dimanche, mars 19, 2006

Souvenir de mes ''Madames Paki''

Je viens de déménager du quartier montréalais d'Ahuntsic pour le Plateau Mont-Royal. Pas loin de 10 ans dans le nord de l'île de Montréal qui l'aurait cru..

Je suis d'accord avec Michel Rivard qui a écrit que la nostalgie est comme une femme aux yeux trop bleus...j'essaie donc d'éviter la ronde des souvenirs que ce soit les bons ou les naufrages. De toute façon, côtoyer l'antiquité m'a appris que les vestiges de naufrages prennent de la valeur avec le temps...j'attendrai bien encore une décennie ou deux avant d'aborder le sujet!

Pour ce blogue, je vous ferai plutôt part d'un souvenir anecdotique (mais affectueux) de mes nombreux passages à la buanderie St-Laurent (au coin du boul. St-Laurent et de Port-Royal à la limite sud du quartier Ahuntsic). Je n'ai pas eu de laveuse/sécheuse pendant près d'une décennie parce que appart. trop petit. J'ai donc longuement fréquenté cette buanderie.

J'y arrivais souvent tard le soir ou même après minuit. Je dors peu la nuit; j'aimais profiter de ces heures nocturnes pour faire un tour à la buanderie en lisant mon roman du jour. À ces heures tardives, on y rencontre surtout des femmes sans âge entourées de grands sacs blancs bourrés de linges sales. Il y avait toujours quelques haïtiennes mais surtout des femmes ''hindous''--à peu près toujours les mêmes--que j'identifiais dans ma tête comme mes ''Madames Paki''. Elles lavaient le linge pour d'autres avec des gestes mécaniques, sans dire un mot, dans le silence.

Au cours de ces nombreuses années, de ma centaine de visites nocturnes peut-être, elles ne m'ont jamais adressées la parole-- moi non plus d'ailleurs. Au début, je sentais une certaine surprise dans leurs regards: que fait cet homme (j'étais le seul homme) blanc (j'étais le seul blanc) en pleine nuit dans cette buanderie avec son petit sac ridicule alors que nous, nous sommes obligés d'y être.

Après quelques mois, j'étais fondu dans le décor et elles ne me regardaient à peine arriver. J'étais content de faire partie de la famille...Je plaçais mon linge, je m'installais toujours sur la même chaise (j'étais le seul à m'asseoir...ces femmes restent toujours debout!) et je prenais mon roman. Je lisais des romans style ''Germinal'' de Zola et je ne pouvais m'empêcher de penser à l'injustice de la destinée...Je quittais bien sûr bien avant elles.

Et maintenant que je suis sur le Plateau (avec laveuse/sécheuse!), je repense à mes Madames Paki qui laverons encore ce soir le linge des autres dans une buanderie quelconque du nord de Montréal ...

mardi, mars 14, 2006

Dieu, Jésus et la foi

Les 10 raisons pourquoi Dieu n'existe pas!

Ceux qui me connaissent bien savent que j'ai un très grand attachement à l'église catholique mais que je doute fortement que Jésus de Nazareth fût le fils de Dieu. Je sais que c'est bizarre mais c'est comme ça...j'aime le patrimoine religieux, le sacré, l'idée que des textes anciens et spirituels se transmettent jusqu'à nous depuis des siècles mais je n'arrive pas à croire profondement.

Cette dualité par rapport à l'église et à Jésus explique peut-être mes longues heures de lectures bibliques (merci à l'auteur prolifique Gérald Messadié, au duo de Corpus Chrsiti--Gérard Mordillat et Jérôme Prieur et à bien d'autres ). Mais finalement, après toutes ces lectures (dont la Bible) et réflexion --j'ai le goût prétentieux de répondre à la question fondamentale... : Est-ce que Dieu existe?

Vaste question mais j'y vais avec une réponse directe, simple et personnelle: "Non"

Pourquoi? Vous trouverez mes 10 raisons qui expliquent cette réponse...

1) Après analyse de plusieurs recherches archéologiques, il existe de fortes présomptions de l'existence de Jésus. De plus, à cause de la force de la tradition, j'ai personnellement la conviction qu'il y a eu un personnage historique du nom de Jésus;

2) La vie de Jésus racontée dans la Bible est plus proche du mythe que de l'histoire même revisitée selon nos critères modernes;

3) Les Évangiles contiennent tant de contradictions et d'invraisemblances qu'il ne sauraient représenter une source scientifiquement valable sur le Jésus de l'histoire;

4) L'histoire du développement de l'Eglise montre plutôt une construction progressive de l'idée même de Jésus et de Dieu que la transmission d'un héritage historique bien précis;

5) Paul qui est le personnage chrétien le plus ancré dans l'histoire ne parle à aucun moment du Jésus de Nazareth dépeint par les évangiles. Son silence sur la vie de Jésus est plus éloquent que tout le reste. Son Christ ne se rattache à aucun personnage historique précis. En passant, la vie de St-Paul est fascinante..je suggère fortement les lectures sur ce père de l'église;

6) La foi est la seule façon d'expliquer de manière cohérente l'ensemble des miracles et des actes surnaturels présents dans les évangiles. Si Jésus est le fils de Dieu alors bien-sûr il a pu vivre une vie semblable (c'est-à-dire surnaturelle) à celle racontée par les évangélistes. Toutefois, sur ce point précis aussi, on observe trop de contradiction dans la Bible.

