La vie est une grande boucle disait Malraux je crois.
J'ai toujours fait de drôles de rencontres. Par exemple, à l'Université, je m'étais intégré au sein d'un bizarre de groupe. 7 gars qui se rassemblaient en soirée pour écouter essentiellement ce qui n'avait déjà plus court au milieu des années 80: la musique française des années 50 et 60. Alors brassés entre les vagues disco et nationaliste; nous écoutions Reggiani!!
À cause de l'influence du leader du groupe, chaque membre du groupe (tous des gars québécois) avait adopté un chansonnier français et le défendait comme un étendard.
Pascal, le meneur du groupe, s'était approprié Jacques Brel (évidemment) . Mais il y avait aussi Jack (Boris Vian), Marc-André (George Brassens) , JF (Charles Aznavour), Charles (Léo Ferré), et Daniel (Serge Reggiani). Aucune fille dans le groupe, les filles ne s'intéressaient pas à la musique française. Personne pour défendre Piaf ou Barbara!
Le CEGEP m'ayant retenu un peu trop longtemps dans la léthargie, je commençais l'université une session en retard. Les chansonniers les plus connus étaient déjà pris. De toute façon, je n'y connaissais à peu près rien; je ne voulais que rentrer dans un groupe. Je croyais que Madeleine (de Jacques Brel) avait été écrite par Joël Denis!! L'enfance vide de la banlieue montréalaise me rattrapait.
Et comme Pascal avait une vague sympathie pour Ferrat, j'en héritais...
Jean Ferrat, pas Jean Ferrat! Ma mère écoutait sans fin "La Montagne" sur notre vieux pick-up et on l'entendait à CKAC le matin! (Mon dieu! que Ferrat est kétaine). Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour être aimé.
Je me mis à l'écoute des "7" en apprenant en plus, par coeur, les tounes les moins connues de Ferrat. À la longue, en ouvrant mon esprit, je ne dirais pas que ce fût une révélation mais pas loin...même si quelques chansons de Ferrat sont bien sirupeuses...
Jean Ferrat est étonnant sous le vernis du texte populaire, son inspiration s'oriente vers deux directions: l'engagement social et la poésie. Comme il le dit, il ne chante pas pour passer le temps. Toujours, il cherchera à donner à ses chansons une signification militante derrière le texte populaire
Moi, ma chanson favorite est "Au Printemps de quoi rêvais-tu ?" (1968); inspirée des événements de Mai 68 à Paris où il met en musique le poète Louis Aragon d'une façon magistrale:
Au printemps de quoi rêvais-tu ?
Vieux monde clos comme une orange
Faites que quelque chose change
Et l'on croisait des inconnus
Riant aux anges, au printemps de quoi rêvais-tu ?
------------------------------------------------------------------------
La vie continue, les années passent et je me suis bien-sûr gorgées de d'autres musiques aussi inspirantes les unes que les autres: le jazz, le blues, la musique classique, le rock et le pop et dernièrement le House. J'oubliais Ferrat dans le fond d'un rack à CD.
Et c'est récemment que revient la boucle de Malraux. Je me suis mis au I-tunes et I-pod. J'ai donc numérisé l'ensemble de mes CD. Et quelques part dans ma pile, il y avait mon Ferrat. Je le mis machinalement dans mon ordi et c'est depuis ce temps-là que je réécoute "Au Printemps de quoi rêvais-tu ?", "Je vous aime", "Camarade" et "Maria".
Mais pas par nostalgie. je l'ai déjà écrit, la nostalgie ce n'est pas ma tasse de thé. Je le réécoute parce que les chansons de Ferrat ont une âme et qu'elles transcendent le réel. C'est beau quoi.
Alors, je ne sais pas ce qu'est devenu mon ami Pascal. Mais aujourd'hui, je le salue bien bas pour avoir mis sur ma route les 7 immortels (et surtout Jean Ferrat).
mercredi, mai 17, 2006
vendredi, mai 12, 2006
Aristote, Victor Hugo et les prostituées
En français, le mot péripatéticienne est synonyme de prostituées de rues.
Le mot "péripatéticienne" provient d'Aristote. Durant l'antiquité, les péripatéticiens étaient l'autre nom des membres de l'école d'Aristote (les aristotéliciens). En grec, le mot péripatétikos signifie "qui aime se promener en discutant". Aristote aimait donner ses leçons en marchant. D'où l'application plaisante du mot aux prostituées qui font les cents pas sur le trottoir.
Victor Hugo, à plusieurs époques de sa vie, notait tout sur ses Carnets, et en particulier ses rencontres sexuelles fort nombreuses (et jusqu'à un âge avancé). Pour déjouer les soupçons de Juliette Drouet (sa secrétaire et...amante officielle fort justement jalouse), il utilisait un langage codé. Le nom d'Aristote revient de façon récurrente dans les Carnets d'Hugo. Plusieurs grands spécialistes de la littérature française se sont penchés sur cette anomalie. Il apparaît aujourd'hui vraisemblable que chaque mention du mot Aristote dans les écrits du romancier français était une référence mémorable à une rencontre avec une péripatéticienne, c'est-à-dire une prostituée.
Juliette Drouet, follement amoureuse de Victor Hugo (elle lui écrivit 20 000 lettres d'amour), fût une secrétaire littéraire méticuleuse et appliquée qui ne comprit jamais ses codes secrets...
