dimanche, septembre 17, 2006
La mort et la fin de Zeus
Dans le cadre de cette définition, je lui ai dis aussi que Zeus était mort probablement à la fin du 4e siècle de notre ère. En effet, au début de ce siècle, le christianisme prenait de l'ascendant en milieu urbain mais les cultes païens (dont ceux de Zeus et d'Athena) était toujours suivis dans les campagnes isolées. Après la conversion et le baptême de l'empereur romain Constantin en 312, l'Église de l'époque fût d'une hostilité féroce, traquant et éliminant systématiquement toute trace de son passé païen et de la religion grecque... Elle ferma les écoles philosophiques néo platoniciennes d'Alexandrie et d'Athènes, brûla des centaines de milliers de livres et accusa d'hérésie quiconque remettait eu question l'orthodoxie (suite au Concile de Nicée de 325 présidé par...Constantin). Beaucoup furent mis à mort en même temps que l'on cessa le culte de Zeus à jamais.
L'Église a fait (selon entre autres Gérald Messadié et plusieurs autres "nouveaux" spécialistes de l'histoire des religions) une grave erreur en "tuant" Zeus...On a renié l'idéal grec en faisant la promotion de l'ignorance et de la foi aveugle, en faisant passer des mensonges pour des vérités sacrées et en transformant toute dissidence en hérésie.
Ce n'est qu'en revenant (entre autre St-Thomas d'Aquin au XIIIe s.), beaucoup plus tard, à de prétendus païens comme Platon et Aristote qu'on a injecté suffisamment de rationalité et de philosophie dans la théologie chrétienne pour la garder vivante.
Il ne fait aucun doute que l'Église du 4e siècle a triomphalement réussi à rallier les masses ignorantes. Mais en rendant exotérique et banale la sagesse grecque (entre autres), l'Église a transformé ce triomphe en une victoire à la Pyrrhus...Parce que l'on a construit le mythe chrétien en partie sur le mensonge...plusieurs penseurs avertis estiment que l'Église chrétienne pourraient disparaître d'ici une génération.
Est-ce qu'un jour j'expliquerai à mon petit-fils quand est mort Jésus de Nazareth ?
lundi, septembre 11, 2006
Lire Xénophon en 2006
Je te propose la lecture de L'Anabase de Xénophon. Je sais que ça ne fait pas très sexy comme nom "Xénophon", mais qu'est-ce que tu veux, quand on est grec du Ve s. av JC, on ne choisi pas son prénom...Ce titre ne te dira rien parce qu'on ne parle presque plus des auteurs grecs et encore moins de Xénophon!
Pourtant, je suis convaincu que toi qui est attiré par l'histoire des grandes guerres et qui connaît un peu les auteurs grecs, tu aimeras ce livre où on a fortement l'impression de voir un vieux documentaire de guerre, comme on en repasse de temps en temps à la télé. Le charme de la pellicule noir et blanc un peu décolorée, avec des violents contrastes de lumières et de mouvements accélérées, nous rejoint directement.
La thématique de L'Anabase est héroï-comique, je dirai. Difficile de faire mieux: Dix mille mercenaires grecs, engagés par le prince perse, Cyrius, sont vaincus dans la bataille de Cunaxa et se retrouvent alors sans chef et très loin de leur patrie. Les dix mille grecs doivent donc retourner chez eux en étant au milieu des populations ennemies. Imagine la trame dramatique!
On passe rapidement d'une représentation visuelle à une autre, et de là à l'anecdote, et de là encore au relevé des coutumes exotiques: tel est le fond sur lequel se tisse une succession continue d'épisodes aventureux, d'escarmouches et d'obstacles imprévus à la marche de l'armée qui erre.
C'est aussi et peut-être surtout un livre sur l'angoisse. L'angoisse du retour, de la désorientation en pays étranger et de l'effort pour ne pas se disperser. En fait, ce désarroi de la fuite d'une armée vaincue me rappelle les retraites napoléoniennes (1812) et allemandes (1943) sur le front russe.
Au récit sont entremêlés des "procès-verbaux de réunion" de l'état-major et des discours de Xénophon (et oui, l'auteur a été de cette armée) aux troupes.
Le secret en lisant L'Anabase, fiston, consiste à ne rien sauter, à tout suivre, point par point. Xénophon a le grand mérite de ne pas nous tromper, de ne rien idéaliser, de nous montrer la dure réalité.
L'Anabase est l' histoire vraie d'une longue fuite de 4 ans (404-400 av JC) dans un monde hostile où la moitié des Dix milles ne reverront jamais la terre natale...Un grand livre d'histoire et d'aventure!
samedi, septembre 09, 2006
Internet (1991-2006) est mort!