7) Il faut expliquer aussi les silences des historiens de l'époque sur Jésus qui ayant vraiment accompli tous ces miracles aurait du être nécessairement remarqué des intellectuels de son époque (philosophes, historiens, hommes politiques etc…);

En fait, un seul historien mentionne Jésus, il s'agit de Flavius-Josèphe, historien juif du début de notre ère. Quelques lignes dans une oeuvre immense, et je cite:

« A cette époque-là, il y eut un homme sage nommé Jésus dont la conduite était bonne ; ses vertus furent reconnues. Et beaucoup de Juifs et d’autres peuples se firent ses disciples. Et le gouverneur romain, Pilate, le condamna à être crucifié et à mourir.Mais ceux qui étaient ses disciples préchèrent sa doctrine. Ils racontent qu’il leur apparut trois jours après sa crucifixion et qu’il était vivant. Peut-être était-il le Messie dont les prophètes avaient annoncé la venue […]. » Flavius-Josèphe, Antiquités judaïques, vers 93-94.

C'est très peu...

8) Autre argument logique et de bon sens: Jésus, fils de Dieu aurait pu venir sur Terre a n'importe qu'elle époque; les malheurs qui frappent notre bonne vieille planète ne datant pas d'hier sa présence aurait été justifiée tout au long de l'histoire de l'humanité. Hors voilà qu'il apparaît justement au moment le plus vraisemblable : Tout le monde attend et espère un Messie, un Sauveur. En ce premier siècle de notre ère la venue d'un tel personnage est considérée en Palestine comme imminente et les signes accompagnant sa venue sont bien connus de tous. Dans ce contexte comment faire la différence entre l'existence réelle d'un personnage remplissant par ses actes toutes les prophéties des écritures et l'invention pure et simple du dit personnage pour donner corps au mythe.

9) Les rationalistes comme moi doivent donc rester cohérent et rejeter la plus grande partie des faits relatifs à l'histoire de Jésus. Tous les événements surnaturels étant exclus par définition d'une grille de lecture rationnelle de la Bible. La tentative de réinterprétation rationnelle des événements miraculeux par certains auteurs est trop invraisemblable et improbable pour y accorder un quelconque crédit. En définitive, le Jésus qui reste après cette analyse est bien différent de celui des évangiles et a tout jamais différent .

Malgré toutes les tentatives de biographies pseudo-historiques tirées des évangiles et quel que soit le talent de leurs auteurs, Jésus demeure un personnage "sur-humain" qui ne ressemble à aucun philosophe ou sage de l'Antiquité. Ses actes et ses paroles rapportés par les évangiles en font un personnage irréel qui agit selon un destin qu'il semble tout à la fois connaître (puisqu'il est le fils de Dieu et donc divin lui aussi) et redouter ou ne pas comprendre (ses dernières paroles sur la croix).

10) Donc seule la foi profonde (qui est prête à aller à l'encontre des faits) est capable de trouver une cohérence dans tout cela. Pour un croyant, toutes les pièces du puzzle s'agencent parfaitement dans ce mystère divin même si aucune preuve absolue n'existe pour la consacrer définitivement.

Mille excuses...mais la vie en vaut la peine pour elle-même...

jeudi, mars 09, 2006

Première impression de Berlin

Je suis arrivé hier à l'aéroport international de Berlin, situé dans l'ancien Berlin-est...ca commence mal un voyage d'affaires...l'aéroport est plus laid que celui de Dorval-Montréal avant les rénovations (ce n'est pas peu dire!) et il est bordélique comme c'est pas possible dans un pays occidental d'aujourd'hui...

Après on traverse un décor d'une tristesse infinie avant d'atteindre Berlin-la-Belle...les allemands ont encore beaucoup de boulot devant eux...

lundi, mars 06, 2006

Avez-vous lu Cicéron dernièrement?

Qu'est-ce que tu lis actuellement? Voilà la question que l'on me pose de temps en temps depuis que je fais l'intéressant dans ce blogue. Et malgré mon déménagement et mon plan de travail (voir billet de la semaine dernière), ce n'est pas un auteur du XXe s.!

Non, le naturel reviens au galop...rien de révolutionnaire, comme vous voyez. Les habitués de ce blogue ne seront pas surpris de constaté ma fidélité envers les auteurs classiques et prendre connaissance de ma dernière lecture: l'Anthologie de la littérature latine de Jacques Grimard et René Morin.

Si j'ai été intéressé par cette anthologie, c'est qu'il est le fait de deux universitaires, éminents latinistes, qui ne répugnent pas pour autant à rendre abordables des textes qui très souvent ne nous sont parvenus que de façon parcellaire. Au premier chef, il y a l'intérêt sociologique et historique.

Le lecteur pourra y vérifier que la plupart de nos attitudes, de nos habitudes de vie et de pensée trouvent dans cette civilisation leur source (ce qui explique ma fascination pour les littéraires de l'antiquité...). Les extraits de Tite-Live, de César et de Cicéron, par exemple, satisferont à cet appétit. Mais il y a davantage. Chez Martial, Catulle, Ovide et Apulée, entre autres, on trouve des poèmes ou des récits qui n'ont rien d'académique. La survie des littératures grecque et latine, qui a longtemps dépendu de l'enseignement qu'on en faisait dans les lycées et collèges, n'aurait certes pas été transmise de la même manière il y a quelques décennies. Le ton y est leste, amusé, à l'occasion un tantinet grivois. J'oserais dire contemporain. Si j'étais un être de culture, je vérifierais les éditions qui avaient cours au temps de mes études universitaires, mais je suis comme vous un paresseux.