Le mot "péripatéticienne" provient d'Aristote. Durant l'antiquité, les péripatéticiens étaient l'autre nom des membres de l'école d'Aristote (les aristotéliciens). En grec, le mot péripatétikos signifie "qui aime se promener en discutant". Aristote aimait donner ses leçons en marchant. D'où l'application plaisante du mot aux prostituées qui font les cents pas sur le trottoir.
Victor Hugo, à plusieurs époques de sa vie, notait tout sur ses Carnets, et en particulier ses rencontres sexuelles fort nombreuses (et jusqu'à un âge avancé). Pour déjouer les soupçons de Juliette Drouet (sa secrétaire et...amante officielle fort justement jalouse), il utilisait un langage codé. Le nom d'Aristote revient de façon récurrente dans les Carnets d'Hugo. Plusieurs grands spécialistes de la littérature française se sont penchés sur cette anomalie. Il apparaît aujourd'hui vraisemblable que chaque mention du mot Aristote dans les écrits du romancier français était une référence mémorable à une rencontre avec une péripatéticienne, c'est-à-dire une prostituée.
Juliette Drouet, follement amoureuse de Victor Hugo (elle lui écrivit 20 000 lettres d'amour), fût une secrétaire littéraire méticuleuse et appliquée qui ne comprit jamais ses codes secrets...
dimanche, mai 07, 2006
Mes romans du XXe siècle: #2 Victor-Lévy Beaulieu
Voici mon 2e billet de ma série de 25 textes relatant ma relation avec 25 romans du XXe siècle; cette fois-ci avec un auteur québécois:
#2 La passion selon Victor-Lévy Beaulieu
J'ai rencontré Victor-Lévy Beaulieu avec la lecture de son essai « Entre la sainteté et le terrorisme » publié chez VLB Éditeur en 1984. Au fil des 492 pages de ce livre-essai, Victor-Lévy Beaulieu abordait sa grande quête littéraire où la démesure transpirait à grandes gouttes.
Sa prose et cette passion littéraire m'ont aspirées à l'époque vers l'univers de VLB. Je commençais une maîtrise en économétrie après mon Bacc. à l'UQAM mais tout cela ne m'inspirait guère. Je sortais d'une relation difficile...le contexte était bon et je cherchais un exutoire. Ce fût VLB. Quand j'écris aspiré, c'est bien aspiré. Après avoir lu « Entre la sainteté et le terrorisme » , j'ai abandonné ma scolarité et j'ai lu tous ces romans, essais, écrits en séquence, sans arrêt, presque jours et nuits, de la première oeuvre publiée (Mémoire d'Outre-tonneau) à la plus récente. Pendant trois mois, je n'ai rien fait d'autres que de me baigner dans l'univers de Victor-Lévy Beaulieu.
Et VLB en a écrit des livres. En 1985, il y en avait déjà une trentaine et maintenant plus de 60. Autant de livres que d'années vécues, souligne-t-il dans une entrevue récente, comme pour atténuer l'espèce de vertige que l'on peut éprouver devant une œuvre aussi imposante et singulière.
Aujourd'hui on parle d'une bonne trentaine de romans, une douzaine d'essais et autant de pièces de théâtre ; des adaptations pour la télévision comme Race de monde et L'Héritage, et des téléromans comme Montréal P.Q. et Bouscotte. En 40 ans, Victor-Lévy Beaulieu a construit une œuvre imposante, qui touche à tous les genres et qui est, tant par son imaginaire que par sa langue, l'une des plus importantes de notre littérature. Une œuvre profondément liée à l'évolution culturelle du Québec des dernières décennies.
Cette exploration passe d'abord et avant tout par le langage. Écrire pour lui, c'est aller plus loin que le langage courant, c'est construire. « Dans l'écriture, il y a la vision des choses, le regard, la critique. » Puis, citant Jean-Paul Sartre, il parle de l'écriture comme du matériau total. Dans une œuvre, tout est déterminé par l'écriture, par le langage. Ce n'est pas tant pour l'histoire qu'elle racontait, que pour le défi que représentait sa construction empruntée à celle de l'opéra et ses dialogues inspirés de l'alexandrin, que Montréal P.Q. demeure aujourd'hui encore, de toutes ses œuvres télévisuelles, la préférée de son auteur.
Mais mon plus grand plaisir de lecteur demeure ses essais littéraires. J'ai lu Hugo, Tolstoï, Kerouac, Melville et Ferron après avoir lu les essais de VLB sur ces auteurs. Les essais de VLB sont réellement originaux et reflète l'inassouvissable curiosité de l'écrivain, de son étonnante mémoire, de son ouverture et de son originalité. Lorsqu'il entreprend de visiter une œuvre, il lit tout, absolument tout, et plusieurs fois. Il ne prend aucune note ; l'écriture se fera de mémoire. Cette démarche s'inscrit en réaction à ces critiques qui opèrent « à partir de grilles d'analyse et qui écrivent comme s'ils n'avaient jamais eu de rapports véritables avec les auteurs dont ils parlent, comme s'ils faisaient de la vivisection ». Et la forme peut tout aussi bien mêler le récit autobiographique, la biographie, le journal intime, l'essai et la fiction. Réinvention du genre littéraire, selon Gaston Miron. Invention de la critique, selon Louis Hamelin. Pour les deux, les trois tomes de Monsieur Melville sont à ce titre exemplaires et tiennent du chef-d'œuvre. Je partage totalement leurs opinions!