Je suis sans doute déjà en retard de quelques mois. Mais vous savez le contact avec mes "auteurs classiques et antiques" me laisse moins de temps pour suivre en détail les soubresauts de la vie complexe de mon ami Internet.
Il était jeune pourtant. Moi, je l'ai rencontré en 1994 lors d'un congrès à Vegas (Comdex). Il était alors un petit bébé, trois ans à peine. J'avais l'impression qu'il incarnait la modernité; je l'ai donc amené avec moi à Montréal et avec mon ami Stéphane, nous l'avons présenté à nos amis à l'automne 1995. Au début, l'accueil fût plutôt froid et on jouait pas mal tout seul avec Internet. Mais nous, on croyait en lui et le plaisir était au rendez-vous à le côtoyer.
Au cours des deux ou trois premières années, j'ai même fait des conférences pour mes copains afin qu'ils connaissent et jouent aussi avec Internet.
Puis tranquillement, il est devenu "big", mon ami Internet. Je dirai qu'en 1999 tout le monde le connaissait. Meilleur que moi en relations publiques, ça fait longtemps que l'on parle de lui à tous les jours dans les journaux et il est sur les lèvres de millions d'individus.
J'avoue que j'ai pris une certaine distance face à mon ami Internet. Je l'ai suivi d'un peu plus loin ayant gardé quand même une certaine affection pour l'avoir connu tout petit. Je suis un grand utilisateur, je "blogue", j'essaie de le suivre mais j'ai perdu le "fil" affectif avec le jeune Internet que j'ai connu. Pas qu'il ait perdu de sa pertinence avec le temps, au contraire, mais je trouve qu'on lui a donné trop de place. J'ai bien peur que cela lui ai monté à la tête.
Et maintenant, j'apprends qu'il est mort!
Mais personne n'est irremplaçable et un petit nouveau a pris sa place. Il est encore petit et on ne s'entend pas sur son nom: disons "médias sociaux" (ou Web 2.0). C'est par l'entremise de mon ami Stéphane et sur le blogue de Michel Leblanc (entre autres) que je suis son développement et ses premiers balbutiements.
Mais qui est donc ce nouveau-né?
En deux mots, notre ami Internet, qui nous a donné accès à l'information, nous laisse pour un nouvel espace virtuel où le partage de l’information peut se faire entre utilisateurs, fondé sur des bases de données ouvertes. Le Web 2.0, c'est un peu l'éclatement d'Internet grâce à l'interactivité.
Les exemples de médias sociaux sont déjà nombreux: Wikipédia, Youtube, Flickr , etc sans compter les millions de blogues comme celui-ci.
J'écris ce texte avec un brin de nostalgie. Alors si je vois le petit nouveau dans un bar de Montréal, je lui paierai un vodka-canneberge et lui dirai de bien profiter de sa nouvelle renommée, de jouir pleinement de la vie parce que la sienne risque d'être encore plus courte que celle de notre ami Internet...
samedi, septembre 02, 2006
Combien de blog(ue)s francophones?
Selon Technorati, il y avait déjà 5,4 millions de blogues dans le monde lorsque j'ai démarré L'Ancien et le moderne en décembre 2004. On en dénombrerait environ 50 millions actuellement dans le monde en juillet 2006. Donc en 18 mois, on aurait multiplier par 10! En fait, 75 000 nouveaux blogues se rajoutent chaque jour!
Le nombre de blogues est un sujet difficile à cerner puisqu'il y a beaucoup de nouveautés mais aussi beaucoup de blogues qui deviennent inactifs. Plus de 40% des blogues "perso" deviennent presqu'inactifs après 6 mois de vie, une fois que l'enthousiasme du départ retombe.
Avec de 5 à 6 millions de blogues, la France est le pays européen qui compte le plus de journaux personnels en ligne, et le deuxième au monde derrière les Etats-Unis. 1 blogue par 10 habitants en France?? Et on écrit que le nombre continue d'augmenter. Est-ce possible? Ca m'apparaît beaucoup (mais il semble que les blogues en France sont en vogue actuellement).
Donc, difficile à dire mais en incluant les autres régions francophones du monde, ça fait du monde à messe...
NB Les plus récentes études montrent que plus de la moitié (55 %) publie sous un pseudonyme ou un nom d’emprunt....
Quelques blog(ue)s français pour l'automne
1)-Sur la philosophie et la pensée vive:
Je vous recommande le blog(ue) incisif Mezetulle, de la philosophe Catherine Kintzler qui commente avec humeur l'actualité intellectuelle ;
2)-Sur le futur du livre et des sciences sociales face à Internet:
L'hyper pertinente démarche de Jean-Michel Salaün, avec son remarquable bloc-notes, que vient complèter La feuille et le blog(ue) d'Homo numericus,
3)- Sur la littérature:
Le très populaire (et pour cause) blog(ue) de l'écrivain Pierre Assouline, La république des Livres. Chroniqueur au "Monde 2" et critique pour "Le Nouvel Observateur, cet écrivain génère un achalandage fou! Il faut voir le nombre de commentaires suite à ces billets...