Je me contente donc du plaisir retenu. Il est réel et n'a pas besoin de la sanction des siècles pour trouver sa justification. Lire Sénèque ou Térence Ovide ou Suétone demande un effort, certes, mais qui se trouve récompensé.

«On voit donc que, dans sa forme comme dans sa signification, un texte antique, apparemment solide, voire indestructible puisqu'il a résisté aux assauts de siècles, aux dents des souris et à l'oubli des clercs, s'avère pourtant fort fragile : son estimation comme sa consommation intellectuelle et esthétique sont hautement problématiques.»

Cet extrait de la préface éclairante de Jacques Gaillard nous libère en quelque sorte, nous lecteurs, de cette obligation de nous extasier à laquelle on nous a contraints depuis toujours. Oui, le texte est antique, oui il a été lu par des milliers d'intellectuels et de lettrés, mais ce qui compte avant tout n'est-il pas qu'il nous rejoigne ? Quand Sénèque écrit à Marcia, dont le père a choisi de se suicider plutôt que d'accepter la persécution dont on le menace : «Tu es née mortelle, tu as enfanté des mortels : toi, tu n'es qu'un corps pourrissant, suppurant et plein de maladies, tu as conçu l'espoir que cette substance si débile aurait porté en elle du solide et de l'éternel ?», quand Sénèque propose cette lettre, n'est-ce pas à nous de 2006 qu'il s'adresse ? Il m'arrive de penser que des forces conservatrices -- religieuses, politiques ou autres -- nous ont longtemps empêchés de prendre connaissance de ces bouteilles lancées à la mer. Ce n'est certes pas cette anthologie qui me donnerait tort.

Anthologie de la littérature latine Édition de Jacques Gaillard et René Martin Gallimard, «Folio classique» Paris, 2005, 574 pages

Source: Gilles Archambault. Le Devoir

samedi, février 25, 2006

Mes coups de coeur du XXe siècle...

25 billets à venir pour les 25 romans du siècle passé qui m'ont marqué

Je souhaite dissiper un probable malentendu avec ce nouveau projet sur mon blogue. Je suis aussi fasciné par le XXe s., surtout les décennies que je n'ai pas connu adulte (1900-1980). C'est une époque fantastique qui a vu les plus bouleversements les plus rapides qu'ait connu l'humanité.

Mon père (qui est né en 1929) est typé en ce sens: il se souvient très bien de la venue de l'électricité dans son village situé à 90 kms au nord de Montréal (au milieu des années 40), tout autant que de l'introduction de la radio qui a suivi par la suite, de la télévision, des voyages accessibles en avion, de la télévision couleur, du câble et depuis 5 ans d'internet. Un homme qui a commencé sa vie en lisant un journal avec une lampe à l'huile et qui la termine en étant très actif sur internet.

Le XXe est donc le siècle de tous les changements: technologiques bien sûr mais aussi sociales, politiques et économiques...ce fût malgré les espoirs des intellectuels des années 20, le siècle des grandes déceptions (les grandes guerres, les ratés du rêve communisme, les dépressions économiques, les guerres éthiques, etc)

Ma façon d'aborder ce siècle sera par la littérature ce qui ne surprendra pas les lecteurs de L'ancien et du moderne. C'est un blogue personnel. Je vous présenterai donc au fur et à mesure 25 romans qui ont marqué un moment de ma vie et qui ont aussi, à leur façon, façonnés le siècle.

Je vous présente les 25 auteurs (autour de leur livre que j'ai préféré) pour lesquels je consacrerai un billet. Bien sûr, il y aura pas mal d'auteurs francophones (et un seul québécois)....c'est le reflet de mes lectures... Autre critère: l'essentiel de l'oeuvre doit avoir été publié au XXe siècle!

Je vous les présenterai dans ce blogue par ordre alphabétique:

1- Isaac Asimov (Les Robots)
2- Victor-Lévy Beaulieu (Race de monde)
3- Italo Calvino (Si par une nuit d'hiver un voyageur)
4- Albert Camus (L'Étranger)
5- Agatha Christie (Les dix petits nègres)
6- Albert Cohen (La Belle du Seigneur)
7- Simone de Beauvoir (Mémoire d'une jeune fille rangée)
8- Aldous Huxley (Le meilleur des mondes)
9- James Joyce (Ulysse)
10 Franz Kafka (Le Procès)
11- Milan Kundera (L'insoutenable légèreté de l'être)
12- Jack Kerouac (Sur la route)
13- Joseph Kessel (Le lion)
14- John Le Carré (Un pur espion)
15- André Malraux (L'espoir)
16- Gabriel Garcia Marquez (Cent ans de solitude)
17- Vladimir Nabokov (Lolita)
18- George Orwell (1984)
19- Marcel Proust (À la recherche du temps perdu)
20- Antoine de Saint-Exupéry (Le petit prince)
21- Jean-Paul Sarte (La Nausée)
22- Georges Simenon (Maigret...)
23- J.R.R. Tolkien (Le Seigneur des anneaux)
24- Boris Vian (L'écume des jours)
25- Marguerite Yourcenar ( Les mémoires d'Hadrien)

À bientôt

L'ancien et le moderne

vendredi, février 17, 2006

Inscription à mon blogue

Bonjour à tous,

Grâce à mon ami Daniel, je peux maintenant offrir une nouvelle fonctionnalité à mes lecteurs soit la possiblité de recevoir des nouvelles de mon blogue une fois par semaine (ou aux deux semaines) sur les nouveaux billets que j'aurai envoyés (voir colonne de droite après mon profil pour vous inscrire) . Comme je fais en général d'assez longs billets de façon plus ou moins régulière; cela permettra aux lecteurs moins assidus d'éviter d'oublier L'ancien et le moderne...