Ma rencontre avec VLB a été une passion pour la passion. C'est un être de démesure malheureusement très peu lu (en moyenne 3 à 5 000 copies vendues par oeuvres - si on exclut les cycles de téléromans). J'ai fait bien sûr d'autres rencontres avec des auteurs québécois après VLB (Ferron, Poulin, Lalonde, Gabrielle Roy, Michel Tremblay, Francine Noël, Réjean Ducharme, etc) mais c'est le seul auteur québécois qui s'est imposé sans hésitation pour mon TOP 25.
Je lis beaucoup moins VLB maintenant, son retour à Trois Pistoles et son discours régionaliste m'interpellant peu. J'ai perdu la passion pour VLB. Elle est allée vers d'autres auteurs et j'ai bien peur que mon billet en souffre...Mais ses essais littéraires sont, selon moi, des oeuvres majeures qui mériteraient d'être inscrites dans n'importe quel TOP 25 de lecteurs occidentaux.
#2 La passion selon Victor-Lévy Beaulieu
J'ai rencontré Victor-Lévy Beaulieu avec la lecture de son essai « Entre la sainteté et le terrorisme » publié chez VLB Éditeur en 1984. Au fil des 492 pages de ce livre-essai, Victor-Lévy Beaulieu abordait sa grande quête littéraire où la démesure transpirait à grandes gouttes.
Sa prose et cette passion littéraire m'ont aspirées à l'époque vers l'univers de VLB. Je commençais une maîtrise en économétrie après mon Bacc. à l'UQAM mais tout cela ne m'inspirait guère. Je sortais d'une relation difficile...le contexte était bon et je cherchais un exutoire. Ce fût VLB. Quand j'écris aspiré, c'est bien aspiré. Après avoir lu « Entre la sainteté et le terrorisme » , j'ai abandonné ma scolarité et j'ai lu tous ces romans, essais, écrits en séquence, sans arrêt, presque jours et nuits, de la première oeuvre publiée (Mémoire d'Outre-tonneau) à la plus récente. Pendant trois mois, je n'ai rien fait d'autres que de me baigner dans l'univers de Victor-Lévy Beaulieu.
Et VLB en a écrit des livres. En 1985, il y en avait déjà une trentaine et maintenant plus de 60. Autant de livres que d'années vécues, souligne-t-il dans une entrevue récente, comme pour atténuer l'espèce de vertige que l'on peut éprouver devant une œuvre aussi imposante et singulière.
Aujourd'hui on parle d'une bonne trentaine de romans, une douzaine d'essais et autant de pièces de théâtre ; des adaptations pour la télévision comme Race de monde et L'Héritage, et des téléromans comme Montréal P.Q. et Bouscotte. En 40 ans, Victor-Lévy Beaulieu a construit une œuvre imposante, qui touche à tous les genres et qui est, tant par son imaginaire que par sa langue, l'une des plus importantes de notre littérature. Une œuvre profondément liée à l'évolution culturelle du Québec des dernières décennies.
Cette exploration passe d'abord et avant tout par le langage. Écrire pour lui, c'est aller plus loin que le langage courant, c'est construire. « Dans l'écriture, il y a la vision des choses, le regard, la critique. » Puis, citant Jean-Paul Sartre, il parle de l'écriture comme du matériau total. Dans une œuvre, tout est déterminé par l'écriture, par le langage. Ce n'est pas tant pour l'histoire qu'elle racontait, que pour le défi que représentait sa construction empruntée à celle de l'opéra et ses dialogues inspirés de l'alexandrin, que Montréal P.Q. demeure aujourd'hui encore, de toutes ses œuvres télévisuelles, la préférée de son auteur.
Mais mon plus grand plaisir de lecteur demeure ses essais littéraires. J'ai lu Hugo, Tolstoï, Kerouac, Melville et Ferron après avoir lu les essais de VLB sur ces auteurs. Les essais de VLB sont réellement originaux et reflète l'inassouvissable curiosité de l'écrivain, de son étonnante mémoire, de son ouverture et de son originalité. Lorsqu'il entreprend de visiter une œuvre, il lit tout, absolument tout, et plusieurs fois. Il ne prend aucune note ; l'écriture se fera de mémoire. Cette démarche s'inscrit en réaction à ces critiques qui opèrent « à partir de grilles d'analyse et qui écrivent comme s'ils n'avaient jamais eu de rapports véritables avec les auteurs dont ils parlent, comme s'ils faisaient de la vivisection ». Et la forme peut tout aussi bien mêler le récit autobiographique, la biographie, le journal intime, l'essai et la fiction. Réinvention du genre littéraire, selon Gaston Miron. Invention de la critique, selon Louis Hamelin. Pour les deux, les trois tomes de Monsieur Melville sont à ce titre exemplaires et tiennent du chef-d'œuvre. Je partage totalement leurs opinions!
Ma rencontre avec VLB a été une passion pour la passion. C'est un être de démesure malheureusement très peu lu (en moyenne 3 à 5 000 copies vendues par oeuvres - si on exclut les cycles de téléromans). J'ai fait bien sûr d'autres rencontres avec des auteurs québécois après VLB (Ferron, Poulin, Lalonde, Gabrielle Roy, Michel Tremblay, Francine Noël, Réjean Ducharme, etc) mais c'est le seul auteur québécois qui s'est imposé sans hésitation pour mon TOP 25.