4)- Sur la Beauté:
Et le plaisir des yeux, Quitter le temps, et ses rêveries photographiques...
NB Je ferai bientôt le même exercice pour mes découvertes de blogues québécois
NNB Il semble qu'au Québec, on écrive "blogue" et en France "blog"
vendredi, septembre 01, 2006
Info sur mon blogue
Donc, j'ai dépassé les 100 textes sans m'en apercevoir!
En août, il y a eut un peu plus de 1000 visites uniques (pour le mois). 50% des visites (ou presque) se faisant le lundi et le mardi. Plusieurs semblent vérifier en début de semaine s'il y a un nouveau texte. Il y a toujours une baisse durant l'été, le tout devrait remonté de 20 ou 30% en sept. La plupart de mes lecteurs ne semblent pas être des blogueurs eux-mêmes si je me fis aux commentaires.
Merci pour vos visites, vos commentaires et vos courriels fort nombreux, la plupart m'écrivant directement.
A&M
NB Ah oui! Fiston me lit régulièrement et me demande de vous dire que ce n'était pas si facile que cela de reconnaître Napoléon au Louvre...
http://ancienetmoderne.blogspot.com/2006/08/le-louvre-fiston-et-napolon.html
Retrouver mes récits de l'Occident...
I- ''Raconter et mourir. Aux sources narratives de l'imaginaire occidental'' (analysant les oeuvres d'Homère à Shakespeare) 2002. Les Presses de l'Université de Montréal
II- "Le temps aboli. L'Occident et ses grands récits" (de Molière à Proust) 2005.
Les Presses de l'Université de Montréal
En fait, Hentsch est un peu mon guide des grands textes. Ses deux essais foudroyants qui ont gagné de multiples prix s'attachent aux thèmes et aux moments clés de notre littérature: des voyages d'Ulysse aux aventures de Don Quichotte en passant par la Bible et la Divine Comédie de Dante. Je le conseille fortement à tout ceux qui s'intéressent aux grands classiques littéraires de l'Occident. Mais c'est peut-être très masculin comme démarche...C'est Hentsch qui m'a donné le goût d'entreprendre Dante que j'ai lu en grande partie.
Mais quelle idée, écrire au XIIIe siècle une descente au Enfer en se servant de Virgile et d'Énée. Dante était un grand fan de Virgile...en fait ce n'est que depuis le XVIIIe siècle que Homère a volé la vedette à Virgile...et effectivement Virgile est une pâle copie d'Homère mais la trame est intéressante...Pour revenir à la Divine Comédie, c'est d'une beauté rare....c'est certain que connaître ses classiques aident pas mal (la rencontre avec Achille est édifiante) mais le texte est très beau.
Quand j'ai vu cet été à Paris "La porte de l'enfer" de Rodin, reprenant la Comédie divine, je n'ai pu m'empêcher d'avoir une pensée pour Thierry Hentsch qui a fait de cette idée de la transmission des grands textes la passion de sa vie.
La chambre à coucher de ma nouvelle demeure n'est plus habitée par les grands classiques; mon buste d'Homère est rendu dans mon salon. Les 4 gros tomes des Mémoires d'Outre-tombe de René de Chateaubriand (celui qui a voulu moderniser le catholicisme et la littérature au XVIIIe) sont dans des quelconques boîtes... L'âme de ma chambre est disparue à trop vouloir le bon goût et le design. Je vous quitte pour aller les retrouver et rendre à César ce qui appartient à César...et ainsi retrouver mes récits de l'Occident...
mercredi, août 30, 2006
Comprendre le Québec par la littérature???
J'ai toujours trouvé que la littérature est une très bonne façon de comprendre l'évolution d'une culture et une nation. Alors, allons-y de notre petit essai québécois!
Au Québec, si on lit les oeuvres phares des 40 dernièrs années (en se sens, je me suis inspiré des travaux- dans le cadre de recherches doctorales sur la culture et l'identité québécoises aujourd'hui-- de Yara El-Ghadban que je reprends en grande partie à la suite), on ne peut que constater à plusieurs reprises la présence d'un certain clivage entre les jeunes écrivains et les pères de la Révolution tranquille. Victor-Lévy Beaulieu a d'ailleurs régulièrement critiqué l'approche des plus jeunes.
