dans le sens où la femme, Didon, joue un rôle actif même s'il demeure tragique).
En fait, l'empereur Auguste souhaitait créer une oeuvre "homérique" qui viendrait mettre en lumière la création mythique de Rome. L'Empereur fit une commande à Virgile. Son roman raconte la fuite du troyen Enée suite à la défaite des siens lors du siège de Troie (12e siècle av JC) et son long périble jusqu'à Rome.

Didon et Enée--Fresque de Pompéi (1er siècle av JC)
Enée et les Troyens feront voile vers l'Italie. Junon (Héra) s'opposera à leur projet de fonder une nouvelle Troie. Elle demandera à Eole de délier l'outre retenant les vents afin de provoquer une terrible tempête qui devait détruire la flotte troyenne. Neptune apaisera les vagues et les navigateurs pourront faire escale en Afrique, près de Carthage, cité récemment fondée par la reine Didon.
La souveraine, touchée par une flèche de Cupidon (Eros), tombera amoureuse d'Enée. Junon, qui espérait que le projet de fonder une nouvelle cité en Italie serait abandonné, favorisera l'union dans une grotte.

Didon et Enée. Illustration du XIIe siècle
Mercure, envoyé par Jupiter, rappellera à Enée qu'il devait accomplir sa destinée en Italie. Didon, persuadée d'être la femme légitime d'Enée, ordonnera de brûler tous les souvenirs laissés par ce dernier avant de prendre la mer. Elle se jettera dans les flammes après s'être transpercée avec l'épée qu'il lui avait donnée. Les fondements de cette légende semblent remonter aux premiers poètes épiques latins, Ennius et Naevius et trouvent sans doute leur origine dans les Guerres puniques.
J'ai eu la chance cette semaine de voir "Didon et Enée" de Henry Purcell (XVII e s.) à l'Opéra de Montréal mais aussi un TechnOpéra très avant-gardiste sur le même sujet. En fait, tout cela m'a rendu assez songeur sur l'écueil des relations prises, en étau, entre la passion et la destinée...ce qui démontre bien que Didon et Enée nous interpellent encore...

Didon, devant Carthage, affrontant le destin. David Ligare 1989
Je me souviens très bien de ma lecture de L'Enéide de Virgile (roman de la période impériale romaine 1e siècle ap JC--reprenant une vieille légende romaine)...il y a de cela peut-être 5 ans. Je dois avouer que j'ai trouvé ce roman fascinant mais un peu moins fort, plus prévisible et moins émouvant que l'Odyssée; Virgile trop inspiré par le roman primordial d'Homère. Toutefois, le passage de la rencontre de Didon et Énée (chap IV) est touchant et représente une des premières histoires d'amour "moderne" (dans le sens où la femme, Didon, joue un rôle actif même s'il demeure tragique).
En fait, l'empereur Auguste souhaitait créer une oeuvre "homérique" qui viendrait mettre en lumière la création mythique de Rome. L'Empereur fit une commande à Virgile. Son roman raconte la fuite du troyen Enée suite à la défaite des siens lors du siège de Troie (12e siècle av JC) et son long périble jusqu'à Rome.

Didon et Enée--Fresque de Pompéi (1er siècle av JC)
Enée et les Troyens feront voile vers l'Italie. Junon (Héra) s'opposera à leur projet de fonder une nouvelle Troie. Elle demandera à Eole de délier l'outre retenant les vents afin de provoquer une terrible tempête qui devait détruire la flotte troyenne. Neptune apaisera les vagues et les navigateurs pourront faire escale en Afrique, près de Carthage, cité récemment fondée par la reine Didon.
La souveraine, touchée par une flèche de Cupidon (Eros), tombera amoureuse d'Enée. Junon, qui espérait que le projet de fonder une nouvelle cité en Italie serait abandonné, favorisera l'union dans une grotte.

Didon et Enée. Illustration du XIIe siècle
Mercure, envoyé par Jupiter, rappellera à Enée qu'il devait accomplir sa destinée en Italie. Didon, persuadée d'être la femme légitime d'Enée, ordonnera de brûler tous les souvenirs laissés par ce dernier avant de prendre la mer. Elle se jettera dans les flammes après s'être transpercée avec l'épée qu'il lui avait donnée. Les fondements de cette légende semblent remonter aux premiers poètes épiques latins, Ennius et Naevius et trouvent sans doute leur origine dans les Guerres puniques.
J'ai eu la chance cette semaine de voir "Didon et Enée" de Henry Purcell (XVII e s.) à l'Opéra de Montréal mais aussi un TechnOpéra très avant-gardiste sur le même sujet. En fait, tout cela m'a rendu assez songeur sur l'écueil des relations prises, en étau, entre la passion et la destinée...ce qui démontre bien que Didon et Enée nous interpellent encore...