Je lis beaucoup moins VLB maintenant, son retour à Trois Pistoles et son discours régionaliste m'interpellant peu. J'ai perdu la passion pour VLB. Elle est allée vers d'autres auteurs et j'ai bien peur que mon billet en souffre...Mais ses essais littéraires sont, selon moi, des oeuvres majeures qui mériteraient d'être inscrites dans n'importe quel TOP 25 de lecteurs occidentaux.
dimanche, avril 02, 2006
Mes romans du XXe siècle: #1 Isaac Asimov
L'enthousiasme d'écrire un blogue me rend parfois téméraire. À la fin février, j'annonçais une série de 25 textes relatant ma relation avec 25 romans du XXe siècle...
Voilà le premier. Je reprends simplement ma liste par ordre alphabétique...on commence donc par...Asimov. Bonne lecture!
#1 Isaac Isamov et Roxboro
Dans une autre vie, il y a peut-être une décennie, je déambulais soir et matin dans un train de banlieue. C'était un vieux train d'avant les rénovations. Chaque départ de gare était comme une protestation, un gémissement. Puis le train se décidait et se ruait gros avec ses wagons enchaînés et torturés, scandant les cadences de ses roues obsédées. Ivre et sans cesse manquant de tomber, le train effaré et gauche frôlait ses paysages tristes des cours arrières de ses pauvres maisons de banlieue qui longeaient le rail de chemin de fer. J'imaginais Berlin-Est que je n'avais pas encore vu et je me disais que ça ne pouvait être pire. Surtout Roxboro, c'était d'une laideur infinie et j'espérai pour eux que toute leur beauté était vers l'avant... Toutefois je vous le dis, à force de jours, la laideur des arrières-cours de Roxboro déprime. J'avais donc mes trucs pour éviter cette cicatrice urbaine: à aller je lisais mon quotidien montréalais, au retour un roman.
Évidemment, vins un jour où je n'avais plus de roman à me mettre sur la dent. Zut! Cette journée-là avait été difficile et je ne me sentais pas la force d'affronter le regard hagard des banlieusards ou encore pire le paysage de tout ce que côtoie les rails...J'étais donc à la Gare Centrale de train de Montréal, mal pris! J'aime les gros livres, les sagas, les sommes, les briques...je pris donc le plus gros roman disponible à la Tabagie de la Gare Centrale: Le tome I du Grand Livre des Robots (Prélude à Trantor) d'Isaac Asimov. Le 1er de deux tomes de 1000 pages chacun... Je connaissais le nom d'Isaac Asimov, je savais que c'était de la science-fiction mais c'est à peu près tout...je n'avais pas le choix...c'était le début d'une rencontre avec tout un univers!

Donc, à l'intérieur de mon train préhistorique, je lisais le cycle des Robots, qui s'étale sur plusieurs millénaires. Isaac Asimov, en dehors d'une inventivité débordante, se caractérise par la simplicité de l'écriture. Pour lui, comme pour la plupart des auteurs anglo-saxons, les styles tourmentés ne font que rebuter le lecteur. Ça m'a changé des auteurs que je lis habituellement (voir ma liste!). C'est donc l'histoire, et elle seule, qui est mise en avant. Il base ses livres sur des dialogues entre protagonistes
De plus, dans le monde de la science-fiction, Asimov renouvelle complètement le genre en inventant des « robots positroniques » (c'est-à-dire positifs, heureux et électroniques!!)gouvernés par trois lois protégeant les êtres humains et, a priori, parfaites et inviolables.
Les trois lois sont :
-Première Loi : Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger.
-Deuxième Loi : Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi.
-Troisième Loi : Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n'entre pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi.
Le jeu d'Asimov consiste à imaginer des failles de ces lois (exemple : un robot peut-il, restant passif, laisser un humain fumer une cigarette ?) et des bizarreries de comportement de robots qui semblent les enfreindre, puis à faire découvrir au lecteur comment cela est possible à la manière d'une enquête policière
L'écriture d'Asimov est efficace. On oublie tout, on ne regarde pas par la fenêtre du train et on se pense réellement sur Trantor en 5028...
Lors du décès d'Isaac Asimov, en 1992, ces cendres furent distribuées au dessus de New-York...il ne pourra donc pas se retourner dans sa tombe en apprenant qu'un pauvre Montréalais associe son oeuvre à Roxboro, banlieue de Montréal...
Voilà le premier. Je reprends simplement ma liste par ordre alphabétique...on commence donc par...Asimov. Bonne lecture!
#1 Isaac Isamov et Roxboro
Dans une autre vie, il y a peut-être une décennie, je déambulais soir et matin dans un train de banlieue. C'était un vieux train d'avant les rénovations. Chaque départ de gare était comme une protestation, un gémissement. Puis le train se décidait et se ruait gros avec ses wagons enchaînés et torturés, scandant les cadences de ses roues obsédées. Ivre et sans cesse manquant de tomber, le train effaré et gauche frôlait ses paysages tristes des cours arrières de ses pauvres maisons de banlieue qui longeaient le rail de chemin de fer. J'imaginais Berlin-Est que je n'avais pas encore vu et je me disais que ça ne pouvait être pire. Surtout Roxboro, c'était d'une laideur infinie et j'espérai pour eux que toute leur beauté était vers l'avant... Toutefois je vous le dis, à force de jours, la laideur des arrières-cours de Roxboro déprime. J'avais donc mes trucs pour éviter cette cicatrice urbaine: à aller je lisais mon quotidien montréalais, au retour un roman.