Au risque d'être réducteur, l'attitude généralement positive de la nouvelle génération est presque immanquablement tempérée par l'attitude parfois cruellement critique des plus âgés, surtout envers ce qu'ils perçoivent comme étant l'ambivalence identitaire des jeunes.
Cette ambivalence de la jeune génération est semble-t-il généralisée envers le projet souverainiste et le progressisme qui a donné jour au Parti Québécois et à une certaine vision politique très ancrée dans les années 60 et 70.
Dans la foulée des réactions à l'analyse que fait Jacques Godbout du Québec contemporain (lire le magazine L'Actualité de ce mois-ci), il convient peut-être de revenir à la littérature québécoise pour réfléchir sur la raison d'être de ce clivage entre générations.
On ne peut en fait comprendre l'attitude négative envers l'ambivalence identitaire sans la replacer dans le contexte de Refus global. Un des signataires de Refus global était l'écrivain-poète Claude Gauvreau, dont la pièce de théâtre L'Asile de la pureté (1953) a récemment été remise en scène au Théâtre du Nouveau Monde. Le personnage principal est un poète qui tente d'accéder à un état de pureté absolue en refusant de manger. Son jeûne l'emprisonne dans un cercle vicieux qui le conduit à la folie et, ultimement, à sa mort.
En réalité, l'isolement, ce refuge dans la folie, dans ce Québec de la grande noirceur, représentait peut-être le seul espace de liberté. Le refus ne pouvait qu'être global, ne pouvait que tout rejeter -- la raison, la nourriture, la vie --, car l'oppression était si totalisante qu'elle les avait envahies elles aussi. Dans la pensée des signataires de Refus global, c'était seulement après avoir tout refusé qu'il était possible de recommencer.
Ainsi, dans les années 50 et 60, dans la foulée des revendications identitaires de la Révolution tranquille qui a suivi Refus global et qui avait propulsé le Québec vers la modernité, il y avait peu d'appétit pour un discours ambivalent et l'incertitude identitaire.
Par conséquent, pour les critiques littéraires de la Révolution tranquille, l'omniprésence de l'ambivalence dans l'attitude des Québécois est perçue comme un trait négatif.
Ce point de vue était aussi partagé par les artistes, comme en témoignent les essais et romans de l'écrivain Hubert Aquin. Aquin, un ardent souverainiste, voyait le Québec comme une société prisonnière de sa condition coloniale et dont l'ambiguïté devant le projet indépendantiste était symptomatique de la mentalité du «conquis».
Un changement d'«attitude» survient en grande partie grâce à la «génération post-1967», qui commence à se détacher de la référence eurocentriste des années 40 et 50 pour ancrer ses récits et sa fiction dans la métropole, Montréal et le territoire nord-américain.
C'est peut-être dans le récent roman de l'auteur montréalais Yann Martel, Life of Pi (2001), que cette transformation, de Refus global à l'«intégration totale», trouve son expression la plus éloquente. Le roman met en scène un jeune garçon, Pi, qui, en plus de pratiquer l'hindouisme, est un chrétien et musulman fidèle. Pi et Richard Parker, un tigre qui vivait dans le zoo du père de Pi, se trouvent perdus sur un petit bateau au milieu de l'immense océan Pacifique à la suite d'un naufrage. Le roman noue ensemble les multiples péripéties d'un récit de voyage et de survivance en présence d'un tigre qui terrorise Pi tout en lui tenant compagnie.
Dans le roman de Martel, le rapport à l'ambivalence est renversé à 180 degrés. Les liaisons dangereuses, la folie, le trou de mémoire, l'oubli de l'histoire, l'oppression de la religion et le tiraillement entre des imaginaires en conflit qui ont dominé dans la littérature québécoise sont remplacés par le retour d'une religiosité surgissant au coeur même de la pluralité et par un récit de survivance qui s'achève par le départ silencieux du tigre. Emblème puissant, au nom on ne peut plus anglais, d'une menace terrifiante qui, en fin de compte, disparaît de son propre gré, le tigre évoque, me semble-t-il, la remise en question de l'idéologie de la survivance et de la peur de disparaître qui ont tant marqué l'imaginaire québécois.
Où se trouve au juste la part francophone de l'identité canadienne multiculturelle de Pi ? En fait, le lecteur ne tarde pas à découvrir, dès le début du roman, que Pi doit son nom à son oncle franco-indien, un champion de natation, qui l'avait baptisé d'après la «piscine Molitor», une célèbre piscine olympique en France, «joyau aquatique du monde civilisé où dieux et divinités auraient aimé se baigner». Voilà que l'héritage français vient s'insérer de la manière la plus étonnante au coeur de l'identité indo-canadienne de Pi.