Je suis actuellement entre deux déménagements et un peu moins apte à être actif pour l'instant sur mon blogue n'ayant pas accès à mon ordi à la maison...Mais vous ne perdez rien pour attendre, j'ai plein d'idées de sujets de billets qui bouillonnent dans ma petite tête...

À bientôt et merci pour votre visite

L'ancien et le moderne

lundi, février 06, 2006

La mort de Jean Irigoin, helléniste

J'ai appris la mort de Jean Irigoin aujourd'hui par un article du journal Le Monde de la semaine dernière. C'était l'incarnation même de l'helléniste érudit. Membre de l'Institut et professeur honoraire au Collège de France, Jean Irigoin est mort samedi 28 janvier à Paris. Il était âgé de 85 ans.

J'ai acheté et lu ces dernières parutions sans toujours tout comprendre mais assurément impressionné par une telle érudition. C'est Jean Irigoin qui m'a donné la passion de mieux comprendre les mécanismes de transmission des textes de l'antiquité jusqu'à nous.

Né le 8 novembre 1920 à Aix-en-Provence, Jean Irigoin avait commencé sa carrière d'enseignant au lycée d'Aix, avant de gagner Berlin, alors en plein désordre, comme chef de la section culturelle du groupe français du conseil de contrôle de la ville (1946-1948). Il devait du reste conserver de solides liens avec le monde allemand puisqu'il fut en 1952-1953 chargé de cours à l'université d'Hambourg, dans la toute jeune RFA.


D'une indépendance d'esprit qui ne se démentira pas, Jean Irigoin ne suit pas la voie royale de ses confrères, mais opte pour le CNRS tout en finissant sa thèse (Histoire du texte de Pindare, 1952), collabore au Thesaurus Linguae Graecae et intègre l'université de Poitiers, où il est successivement maître de conférences (1953), puis professeur de langue et littérature grecques (1956), tout en donnant deux thèses complémentaires, Recherches sur les mètres de la lyrique chorale grecque (1953) et Les Scholies métriques de Pindare (1958).

En 1965, Jean Irigoin intègre Paris-X Nanterre pour y enseigner la philologie grecque, tout en assurant une direction d'études à l'Ecole pratique des hautes études qu'il conserve jusqu'en 1992. Entre-temps, il obtient une chaire en Sorbonne (1972), puis celle de "tradition et critique des textes grecs" au Collège de France (1985-1992).

Membre ou correspondant de nombreuses académies étrangères, il a surtout assuré la direction, pendant plus de trente ans, de la prestigieuse série grecque de la Collection des universités de France, la "Budé" pour les étudiants, dont 236 volumes parurent durant son mandat, entre 1964 et 1999. C'est chez le même éditeur qu'on peut trouver deux recueils de ses travaux, Tradition et critique des textes grecs (1997) et La Tradition des textes grecs. Pour une critique historique (2003), qui offrent autant d'admirables leçons de philologie par l'exemple. Son oeuvre fit progresser de façon considérable la mise au point des textes qu'il étudiait, campant une sorte de détective qui ne lâchait pas la piste empruntée tant qu'il n'avait pas pu établir la juste leçon philologique.

Sa mort m'émeut plus qu'il ne devrait...émotion devant la perte d'un grand esprit.

vendredi, février 03, 2006

L'exposition de CollectArt

Grâce à mon amie Louise, j'ai connu le Groupe CollectArt à la fin des années 90...depuis je suis pas mal impliqué dans ce collectif .

Fondé en 1987 , le Groupe CollectArt est une société en nom collectif regroupant une vingtaine d'individus ayant à cœur la relève québécoise en art contemporain. Il s’agit d’un des rares collectifs d’achat d’œuvres d’art contemporain connus. CollectArt poursuit le double objectif d'acquisition d'œuvres d'art contemporain de la relève québécoise ainsi que le développement de la connaissance de l'art contemporain auprès de ses membres.

Le 31 janvier 2006 avait lieu le vernissage de la Collection CollectArt à la Maison de la Culture Frontenac à Montréal. Pour la première fois, on peut admirer dans un même lieu la trentaine d'oeuvre de la Collection CollectArt ( et cela jusqu'au début mars 2006).

En effet, le Groupe CollectArt fait dès la première année (1987) ses premières acquisitions – des œuvres de Louise Robert, Louis Pelletier, Suzelle Levasseur et Robert Wolfe. CollectArt a pris le parti de s'intéresser à des œuvres qui témoignent de l'émergence des nouvelles forces en arts visuels au Québec. Au fil des ans, la collection témoignera également de l’engagement de CollectArt envers la relève québécoise en art contemporain – des œuvres d’artistes aujourd’hui connus et reconnus tels Sylvia Safdie, Marc Garneau, Marcel Saint-Pierre, Marie-Claude Bouthillier et les œuvres acquises au cours des récentes années - Marc Séguin, Marc-André Soucy, Jérôme Fortin, Stéphane La Rue pour ne nommer que ceux-ci.

Chaque année, en fonction de son budget, CollectArt fait l'acquisition d'une ou plusieurs œuvres. Pour chacune d’elles, les membres du groupe se prononcent… et la démocratie fait également son œuvre. CollectArt assure aussi une circulation des œuvres afin que chaque membre ait en sa possession au moins une œuvre pendant une année entière. C’est donc dans l’espoir de partager leur plaisir et possiblement inspirer d’autres groupes que les membres ont accepté de présenter l’ensemble de cette collection sous un même toit. L’amour de l’art contemporain en collectif vaut grandement le déplacement.