Évidemment, vins un jour où je n'avais plus de roman à me mettre sur la dent. Zut! Cette journée-là avait été difficile et je ne me sentais pas la force d'affronter le regard hagard des banlieusards ou encore pire le paysage de tout ce que côtoie les rails...J'étais donc à la Gare Centrale de train de Montréal, mal pris! J'aime les gros livres, les sagas, les sommes, les briques...je pris donc le plus gros roman disponible à la Tabagie de la Gare Centrale: Le tome I du Grand Livre des Robots (Prélude à Trantor) d'Isaac Asimov. Le 1er de deux tomes de 1000 pages chacun... Je connaissais le nom d'Isaac Asimov, je savais que c'était de la science-fiction mais c'est à peu près tout...je n'avais pas le choix...c'était le début d'une rencontre avec tout un univers!

Donc, à l'intérieur de mon train préhistorique, je lisais le cycle des Robots, qui s'étale sur plusieurs millénaires. Isaac Asimov, en dehors d'une inventivité débordante, se caractérise par la simplicité de l'écriture. Pour lui, comme pour la plupart des auteurs anglo-saxons, les styles tourmentés ne font que rebuter le lecteur. Ça m'a changé des auteurs que je lis habituellement (voir ma liste!). C'est donc l'histoire, et elle seule, qui est mise en avant. Il base ses livres sur des dialogues entre protagonistes
De plus, dans le monde de la science-fiction, Asimov renouvelle complètement le genre en inventant des « robots positroniques » (c'est-à-dire positifs, heureux et électroniques!!)gouvernés par trois lois protégeant les êtres humains et, a priori, parfaites et inviolables.
Les trois lois sont :
-Première Loi : Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger.
-Deuxième Loi : Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi.
-Troisième Loi : Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n'entre pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi.
Le jeu d'Asimov consiste à imaginer des failles de ces lois (exemple : un robot peut-il, restant passif, laisser un humain fumer une cigarette ?) et des bizarreries de comportement de robots qui semblent les enfreindre, puis à faire découvrir au lecteur comment cela est possible à la manière d'une enquête policière
L'écriture d'Asimov est efficace. On oublie tout, on ne regarde pas par la fenêtre du train et on se pense réellement sur Trantor en 5028...
Lors du décès d'Isaac Asimov, en 1992, ces cendres furent distribuées au dessus de New-York...il ne pourra donc pas se retourner dans sa tombe en apprenant qu'un pauvre Montréalais associe son oeuvre à Roxboro, banlieue de Montréal...
lundi, mars 20, 2006
Je déménage Homère...
Comme je le disais dans un billet précédent, je viens de quitter l'appartement qui m'abritait depuis plusieurs années...je change de quartier...Adieu Ahuntsic, à moi le Plateau.
Ma chambre à coucher était habitée par la figure centrale d'Homère. J'avais acheté un buste d'Homère en 2001 au Musée national archéologique d'Athènes. Nous étions un groupe de 20 personnes (tous des français sauf moi) en ''learning travel'' sur l'antiquité...l'autobus était immense et je plaçais le buste d'Homère sur le siège à côté de moi...c'était le ''running gag''...tout le monde saluait chaque matin, Homère le canadien...
Je suis devenu attaché à mon buste d'Homère comme souvenir de voyage mais aussi comme représentation de la culture occidentale; en plus L'Iliade (écrit 9 siècle av JC!), c'est tellement beau et fort! J'en ai pris le plus grand soin lors du déménagement!!
Pendant que je réfléchis à tout cela, j'apprends aujourd'hui dans les journaux montréalais que des archéologues chypriotes ont découvert récemment un cercueil en pierre vieux de 2 500 ans, ornés de fresques colorées illustrant des poèmes grecs antiques, dans l'ouest de Chypre.
Les fresques du cercueil dépeignent devinez quoi? : Ulysse dans des scènes de l'Iliade et l'Odyssée, deux poèmes épiques d'Homère extrêmement populaires dans le monde grecque. Cette nouvelle me touche; il en a vu du pays, ce chère Homère... et sur plus de 2500 ans...
Vous pouvez être sûr qu'il aura une place de choix, sur le Plateau Mont-Royal, à Montréal!
Ma chambre à coucher était habitée par la figure centrale d'Homère. J'avais acheté un buste d'Homère en 2001 au Musée national archéologique d'Athènes. Nous étions un groupe de 20 personnes (tous des français sauf moi) en ''learning travel'' sur l'antiquité...l'autobus était immense et je plaçais le buste d'Homère sur le siège à côté de moi...c'était le ''running gag''...tout le monde saluait chaque matin, Homère le canadien...
Je suis devenu attaché à mon buste d'Homère comme souvenir de voyage mais aussi comme représentation de la culture occidentale; en plus L'Iliade (écrit 9 siècle av JC!), c'est tellement beau et fort! J'en ai pris le plus grand soin lors du déménagement!!
Pendant que je réfléchis à tout cela, j'apprends aujourd'hui dans les journaux montréalais que des archéologues chypriotes ont découvert récemment un cercueil en pierre vieux de 2 500 ans, ornés de fresques colorées illustrant des poèmes grecs antiques, dans l'ouest de Chypre.