Cet hommage à une ambivalence surgissant de la décomposition des territoires religieux, ethniques et identitaires est mis en avant par une nouvelle génération de penseurs et d'artistes québécois à travers une relecture radicale de l'histoire du Québec. Le Québec passe d'une société marquée par l'absence ou la négation identitaire à une société de multiples présences. C'est sans doute dans ce Québec que les jeunes vivent et celui qu'ils défendent parfois avec un idéalisme naïf, mais pas plus qu'il l'était pour la génération de la Révolution tranquille, ni moins sincère ou moins visionnaire d'ailleurs.
dimanche, août 27, 2006
Mes romans du XXe siècle: #4 L'Étranger d'Albert Camus
Il s'agit d'un roman au registre très différent de mes trois précédents billets de cette série (soient Isaac Asimov , Victor-Lévy Beaulieu et Italo Calvino )
#4 La simplicité d'Albert Camus (et de George W. Bush...)
Je viens tout juste de terminer ma relecture de L'Étranger pour les fins de mon blogue après 20 ans de décalage avec ma première lecture.
Je ne me souvenais pas à quel point Camus s'est servi d'une écriture d'une grande simplicité, relativement agréable à lire pour ce texte qui ne fait pas 120 pages. On suit avec des mots de tous les jours la vie dramatique d'un français à Alger à la fin des années 30. On est toutefois rapidement inconfortable devant le rapport à la vie et à son entourage du personnage principal Meursault. À première vue, un court roman simple et bizarre.
Modeste employé de bureau à Alger, le narrateur, Meursault, décrit sa perception du réel et des événements. Tout d'abord indifférent à la mort de sa mère, il raconte les journées successives de travail et de plages avec des connaissances (Marie, son amie, et deux de ses voisins Salamano et Raymond Sintès). Ce dernier a plusieurs altercations avec des Arabes. Mersault rencontre l'un d'eux sur la plage et le tue. Désormais en prison, il ne manifeste aucun sentiment ni regret. Condamné à la peine capitale, il se révolte contre l'arbitraire judiciaire et souhaite "qu'il y ait beaucoup de spectateurs le jour de son exécution et qu'ils m'accueillent avec des cris de haine".
Alors pourquoi ce roman écrit il y a plus de 60 ans, a-t-il toujours autant de retentissement dans le monde d'aujourd'hui?
Même le président américain George W. Bush, peu connu pour son goût pour les intellectuels, français de surcroît, a profité de ses vacances de l'été 2006 dans son ranch de Crawford (Texas) pour lire, en anglais, le roman d'Albert Camus "L'Étranger". Cette nouvelle a laissé toute la presse américaine pantoise...
Comment George Bush peut-il en effet se retrouver dans les mots qu'écrivait Camus en 1955, dans la préface de l'édition américaine de cette oeuvre majeure sur l'absurde: Le narrateur "Meursault, contrairement aux apparences, ne veut pas simplifier la vie. Il dit ce qu'il est, il refuse de masquer ses sentiments et aussitôt la société se sent menacée (...) Loin d'être privé de toute sensibilité, une passion profonde, parce que tenace, l'anime, la passion de l'absolu et de la vérité (...) On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant dans l'Étranger l'histoire d'un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité".
Albert Camus (1957)Dans cette préface à l'édition américaine, Camus reprend le thème du Mythe de Sisyphe sur lequel j'ai déjà écrit qui me semble, en effet, loin de l'idéologie de la droite américaine!
Contre toute attente et dès la fin de la 2e guerre mondiale, le roman enflamme les jeunes lecteurs et vaut à Camus d'accéder à une notoriété qui ne cessera de croître. À ceux qui sont choqués de l'indifférence du personnage Meursault (meurtre-soleil), l'auteur explique que "le héros du livre est condamné parce qu'il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société".
Dans une entrevue au début des années 50 où on lui demande quel est le futur de la littérature française, Jean-Paul Sartre répond que le prochain grand auteur à venir est Camus. Il ne se trompait pas:
- Le prix Nobel de la littérature lui est décerné le 17 octobre 1957 "pour l'ensemble d'une oeuvre qui met en lumières les problèmes qui se posent de nos jours à la conscience des hommes";
- En 2005, on avait vendu plus de 7 millions d'exemplaires de L'Étranger en français seulement;
- L'Étranger est traduit dans plus de 40 langues;
- Au cours de l'été 2006, L'Étranger s'est retrouvé sur la liste des "best sellers" aux États-Unis (merci M. Bush!).
En fait en relisant L'Étranger, j'ai un peu mieux compris le sentiment de celui qui ne suit pas la voie royale de la vie. Dans le monde d'aujourd'hui, cela est de plus en plus courant...
samedi, août 12, 2006
Mes romans du XXe siècle: #3 Italo Calvino
Ca fait un petit bout depuis mes deux premiers billets sur ce thème (sur Isaac Asimov et Victor-Lévy Beaulieu) mais mon blogue m'a interpellé vers d'autres cieux entre temps!