Les artistes dont les œuvres composent la collection CollectArt : Claude-Philippe Benoit, Pierre Blanchette, Marie-Claude Bouthillier, Paul Bureau, Cozic, Mario Côté, Marc Garneau, MassimoGuerrera, Jérôme Fortin, Jacques Hurtubise, Stéphane La Rue, Jennifer Lefort, Suzelle Levasseur, Jean McEwen, Louis Pelletier, Louise Robert, E. Romany, Sylvia Safdie, Marcel Saint-Pierre, Marc Séguin, Marc-André Soucy, Serge Tousignant, Angèle Verret et Robert Wolfe.

Modestement, CollectArt essaie d'amener un brin de beauté et d'art dans nos lieux de vie...

mercredi, février 01, 2006

Le Lac de Lamartine

À 15 ans, j'ai découvert par hasard les poèmes de Lamartine à la bibliothèque de mon collège. Solitaire, je me laissais aller au romantisme d'un autre siècle. J'ai repensé à ces moments en écoutant Gregory Charles il y a quelques temps à son émission de Radio-Canada...

Le poème Le lac d'Alphonse de Lamartine (1790-1869) me touchait beaucoup et j'aime penser que c'est à cause de ce poème vieillot que je garde un rapport si vif avec le souvenir...Lamartine se souvient de la femme aimée, Julie Charles. Il se trouve dans un lieu qui lui est cher, près d'un lac, qui a été le témoin de ses amours, et lorsqu'il y revient sans la femme aimée, il subit douloureusement la fuite du temps. Lamartine se rend compte que seul le souvenir peut conserver la trace des amours vécues, et notamment dans "Le Lac". Lamartine a participé de près à la naissance du Romantisme.

LE LAC

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour?

Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :

« Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

« Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent,
Oubliez les heureux.

« Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente; et l'aurore
Va dissiper la nuit.

« Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive;
Il coule, et nous passons ! »

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !

dimanche, janvier 22, 2006

Mon blog: 1 an déjà et un bilan!

J'ai célébré le mois passé la première année d'existence de mon blogue. Et je me suis reposé la question dernièrement (je l'avais fait il y a 6 mois): Est-ce que ça vaut la peine de continuer?

Plusieurs de mes lecteurs sont des amis ou des connaissances que le hasard a mis sur le chemin de ce blogue. Donc évidemment, j'ai pu leur en parler de vive voix dans certains cas.

Et la question du pourquoi m'est revenue encore récemment (mais moins souvent qu'au début). N'est-ce pas un peu narcissique d'écrire dans ce vaste univers qu'est Internet??...A-t-on vraiment quelques choses à rajouter d'original? Quoi de plus à dire aux centaines de millions de sites internet ou aux dizaines de millions de blogues seulement en Amérique du Nord? Quoi de plus à rajouter aux millions de livres et d'écrits publiés depuis 4 siècles (en fr. seulement)?

Vu sous cet angle....c'est un peu paralysant...Indeed! Mais bien entendu, je ne le fais pas pour obtenir un grand lectorat...mon compteur m'a démontré que j'avais (en ce début 2006) un peu plus de lecteurs que je pensais, plus de 150 visites par semaine et j'aurais une quarantaine de fidèles (mon estimé)...je n'en demandais pas tant!.

Comme je l'ai déjà dit, j'ai eu l'idée de ce blogue pour mon fils, pour lui faire partager mes pensées, mes réflexions, ma psyché intellectuelle. Comment transmettre à un ado de 16 ans bien d'aujourd'hui sa vision du monde? C'est malaisé de parler de Nancy Huston en jouant au golf....C'est en suivant mon premier blogue, celui de mon amie Stéphanie, que j'ai eu l'idée... Pourquoi ne pas se servir de cet outil pour transmettre mes pensées et idées à mon ado favori? Comme lancer une bouteille à la mer et espérer qu'il le lira de temps en temps....ce qu'il fait de temps en temps, il a même démarré son propre blogue


Je dois bien avouer que je me suis pris à mon jeu et que j'y ai pris un malin plaisir. Grands plaisirs en effet à parler de choses qui n'ont plus beaucoup cours et qui m'animent: Victor Hugo, le miracle grec et cette pensée néo-classique qui croyait que l'on grandissait par l'apport des différentes couches historiques, Delacroix, Zeus, de mon attente de Proust, faire un rapprochement osé entre l'échec de Cicéron et la situation à Dakar , écrire sur ma visite lumineuse de la Basilique Sainte-Sophie à Istanbul, , etc. Qui donc parlera aujourd'hui de tout cela à mon petit Lou? Dites-moi!

Je sais que mon blogue ne verse pas dans la légèreté et l'humour absurde...j'ai plein d'autres lieux où mon côté léger s'exprime...Ici je reste un peu plus cérébral...Mille excuses.

Je ne parle pas assez à mon goût de mes passions en art contemporain et des choses liées à la modernité (malgré les discussions avec frérot sur la modernité et l'appel à mon ami Paul pour la réalisation de son blogue attendu depuis longtemps) pour expliquer--et comprendre!--comment cela cohabitent dans ma petite tête...mais la vie est longue et le blogue est infinie...je vous promets d'ailleurs bientôt quelques billets sur mon rapport personnel aux technologies...