Les fresques du cercueil dépeignent devinez quoi? : Ulysse dans des scènes de l'Iliade et l'Odyssée, deux poèmes épiques d'Homère extrêmement populaires dans le monde grecque. Cette nouvelle me touche; il en a vu du pays, ce chère Homère... et sur plus de 2500 ans...
Vous pouvez être sûr qu'il aura une place de choix, sur le Plateau Mont-Royal, à Montréal!
dimanche, mars 19, 2006
Souvenir de mes ''Madames Paki''
Je viens de déménager du quartier montréalais d'Ahuntsic pour le Plateau Mont-Royal. Pas loin de 10 ans dans le nord de l'île de Montréal qui l'aurait cru..
Je suis d'accord avec Michel Rivard qui a écrit que la nostalgie est comme une femme aux yeux trop bleus...j'essaie donc d'éviter la ronde des souvenirs que ce soit les bons ou les naufrages. De toute façon, côtoyer l'antiquité m'a appris que les vestiges de naufrages prennent de la valeur avec le temps...j'attendrai bien encore une décennie ou deux avant d'aborder le sujet!
Pour ce blogue, je vous ferai plutôt part d'un souvenir anecdotique (mais affectueux) de mes nombreux passages à la buanderie St-Laurent (au coin du boul. St-Laurent et de Port-Royal à la limite sud du quartier Ahuntsic). Je n'ai pas eu de laveuse/sécheuse pendant près d'une décennie parce que appart. trop petit. J'ai donc longuement fréquenté cette buanderie.
J'y arrivais souvent tard le soir ou même après minuit. Je dors peu la nuit; j'aimais profiter de ces heures nocturnes pour faire un tour à la buanderie en lisant mon roman du jour. À ces heures tardives, on y rencontre surtout des femmes sans âge entourées de grands sacs blancs bourrés de linges sales. Il y avait toujours quelques haïtiennes mais surtout des femmes ''hindous''--à peu près toujours les mêmes--que j'identifiais dans ma tête comme mes ''Madames Paki''. Elles lavaient le linge pour d'autres avec des gestes mécaniques, sans dire un mot, dans le silence.
Au cours de ces nombreuses années, de ma centaine de visites nocturnes peut-être, elles ne m'ont jamais adressées la parole-- moi non plus d'ailleurs. Au début, je sentais une certaine surprise dans leurs regards: que fait cet homme (j'étais le seul homme) blanc (j'étais le seul blanc) en pleine nuit dans cette buanderie avec son petit sac ridicule alors que nous, nous sommes obligés d'y être.
Après quelques mois, j'étais fondu dans le décor et elles ne me regardaient à peine arriver. J'étais content de faire partie de la famille...Je plaçais mon linge, je m'installais toujours sur la même chaise (j'étais le seul à m'asseoir...ces femmes restent toujours debout!) et je prenais mon roman. Je lisais des romans style ''Germinal'' de Zola et je ne pouvais m'empêcher de penser à l'injustice de la destinée...Je quittais bien sûr bien avant elles.
Et maintenant que je suis sur le Plateau (avec laveuse/sécheuse!), je repense à mes Madames Paki qui laverons encore ce soir le linge des autres dans une buanderie quelconque du nord de Montréal ...
Je suis d'accord avec Michel Rivard qui a écrit que la nostalgie est comme une femme aux yeux trop bleus...j'essaie donc d'éviter la ronde des souvenirs que ce soit les bons ou les naufrages. De toute façon, côtoyer l'antiquité m'a appris que les vestiges de naufrages prennent de la valeur avec le temps...j'attendrai bien encore une décennie ou deux avant d'aborder le sujet!
Pour ce blogue, je vous ferai plutôt part d'un souvenir anecdotique (mais affectueux) de mes nombreux passages à la buanderie St-Laurent (au coin du boul. St-Laurent et de Port-Royal à la limite sud du quartier Ahuntsic). Je n'ai pas eu de laveuse/sécheuse pendant près d'une décennie parce que appart. trop petit. J'ai donc longuement fréquenté cette buanderie.
J'y arrivais souvent tard le soir ou même après minuit. Je dors peu la nuit; j'aimais profiter de ces heures nocturnes pour faire un tour à la buanderie en lisant mon roman du jour. À ces heures tardives, on y rencontre surtout des femmes sans âge entourées de grands sacs blancs bourrés de linges sales. Il y avait toujours quelques haïtiennes mais surtout des femmes ''hindous''--à peu près toujours les mêmes--que j'identifiais dans ma tête comme mes ''Madames Paki''. Elles lavaient le linge pour d'autres avec des gestes mécaniques, sans dire un mot, dans le silence.
Au cours de ces nombreuses années, de ma centaine de visites nocturnes peut-être, elles ne m'ont jamais adressées la parole-- moi non plus d'ailleurs. Au début, je sentais une certaine surprise dans leurs regards: que fait cet homme (j'étais le seul homme) blanc (j'étais le seul blanc) en pleine nuit dans cette buanderie avec son petit sac ridicule alors que nous, nous sommes obligés d'y être.
Après quelques mois, j'étais fondu dans le décor et elles ne me regardaient à peine arriver. J'étais content de faire partie de la famille...Je plaçais mon linge, je m'installais toujours sur la même chaise (j'étais le seul à m'asseoir...ces femmes restent toujours debout!) et je prenais mon roman. Je lisais des romans style ''Germinal'' de Zola et je ne pouvais m'empêcher de penser à l'injustice de la destinée...Je quittais bien sûr bien avant elles.