#3 L'Italo Calvino de ma co-locataire...
Dans une période trouble de ma vie, il y a très longtemps; j'ai eu une co-locataire bizarre mais attachante qui avait trois passions dans la vie: le pianiste Érik Satie ainsi que les écrivains Paul Léautaud et Italo Calvino (surtout son roman "Si par une nuit d’hiver un voyageur") . Ma co-locataire sortait rarement de l'app., entourées des oeuvres de ses trois artistes favoris. Elle avait un piano dans notre salon et ne jouait (presqu'uniquement) que du Satie.
Inévitablement, j'ai bien fini par côtoyer ses trois artistes (même si je n'ai pas encore lu Paul Léautaud). J'ai donc "visité" la première fois "Si par une nuit d’hiver un voyageur" d'Italo Calvino avec Satie en sourdine.
Les premières lignes du roman de Cavino m'ont tout de suite accrochées (et c'est bon signe!):
« Tu vas commencer le nouveau roman d'Italo Calvino, « Si par une nuit d’hiver un voyageur ». Détends-toi. Concentre-toi. Écarte de toi toute autre pensée. Laisse le monde qui t'entoure s'estomper dans le vague. La porte il vaut mieux la fermer; de l’autre côté la télévision est toujours allumée. »
Drôle d'entrée en matière n'est ce pas ? Le personnage principal de ce livre n’est autre que le lecteur.
« Ce n’est pas neuf ! » direz vous en repensant à cette série des livres dont vous êtes le héros! Mais ici le lecteur dont il s’agit n'est pas vous ou moi mais bien un lecteur fictif. Ça peut paraître déroutant au début, mais il suffit de quelques pages pour être pris dans ce roman diaboliquement bien écrit. Le lecteur fictif se plonge dans des lectures tout aussi imaginaires que lui et nous le suivons à travers celles-ci. Le problème est que chaque fois qu'il commence un livre, sa lecture doit s'interrompre pour diverses raisons dès que l'histoire est suffisamment développée pour titiller sa curiosité.
Dévoré par l'envie de lire la suite, il part a la recherche d’un autre exemplaire de l'œuvre en question mais chaque fois il tombe sur un livre différent dans lequel il se plonge avant d'être à nouveau interrompu. Au fil de l’histoire, le Lecteur va rencontrer une Lectrice qui a le même problème que lui. Ensemble, il vont partir à la recherche de ces romans qui leur échappent. Leur quête nous fera découvrir le monde du livre sous toutes ses coutures et aussi l'existence d'un mystérieux complot de falsification littéraire.
Succession de débuts d’histoire et évolution de la relation entre le Lecteur et la Lectrice. Frustrant de ne pas connaître la suite de tous ces débuts ? Oui et non car Calvino nous en donne les clés de compréhension. Vraiment prodigieux : ces débuts d’histoire sont comme des miroirs et Calvino s’en explique : « C’est mon image que je veux multiplier. Non point par narcissisme ou par mégalomanie, comme on pourrait trop facilement croire : au contraire, pour cacher, au milieu de tous ces doubles illusoires de moi-même, le vrai moi qui les fait se mouvoir. »
Le voyage que nous entreprenons commence donc lorsque le Lecteur achète le dernier roman d'Italo Calvino. Le Lecteur va donc se lancer dans la quête du texte original, oscillant entre réel et irréel, allant de pays en pays et de livre en livre. Il explorera le royaume du rêve et de la littérature. Mais il ne sera pas seul dans ce voyage, la Lectrice l'aidera et, ensemble, ils ne se limiteront pas à lire la fin de ce roman, ils l'écriront. Si par une nuit d'hiver un voyageur est un véritable chef-d'oeuvre, une invitation à l'aventure pour l'esprit et un des rares livres qui nous donne encore la possibilité de vivre avec passion notre récit.
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samedi, août 05, 2006
Eurêka! On a retrouvé Archimède hier!
On pense qu’Archimède, qui a vécu de 287 à 212 av. J.-C., a d’abord couché ses théorèmes mathématiques sur des rouleaux de papyrus. Pour éviter la perte de ce savoir, ces théorèmes ont probablement été copiés et recopiés sur papyrus jusqu’au IVe siècle après J.-C. environ –– lorsque le parchemin et le « livre » furent adoptés. Dès lors, ils ont vraisemblablement été copiés et recopiés sur parchemin. Le palimpseste d’Archimède contient les plus anciennes copies connues de ces théorèmes. Il intègre l’unique copie du Traité de la méthode et la seule copie originale en grec du Traité des corps flottants.