Voilà donc qu'après plus de 60 billets, je persiste à nouveau...

À la prochaine!

vendredi, janvier 20, 2006

Victor Hugo, Les Misérables et mon fiston

Billet pour fiston,

Mon petit Lou, commence ce soir (vendredi le 20 janvier 2006 à 20h00, heure de Montréal) à ARTV une série de 8 épisodes d’une production formidable des Misérables de Victor Hugo. En effet, après le succès phénoménal du Comte de Monte-Cristo, qui fit même un tabac sur une chaîne câblée américaine... avec sous-titres anglais!, on a facilement trouvé 39 millions de dollars pour qu'on puisse réaliser une nouvelle version des Misérables de Victor Hugo. Cette dernière trouve toute sa pertinence dans ce format télé longue durée -- ARTV le diffuse pendant huit semaines- - évitant de faire de l'obsession de Javert pour la capture du colosse Jean Valjean une simple course à obstacles.

Cette production des Misérables, la plus somptueuse jamais produite, compte aussi une éclatante distribution: Gérard Depardieu (Jean Valjean), John Malkovich (Javert), Charlotte Gainsbourg (Fantine), Christian Clavier (Thénardier), Virginie Ledoyen (Cosette) et plusieurs autres (Jeanne Moreau, Enrico Lo Verso, Michel Duchaussoy).

Petit Lou, mon rapport à Victor Hugo est ancien et complexe. J'avais la mi-vingtaine lorsque je découvrais Hugo et les Misérables. Je ne savais rien de lui. J'avais lu Balzac et Germinal de Zola mais Hugo me semblait dépassé. Je me le suis approprié grâce à Victor-Lévy Beaulieu (VLB) et son fabuleux "Pour saluer Victor Hugo" ...VLB qui a rajouté le V pour Victor pour Hugo dans son prénom tellement il était hypnotisé par la grandeur littéraire d'Hugo. Le livre de VLB m'a fasciné et "Les Misérables" m'a foudroyé d'autant plus que je ne m'y attendait pas.

De cette lecture fleuve poursuivie sans relâche ni répit jusqu'à cette mort de Valjean qui m’a beaucoup émue...Émotions qui étaient toujours présentes malgré les 120 ans qui me séparait du roman...je comprends les 2 millions de français qui ont pleuré ses obsèques à la fin mai 1885...

Alors, pour une fois ton père espère que tu seras devant ton téléviseur tous les vendredi soir durant les 2 prochains mois (à 20h00 à ARTV)...peut-être cela te convaincra de terminer ta lecture des Misérables...
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Marius a enfin pu découvrir toutes les qualités de l'ancien forçat. C'est lui qui l'a sauvé sur les barricades, et qui l'a ramené chez son grand-père, lui ? encore qui a laissé la vie sauve à Javert. Et tous ces gestes ont été accomplis avec la plus grande des discrétions.

Les deux jeunes époux se jettent aux pieds du vieil homme et le supplient de venir vivre avec eux. Ce moment remplit de bonheur Jean Valjean. Il puise dans ses dernières forces pour bénir le couple et évoque avec Cosette les jours heureux de leur vie ensemble et le souvenir de sa mère, Fantine. Il expire auprès de ses enfants en larmes.

Selon ses dernières volontés, il est enterré anonymement, comme un pauvre, dans un coin perdu du cimetière du Père-Lachaise. Quelques vers griffonnés rappelleront son étrange destin :


Il dort. Quoique le sort fût pour lui bien étrange.
Il vivait. Il mourut quand il n'eut plus son ange.
La chose simplement d'elle-même arriva,
Comme la nuit se fait lorsque le jour s'en va.

mercredi, janvier 18, 2006

La classe moyenne à Rome et nous!

Maintenant que Paul a rendu les armes (voir billet précédent), je peux retourner aux plaisirs de l'ancien et du moderne....

J'ai malheureusement terminé mon gros Dictionnaire de l'Antiquité (voir mon billet sur ce livre) la semaine dernière ; je dirai que j'en ai lu les 2/3, sautant quelques notices moins intéressantes de temps en temps... j'avais pris l'habitude de lire quelques dizaines de pages chaque soir depuis un bout...je m'ennuyais de cette lecture qui m'est rendue réconfortante...

J'ai donc entrepris cette semaine la lecture d'une nouvelle somme (de près de 900 p.) qui est l'autre grande nouveauté dans l'édition sur le sujet, soit: "L'empire gréco-romain" de Paul Veyne (éditions du Seuil, 2005) ...

Paul Veyne occupe dans l'historiographie française de l'Antiquité une position singulière, et l'on ne sait si le qualificatif qui lui convient le mieux est celui d'agitateur ou de décapeur. La lecture de son dernier livre ­ - constitué de douze études publiées antérieurement mais largement remaniées et amplifiées­ - incite à choisir le dernier terme, car, avec le style inimitable , fait d'élégance raffinée dans le choix des mots et d'audace dans les images, Veyne bouscule les certitudes et démonte les idées reçues. Il ne se contente pas des définitions et des explications acquises, et pose à nouveau les questions auxquelles on croyait avoir répondu depuis longtemps, entre autres:

Qu'est-ce qu'un empereur romain ? Y eut-il une classe moyenne à Rome ? Comment les Grecs ont-ils réussi à s'accommoder de la domination politique de Rome ? Pourquoi l'art gréco-romain a-t-il pris fin ? etc

Son chapitre sur la classe moyenne durant l'antiquité m'intriguait fortement... existait-il une classe moyenne à Rome il y a deux mille ans? Il semble que oui malgré ce que beaucoup en pense selon l'analyse fascinante de Paul Veyne (p.117-161). En effet, selon Aristote (cité par Veyne) : "dans toutes cités, il y a trois parties, les très riches, les très pauvres et troisièment ceux qui étaient intermédiaires (mesoi) entre les précédents". Ils s'agissaient essentiellement de commerçants de tout acabits mais aussi de petits rentiers du sol, vivant en ville et formant une espèce de nouvelle bourgeoisie.