Et maintenant que je suis sur le Plateau (avec laveuse/sécheuse!), je repense à mes Madames Paki qui laverons encore ce soir le linge des autres dans une buanderie quelconque du nord de Montréal ...
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mardi, mars 14, 2006
Dieu, Jésus et la foi
Les 10 raisons pourquoi Dieu n'existe pas!
Ceux qui me connaissent bien savent que j'ai un très grand attachement à l'église catholique mais que je doute fortement que Jésus de Nazareth fût le fils de Dieu. Je sais que c'est bizarre mais c'est comme ça...j'aime le patrimoine religieux, le sacré, l'idée que des textes anciens et spirituels se transmettent jusqu'à nous depuis des siècles mais je n'arrive pas à croire profondement.
Cette dualité par rapport à l'église et à Jésus explique peut-être mes longues heures de lectures bibliques (merci à l'auteur prolifique Gérald Messadié, au duo de Corpus Chrsiti--Gérard Mordillat et Jérôme Prieur et à bien d'autres ). Mais finalement, après toutes ces lectures (dont la Bible) et réflexion --j'ai le goût prétentieux de répondre à la question fondamentale... : Est-ce que Dieu existe?
Vaste question mais j'y vais avec une réponse directe, simple et personnelle: "Non"
Pourquoi? Vous trouverez mes 10 raisons qui expliquent cette réponse...
1) Après analyse de plusieurs recherches archéologiques, il existe de fortes présomptions de l'existence de Jésus. De plus, à cause de la force de la tradition, j'ai personnellement la conviction qu'il y a eu un personnage historique du nom de Jésus;
2) La vie de Jésus racontée dans la Bible est plus proche du mythe que de l'histoire même revisitée selon nos critères modernes;
3) Les Évangiles contiennent tant de contradictions et d'invraisemblances qu'il ne sauraient représenter une source scientifiquement valable sur le Jésus de l'histoire;
4) L'histoire du développement de l'Eglise montre plutôt une construction progressive de l'idée même de Jésus et de Dieu que la transmission d'un héritage historique bien précis;
5) Paul qui est le personnage chrétien le plus ancré dans l'histoire ne parle à aucun moment du Jésus de Nazareth dépeint par les évangiles. Son silence sur la vie de Jésus est plus éloquent que tout le reste. Son Christ ne se rattache à aucun personnage historique précis. En passant, la vie de St-Paul est fascinante..je suggère fortement les lectures sur ce père de l'église;
6) La foi est la seule façon d'expliquer de manière cohérente l'ensemble des miracles et des actes surnaturels présents dans les évangiles. Si Jésus est le fils de Dieu alors bien-sûr il a pu vivre une vie semblable (c'est-à-dire surnaturelle) à celle racontée par les évangélistes. Toutefois, sur ce point précis aussi, on observe trop de contradiction dans la Bible.
7) Il faut expliquer aussi les silences des historiens de l'époque sur Jésus qui ayant vraiment accompli tous ces miracles aurait du être nécessairement remarqué des intellectuels de son époque (philosophes, historiens, hommes politiques etc…);
En fait, un seul historien mentionne Jésus, il s'agit de Flavius-Josèphe, historien juif du début de notre ère. Quelques lignes dans une oeuvre immense, et je cite:
« A cette époque-là, il y eut un homme sage nommé Jésus dont la conduite était bonne ; ses vertus furent reconnues. Et beaucoup de Juifs et d’autres peuples se firent ses disciples. Et le gouverneur romain, Pilate, le condamna à être crucifié et à mourir.Mais ceux qui étaient ses disciples préchèrent sa doctrine. Ils racontent qu’il leur apparut trois jours après sa crucifixion et qu’il était vivant. Peut-être était-il le Messie dont les prophètes avaient annoncé la venue […]. » Flavius-Josèphe, Antiquités judaïques, vers 93-94.
C'est très peu...
8) Autre argument logique et de bon sens: Jésus, fils de Dieu aurait pu venir sur Terre a n'importe qu'elle époque; les malheurs qui frappent notre bonne vieille planète ne datant pas d'hier sa présence aurait été justifiée tout au long de l'histoire de l'humanité. Hors voilà qu'il apparaît justement au moment le plus vraisemblable : Tout le monde attend et espère un Messie, un Sauveur. En ce premier siècle de notre ère la venue d'un tel personnage est considérée en Palestine comme imminente et les signes accompagnant sa venue sont bien connus de tous. Dans ce contexte comment faire la différence entre l'existence réelle d'un personnage remplissant par ses actes toutes les prophéties des écritures et l'invention pure et simple du dit personnage pour donner corps au mythe.
9) Les rationalistes comme moi doivent donc rester cohérent et rejeter la plus grande partie des faits relatifs à l'histoire de Jésus. Tous les événements surnaturels étant exclus par définition d'une grille de lecture rationnelle de la Bible. La tentative de réinterprétation rationnelle des événements miraculeux par certains auteurs est trop invraisemblable et improbable pour y accorder un quelconque crédit. En définitive, le Jésus qui reste après cette analyse est bien différent de celui des évangiles et a tout jamais différent .