Ce manuscrit sur lequel les théorèmes ont été copiés au Xe siècle n’a pas survécu intact au millénaire qui a suivi; en effet, il a été gratté au XIIe siècle pour que le parchemin puisse être réutilisé. À cette époque, les pages du livre furent coupées et tournées, des prières furent inscrites sur le texte gratté et le livre fut relié dans un format plus petit. L’eucologe (ou livre de prières) ainsi obtenu constituait un volume important, et plus jamais on ne gratta ni n’écrivit sur ce parchemin.
Pendant les 600 ans suivants, le livre de prières fut probablement conservé au monastère de Mar Saba, en Terre Sainte (entre Bethléhem et la mer Morte, à l’emplacement actuel d’Israël), où l’utilisaient constamment les moines. Il fut retiré de ce monastère au milieu du XIXe siècle et aboutit éventuellement à Constantinople (Istanbul). En 1906, le philologue danois Johan Ludwig Heiberg découvrit qu’il contenait les théorèmes d’Archimède et les transcrivit en utilisant une loupe (même si une partie du texte était dissimulée par la reliure). De 1930 à 1998, le livre de prières est demeuré dans une collection privée à Paris, jusqu’à ce qu’un acheteur anonyme s’en porte acquéreur pour deux millions de dollars.
Le nouvel acquéreur a accepté que le manuscrit soit restauré et que les spécialistes d’Archimède puissent y avoir accès pour en effectuer la transcription. Toutefois, il a d’abord fallu le défaire, tâche confiée ainsi que le traitement de restauration, au Walters Art Museum de Baltimore (Maryland).
Une équipe de scientifiques a donc été constituée pour dégager le texte d’Archimède, lequel était à peine visible. Pour ce faire, l’équipe a fait appel à l’imagerie UV, à la microscopie confocale et à plusieurs techniques ayant servi à obtenir des images satellites de la Terre.
L'expérience s'est déroulée à l'Université de Stanford, qui met à disposition son synchrotron, un accélérateur de particules qui fait office de "super-microscope". La technique utilisée est celle de la fluorescence d'ultraviolets qui fait ressortir les textes originaux en faisant "briller" le fer contenu dans l'encre du Xe s. (lire "Quand la technologie donne des couleurs aux statues grecques").
Pas simple comme procédé puisque le texte est dans un très mauvais état. En effet, au cours de sa vie, le palimpseste a survécu à un incendie (attesté par ses bords carbonisés), a été la proie d’un grave problème de moisissure et a été défait et relié à nouveau au moyen d’un adhésif moderne.
Chaque page prend 12 heures à scanner, à l'aide de l'accélérateur de particules de l'université. Les scientifiques espèrent récupérer une quinzaine de pages en tout.
C'est vendredi le 4 août (soit hier!) qu'a été présenté en temps réel la première page d'un texte caché d'Archimède; soit dans la nuit à 23h GMT (cad hier, vendredi à 18h00, heure de Montréal). On a donc pu assiter à la retransmission en direct sur le web de cette mise au jour du texte d'Archimède.
Le texte nouvellement révélé a déjà fourni aux spécialistes d’Archimède des renseignements nouveaux sur ce grand mathématicien et physicien. Par exemple, une page contenant une partie du Traité de la méthode qui porte sur les théorèmes mécaniques indique qu’Archimède connaissait et utilisait le calcul intégral 2000 ans avant qu’on attribue cette découverte à Newton. Qui sait quelles autres découvertes nous réserve ce texte?
Le Louvre, fiston et Napoléon
J'aime cette idée du savoir encyclopédique; un lieu, un musée où l'on pourrait toucher à toute l'histoire de l'art...ou presque. De toute façon, en culture, je suis attiré par le grand, la saga, l'ambition, la fresque.
Lors de ma dernière visite de Paris d'il y a un mois, j'ai été le guide pour la première visite de fiston au Louvre. Quoi lui montrer? Comment aborder en fait l'histoire de l'art occidental que l'on retrouve à travers ce musée?
Le Louvre est immense: 15 kms de galeries à visiter. En bon pédagogue (!), j'avais prévu une visite de 4 heures maximum. Il ne faut pas abuser des bonnes dispositions d'un ado de 16 ans...
J'ai donc opté pour une visite déambulatoire avec des arrêts un peu plus prolongés dans mes salles favorites du Louvre: la salle des antiquités grecques (bien sûr!), la salle des l'Égypte pharaonique (bien sûr), la salle des grands formats français et les 2 magnifiques cours intérieures de sculptures françaises. On a dû marché pas loin de 10 kms (sur les 15!) ce qui veut dire qu'on a pas réussi à traverser toutes les salles...Mais l'impression (je crois) est resté.