Didon, devant Carthage, affrontant le destin. David Ligare 1989
samedi, avril 02, 2005
La voix du baseball
J'aime le baseball depuis toujours, comme on aime l'idée de courir sur les sentiers ou de se tenir debout dans le champ. Cette relation avec le baseball a toujours été liée avec la voix de Jacques Doucet à CKAC décrivant tranquillement un match de baseball les soirs d'été à la radio.
Les expressions françaises de Monsieur Doucet qui décrivent le jeu sont franchement belles. Il arrive que les sentiers sont déserts, que le voltigeur fasse une longue course qui l'oblige à reculer, qu'il regarde aller la balle du simple fait qu'elle est partie, il arrive que le frappeur frappe une chandelle dans le champ intérieur ou que la défensive soit mystifié par une balle qui a des yeux ou que le frappeur soit menotté par un lanceur dominant...
Mais je sais que l'amour du baseball n'est pas à la portée de tout le monde. Ses longueurs déconcertent les gens de peu de foi. Le baseball est rythme lent, atmosphère, il est climat, il nous retient insidieusement. C'est une machine à figer le temps. Il est comme la mémoire des plus tranquilles archives de l'histoire.
Pas facile d'expliquer cela à une fille qui ne connaît ni le baseball ni la voix de Monsieur Doucet. Jamais fille n'est plus dérangeante dans l'auto que lorsqu'elle parle par-dessus Monsieur Doucet, ou qu'elle ferme la radio comme si de rien n'était, en neuvième manche, après deux retraits. Pour te donner un bec..!
Je suis aller voir les Expos au Parc Jarry quelques fois et au Parc Olympique plus souvent. Mais moi, j'écoute le baseball à la radio avec Monsieur Doucet. J'entends depuis 33 ans, depuis en fait que je suis un petit garçon, la voix de Jacques Doucet annoncer en avril le retour du beau temps, je l'entends suggérer que l'été sera beau uniquement du simple fait que cette voix si familière revient, comme toujours...Décrire 162 matchs par année pendant près de 35 ans demande une certaine attitude à la fidélité et à la répétition. Car l'âme est répétitive et elle aime les petits pas...
Je me rappelle un séjour de camping dans la région de Québec. J'avais 12 ans et la rougeole. Cloué au lit de la tente-roulotte toutes mes journées, j'attendais patiemment les reportages des Expos de Montréal que la radio portative m'amenait...c'était mes moments de petits bonheurs quotidiens.

Jacques Doucet (à gauche) après le dernier match des Expos à l'automne 2004
Mais maintenant, à quoi ressemblera mon été 2005 sans la voix de Monsieur Doucet décrivant les matchs tous les soirs et m'accompagnant quelques manches chaque fois que je prend ma voiture?
Sa disparition des ondes fera un grand trou noir dans ma ligne du temps. La voix de Monsieur Doucet a meublé tant de vide et tant d'étés, elle a pris une si grande place dans mon paysage sonore qu'elle a fini par entrer en moi-même.
Cette voix m'habitait, m'appartenait et maintenant je la perds. Mes voyages d'été en automobile ne seront plus jamais les mêmes...
Les expressions françaises de Monsieur Doucet qui décrivent le jeu sont franchement belles. Il arrive que les sentiers sont déserts, que le voltigeur fasse une longue course qui l'oblige à reculer, qu'il regarde aller la balle du simple fait qu'elle est partie, il arrive que le frappeur frappe une chandelle dans le champ intérieur ou que la défensive soit mystifié par une balle qui a des yeux ou que le frappeur soit menotté par un lanceur dominant...
Mais je sais que l'amour du baseball n'est pas à la portée de tout le monde. Ses longueurs déconcertent les gens de peu de foi. Le baseball est rythme lent, atmosphère, il est climat, il nous retient insidieusement. C'est une machine à figer le temps. Il est comme la mémoire des plus tranquilles archives de l'histoire.
Pas facile d'expliquer cela à une fille qui ne connaît ni le baseball ni la voix de Monsieur Doucet. Jamais fille n'est plus dérangeante dans l'auto que lorsqu'elle parle par-dessus Monsieur Doucet, ou qu'elle ferme la radio comme si de rien n'était, en neuvième manche, après deux retraits. Pour te donner un bec..!
Je suis aller voir les Expos au Parc Jarry quelques fois et au Parc Olympique plus souvent. Mais moi, j'écoute le baseball à la radio avec Monsieur Doucet. J'entends depuis 33 ans, depuis en fait que je suis un petit garçon, la voix de Jacques Doucet annoncer en avril le retour du beau temps, je l'entends suggérer que l'été sera beau uniquement du simple fait que cette voix si familière revient, comme toujours...Décrire 162 matchs par année pendant près de 35 ans demande une certaine attitude à la fidélité et à la répétition. Car l'âme est répétitive et elle aime les petits pas...
Je me rappelle un séjour de camping dans la région de Québec. J'avais 12 ans et la rougeole. Cloué au lit de la tente-roulotte toutes mes journées, j'attendais patiemment les reportages des Expos de Montréal que la radio portative m'amenait...c'était mes moments de petits bonheurs quotidiens.

Jacques Doucet (à gauche) après le dernier match des Expos à l'automne 2004
Mais maintenant, à quoi ressemblera mon été 2005 sans la voix de Monsieur Doucet décrivant les matchs tous les soirs et m'accompagnant quelques manches chaque fois que je prend ma voiture?
Sa disparition des ondes fera un grand trou noir dans ma ligne du temps. La voix de Monsieur Doucet a meublé tant de vide et tant d'étés, elle a pris une si grande place dans mon paysage sonore qu'elle a fini par entrer en moi-même.
Cette voix m'habitait, m'appartenait et maintenant je la perds. Mes voyages d'été en automobile ne seront plus jamais les mêmes...
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