Mais ne nous trompons pas, rien à voir avec la classe moyenne de nos sociétés occidentales d'aujourd'hui: à Rome à l'an 0, il y avait une minuscule classe de très, très riches, une très petite classe moyenne et une vaste majorité de gens très pauvres. Mais il y avait classe moyenne.

En fait, le Rome d'alors était (selon des analyses spéculatives de spécialistes très savants) environ 20 fois plus pauvre que le Montréal d'aujourd'hui. Rome, le centre du monde antique à cette époque, avait le niveau de vie et les répartitions de richesse similaire à une grande ville africaine du XXIe siècle. Rome était la plus riche, dans une époque beaucoup plus pauvre qu'aujourd'hui.

Les recherches des dernières décennies ont permis de découvrir des témoignage sur les valeurs de cette fameuse "classe moyenne antique". Selon Paul Veyne, leurs valeurs se résumaient ainsi: l'hédonisme, l'art de vivre heureux mais en concordance avec l'influence d'Horace: avant la mort tout s'achève, il est sage de jouir de ses biens mais en ayant le geste large envers son entourage. Valeurs uniques qui n'étaient partagés ni par les très riches de l'époque ni par les très pauvres trop occupés à survivre.

En lisant l'éditorial très récent du journal montréalais La Presse du dimanche 15 janvier 2006 qui portait sur les valeurs des Québécois en relation avec l'argent, j'ai eu un (petit!) choc...En effet, le parrallèle était frappant avec les conclusions de Paul Veyne. Selon le études citées par Mario Roy de La Presse, le Québécois "moyen" de 2006 est caractérisé par une approche hédoniste teintée de la volonté d'aider ses proches. Dépensons nos biens avant de mourir serait aussi l'adage de mes concitoyens...

La classe moyenne romaine (pré-chrétienne) semble en définitive ressembler beaucoup plus que l'on pourrait penser à la classe moyenne québécoise (post-chrétienne) d'aujourd'hui....c'est Horace qui serait content!

vendredi, janvier 13, 2006

Paul, Daniel et Danny Torrence

J'ai deux grands amis qui sont de fabuleux mélomanes: Paul très éclectique et Daniel branché surtout sur la musique de jazz et les dernières versions électroniques. Daniel doit bien avoir 3 ou 4000 chansons sur son Ipod et Paul des centaines de CDs (sinon des milliers) et un ipod en plus. Malgré leurs connaissances supérieures de ses choses, ils ne font pas partager ce savoir avec leurs amis. Au hasard d'une brève promenade en automobile, oui on a droit à un extrait musical ou encore lors d'une de nos escales noctures, on pourra nous parler brièvement d'un coup de coeur musical entre deux "drinks"...sinon le néant, Niet! on garde tout pour soi!

C'est pourquoi, pauvre incompétent que je suis en ses matières, je dois prendre le relais et vous parlez de temps en temps de la scène musicale montréalaise (voir par exemple, mon billet du 17 septembre sur ce sujet). Je délaisse alors les plaisirs de l'ancien et du moderne.

Et encore cette fois-ci, pendant que Paul et Daniel écoute leurs musiques en solitaire, lui dans son auto, l'autre à son chalet, moi je dois vous parler du nouveau DJ de l'heure: Danny Torrence, un montréalais qui a fait de nombreux stages de Djing auprès de David Morales. Je dois en parler parce que:

1) Cela aussi correspond à Montréal et à la modernité
2) J'aime cette musique (le house)
3) et que l'on en parle pas assez sauf dans des réseaux très spécialisés.

Et tant que mon ami Paul ne lancera pas son blogue sur la musique tel qu'il me l'a déjà promis jadis naguère, je me sentirai obligé d'écrire sur le sujet en attendant que Messieurs mes amis s'ouvrent sur le monde qui les entourent...

Revenons à Danny Torrence puisqu'il le faut bien...Je reprends ici à la suite un extrait d'une entrevue faite cette semaine. Bonne lecture!

"Après Tiga, Champion et autres, si on me demandait quel est le prochain Dj Montréalais à passer au niveau international, je répondrais probablement Danny Torrence. Pas pour un son révolutionnaire. Pas pour un concept fabuleux. Pour une recette qui a fait ses preuves dans tout les domaines. Une bonne dose de talent, mêlée à une tasse de détermination, une once de méthode et une pincée de chance.

« Je ne pensait pas que le djing m’apporterait un salaire, je faisais ça comme passe-temps! » Nous raconte Danny quand il parle de ses premières années. « C’est vraiment à New-York que j’ai assisté à ma première prestation after-hour avec Junior Vasquez au club Twilo C’était vraiment le début de l’époque « Dj god ». En revenant j’ai découvert le Sona et je me suis tenu là pendant un bout de temps. On n’entendait pas beaucoup parler du Stereo à l’époque. C’était vraiment underground. C’est pourtant là que j’ai eu ma révélation quand j’y ai entendu David Morales! 4 ans plus tard je suis dans la scène underground et je travaille pour lui! C’est vraiment un magicien de la manipulation sonore. Danny Tenaglia, mon autre mentor, a toujours une programmation impeccable. Il va construire une soirée progressivement pour qu’au moment propice la fureur de la foule se déchaîne. J’ai vraiment de la chance d’avoir rencontré ces gars-là!