Mon grand choc (j'oserai dire "notre grand choc") cette fois-ci fût le "Sacre de Napoléon" de Jacques-Louis David (1748-1825)que l'on retrouve à l'intérieur de la magnifique salle rouge des grands formats français du Louvre.
Composition ambitieuse représentant le couronnement de Napoléon du 2 décembre 1804 dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, cette toile a nécessité trois années d'un travail minutieux. Il s'agit d'une des plus grandes peintures au monde (la 2e plus grande du Louvre)--10 mètres de large par 6 m de haut. C'est aussi la 2e oeuvre la plus visitée du musée après la Joconde.
Ma photo sur ce blogue est évidemment navrante...on ne peut pas imaginer par ce petit carré, l'effet que cette oeuvre peu produire sur un visiteur. La plupart des gens que j'ai vu était silencieux devant "Le Sacre", le cou tendu vers le haut et la bouche ouverte....

Avant de voir le titre du tableau, Fiston n'a pas reconnu Napoléon...Je peux bien comprendre qu'il ne reconnaisse pas le Pape assis à côté de l'Empereur (soit Pie VII)...mais ne pas reconnaître Napoléon!! Comme quoi la tâche d'un père n'est jamais terminé...
jeudi, août 03, 2006
Mon ipod
Pour profiter de tout cela, j'ai bien sûr acheté un ipod. En fait, mon ami Paul m'a vendu le sien. J'y ai intégré mes morceaux favoris.
Erreur de débutant!
C'est naïf de croire que l'harmonie familiale pourrait se maintenir avec un seul Ipod pour deux. Rapidement, j'ai perdu le contrôle de mon Ipod au profit de fiston qui y a intégré ses propres tounes.
De temps en temps, j'empruntais (!) mon propre Ipod, et là, j'étais pris à écouter les tounes de fiston. Grosses différences mais même famille faut croire!
De mon côté, ma sélection numérique "ipod" se concentre (sans surprise pour mes lecteurs assidus) sur le gros House et un peu de Mozart.
Fiston, lui sélectionne du gros Rock et un peu de Beethoven. Beethoven...on a plus les fistons qu'on avaient...
Metallica pis la 5e symphonie, c'est l'fun mais quand tu as le goût d'entendre la voix de Jocelyne Brown...c'est un peu frustrant!
Je viens de lui acheter son propre Ipod. Le bonheur est maintenant revenu dans la chaumière!
mardi, août 01, 2006
Alain Juppé et le Plateau Mont-Royal...
" Je voudrais profiter des semaines qui viennent pour m'imprégner plus encore de l'atmosphère de Montréal.
Pour cela, rien de mieux que la marche à pied. Je marche sur Laurier, Saint-Denis, Mont-Royal, Saint-Laurent, Saint-Viateur...Il fait lourd.
Au premier rayon de soleil, les Montréalais arborent leur bermuda, les Montréalaises leur short, souvent mini. Les terrasses de café sont bondées. Je "magasine" tranquillement. J'achète une demi-douzaine des fameux "bagel" de la rue Saint-Viateur, qu'on mange avec du fromage blanc et du saumon fumé. Je fais une halte sous les tentes du "Festival de la poésie francophone" qui se tient sur le plateau Mont-Royal.
Juin et juillet sont, à Montréal, deux mois chargés en festivals de rue (feux d'artifice, jazz, FrancoFolies...). En dégustant mon souvlaki/tomates/fêta à la terrasse d'un bistro grec, je feuillette "liberté", le livret de poésie que je viens d'acheter. Dominique Noguez y a écrit:
Si Paris était comme Montréal (et réciproquement).
Je le cite:
"Si Paris était comme Montréal, on ferait moins la queue quand on veut un taxi.
Si Paris était comme Montréal, le XVI° arrondissement parlerait anglais.
Si Montréal était comme Paris, on pourrait se balader à poil dans la rue en janvier.
Si Montréal était comme Paris, on dirait "faire du shopping", "aller au parking", "mail" ou "mel", mais aussi "tomber amoureux", "comme des petits pains", "faire un geste" ou "remorquage".
Si Paris était comme Montréal, on dirait "magasiner", "se parquer", "courriel" mais aussi "tomber en amour" (to fall in love), "comme des petits pains chauds", "poser un geste" ou "touing".
Si Montréal était comme Paris, on visiterait les égouts en barque.
Si Paris était comme Montréal, les gens seraint plus cools.
Si Montréal était comme Paris, le café serait meilleur.
Si Paris était comme Montréal, la viande serait plus tendre.
Si Paris était comme Montréal, il y aurait trois grands festivals de cinéma par an".
Bien vu! (Encore qu'on trouve d'excellents expressos à Montréal).
Alain Juppé"