Danny est selon lui en avance sur ses objectifs « 2005 était une année ou je voulais me faire connaître et élargir ma crowd montréalaise. Je suis maintenant un de ceux qui n’est pas reconnu comme un Dj gay ou strait. C’est vraiment un avantage. Il adore jouer pour les deux. Mon autre objectif était de jouer outre-mer. J’ai donc joué en Sicile aux cotés du légendaire Paul Oakenfold dans un stade de football et à Ibiza pour le Dirty Ibiza @ Penelope’s.

2006 sera vraiment axée sur la visibilité internationale et sur la production. Je crois que j’ai fait un bon boulot à Montréal. J’ai bien entendu d’autres petits projets mais je les garderai secrets pour l’instant! »

mercredi, janvier 11, 2006

Mes souvenirs de la Sicile grecque

Mai 1999

Nous prenons le traversier pour Messine. Petite traversée d’à peine vingt minutes où nous apercevons enfin le cœur du voyage : la Sicile. Cette Sicile qui m’apparaît entourée de paysages escarpés et où l’on retrouve les restes de cette Grande Grèce. L’Etna, à l’horizon, faisait des merveilles.

Aussi blasé que l’on soit, aussi préparé à toutes les splendeurs, la fraîcheur de la Sicile m’apparaît éternelle. Elle me charme déjà, elle enjôle l’œil avec les nuages, l’Etna et les autres montagnes ainsi que la ligne bleue du littoral. J’aimerais rester des heures assis dans une chaise longue à contempler et à méditer sur l’instinct et l’art des Grecs. Pourquoi cette fin et surtout cet oubli ?

Je pense à Lawrence Durrell, né en 1912, et qui fut probablement de la dernière génération de cette grande culture classique, de ceux qui connaissaient parfaitement l’histoire, la culture et les langues latines et grecques et qui a tenté une réponse à ma question suite à son dernier voyage en Sicile (au début des années 80).

" Parce que c’est le lot de toute chose, je suppose. Et me voilà enfin ici, après tant d’années, avec mes adieux éblouis, moi, le produit d’une autre culture chancelante, condamnée au même déclin ou à la même mort, plus vite encore peut-être [...] "

Cela fait à peine quelques heures que je suis en Sicile et je me sens déjà nostalgique de quelques choses que je n’ai jamais connu... soit l'idée ancienne de l'humanisme, inspirée par les grecs. Pendant des centaines d’années et jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale peut-être, plusieurs générations d'intellectuels pensaient pouvoir bien amorcer la compréhension du monde en maîtrisant les œuvres et l’histoire classiques...une culture générale commune, une lignée qui représentaient un idéal.

La citation suivante d'Albert Camus illustrait bien ce sentiment:

"L’ignorance reconnue, le refus du fatalisme, les bornes du monde et de l’homme, la beauté enfin, voici le camp où nous rejoindrons les Grecs"

C’était la base de tout bon Occidental. Maintenant, tout cela est disparu en même temps que Lawrence Durrell. On ne peut qu’aspirer, au mieux, à devenir un bon spécialiste maîtrisant un créneau bien particulier.

De façon inéluctable, la société se fragmente et est déjà rendue ailleurs ; s’éloignant de moi de plus en plus. Je veux rester farouchement moderne et comprendre les différents courants qui m’entourent mais j’aime beaucoup cette idée de marcher sur une piste que bien d’autres ont suivi avant, même s’il doit s’agir d’une promenade solitaire.

Ce sentier néo-classique est d’autant plus stimulant qu’on y côtoie les " Anciens " humanistes mais aussi ceux qui, plus tard, ont voulu les débusquer : de Montaigne à Voltaire, de Dante à Stendhal ; sans oublier tous les peintres et sculpteurs de la Renaissance à Picasso.

Je me reconcentre sur mes premières heures en sol sicilien. Quel plaisir de marcher le long des rues étroites de Toarmina. C’est un endroit où aller avec sa blonde, c’est très romantique. Le théâtre grec de Toarmina est par ailleurs splendide. Pour illustrer l’effet que peut avoir ce lieu, je citerai Guy de Maupassant (1886) :

" Un homme n’aurait à passer qu’un jour en Sicile et demanderait : Que faut-il voir ? Je lui répondrais sans hésiter : Toarmina. Ce n’est qu’un paysage mais un paysage où l’on trouve tout ce qui semble fait sur la terre pour séduire les yeux, l’esprit et l’imagination. Le village est accroché sur une grande montagne, comme s’il eut coulé du sommet [...] "

Nous avons passé notre première nuit sicilienne à Naxus (le site d’une ancienne ville grecque détruite durant l’Antiquité). De mon balcon, je peux voir l’Etna. À cet endroit, nous avons eu une conférence d’une universitaire italienne, (Daniella de Toarmina... un nom incroyable et prédestiné), sur l’influence de l’Etna dans la littérature de l’Antiquité. Elle parla beaucoup du philosophe Empédocle qui se serait suicidé en se jetant dans l’Etna en laissant ses sandales sur le bord du cratère….

J’écris ces lignes avant de me coucher, après avoir pris plusieurs verres à la santé de la modernité...
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Extrait de mon Journal de voyage en Italie (1999)