Malgré toutes les tentatives de biographies pseudo-historiques tirées des évangiles et quel que soit le talent de leurs auteurs, Jésus demeure un personnage "sur-humain" qui ne ressemble à aucun philosophe ou sage de l'Antiquité. Ses actes et ses paroles rapportés par les évangiles en font un personnage irréel qui agit selon un destin qu'il semble tout à la fois connaître (puisqu'il est le fils de Dieu et donc divin lui aussi) et redouter ou ne pas comprendre (ses dernières paroles sur la croix).
10) Donc seule la foi profonde (qui est prête à aller à l'encontre des faits) est capable de trouver une cohérence dans tout cela. Pour un croyant, toutes les pièces du puzzle s'agencent parfaitement dans ce mystère divin même si aucune preuve absolue n'existe pour la consacrer définitivement.
Mille excuses...mais la vie en vaut la peine pour elle-même...
Ceux qui me connaissent bien savent que j'ai un très grand attachement à l'église catholique mais que je doute fortement que Jésus de Nazareth fût le fils de Dieu. Je sais que c'est bizarre mais c'est comme ça...j'aime le patrimoine religieux, le sacré, l'idée que des textes anciens et spirituels se transmettent jusqu'à nous depuis des siècles mais je n'arrive pas à croire profondement.
Cette dualité par rapport à l'église et à Jésus explique peut-être mes longues heures de lectures bibliques (merci à l'auteur prolifique Gérald Messadié, au duo de Corpus Chrsiti--Gérard Mordillat et Jérôme Prieur et à bien d'autres ). Mais finalement, après toutes ces lectures (dont la Bible) et réflexion --j'ai le goût prétentieux de répondre à la question fondamentale... : Est-ce que Dieu existe?
Vaste question mais j'y vais avec une réponse directe, simple et personnelle: "Non"
Pourquoi? Vous trouverez mes 10 raisons qui expliquent cette réponse...
1) Après analyse de plusieurs recherches archéologiques, il existe de fortes présomptions de l'existence de Jésus. De plus, à cause de la force de la tradition, j'ai personnellement la conviction qu'il y a eu un personnage historique du nom de Jésus;
2) La vie de Jésus racontée dans la Bible est plus proche du mythe que de l'histoire même revisitée selon nos critères modernes;
3) Les Évangiles contiennent tant de contradictions et d'invraisemblances qu'il ne sauraient représenter une source scientifiquement valable sur le Jésus de l'histoire;
4) L'histoire du développement de l'Eglise montre plutôt une construction progressive de l'idée même de Jésus et de Dieu que la transmission d'un héritage historique bien précis;
5) Paul qui est le personnage chrétien le plus ancré dans l'histoire ne parle à aucun moment du Jésus de Nazareth dépeint par les évangiles. Son silence sur la vie de Jésus est plus éloquent que tout le reste. Son Christ ne se rattache à aucun personnage historique précis. En passant, la vie de St-Paul est fascinante..je suggère fortement les lectures sur ce père de l'église;
6) La foi est la seule façon d'expliquer de manière cohérente l'ensemble des miracles et des actes surnaturels présents dans les évangiles. Si Jésus est le fils de Dieu alors bien-sûr il a pu vivre une vie semblable (c'est-à-dire surnaturelle) à celle racontée par les évangélistes. Toutefois, sur ce point précis aussi, on observe trop de contradiction dans la Bible.
7) Il faut expliquer aussi les silences des historiens de l'époque sur Jésus qui ayant vraiment accompli tous ces miracles aurait du être nécessairement remarqué des intellectuels de son époque (philosophes, historiens, hommes politiques etc…);
En fait, un seul historien mentionne Jésus, il s'agit de Flavius-Josèphe, historien juif du début de notre ère. Quelques lignes dans une oeuvre immense, et je cite:
« A cette époque-là, il y eut un homme sage nommé Jésus dont la conduite était bonne ; ses vertus furent reconnues. Et beaucoup de Juifs et d’autres peuples se firent ses disciples. Et le gouverneur romain, Pilate, le condamna à être crucifié et à mourir.Mais ceux qui étaient ses disciples préchèrent sa doctrine. Ils racontent qu’il leur apparut trois jours après sa crucifixion et qu’il était vivant. Peut-être était-il le Messie dont les prophètes avaient annoncé la venue […]. » Flavius-Josèphe, Antiquités judaïques, vers 93-94.
C'est très peu...
8) Autre argument logique et de bon sens: Jésus, fils de Dieu aurait pu venir sur Terre a n'importe qu'elle époque; les malheurs qui frappent notre bonne vieille planète ne datant pas d'hier sa présence aurait été justifiée tout au long de l'histoire de l'humanité. Hors voilà qu'il apparaît justement au moment le plus vraisemblable : Tout le monde attend et espère un Messie, un Sauveur. En ce premier siècle de notre ère la venue d'un tel personnage est considérée en Palestine comme imminente et les signes accompagnant sa venue sont bien connus de tous. Dans ce contexte comment faire la différence entre l'existence réelle d'un personnage remplissant par ses actes toutes les prophéties des écritures et l'invention pure et simple du dit personnage pour donner corps au mythe.
9) Les rationalistes comme moi doivent donc rester cohérent et rejeter la plus grande partie des faits relatifs à l'histoire de Jésus. Tous les événements surnaturels étant exclus par définition d'une grille de lecture rationnelle de la Bible. La tentative de réinterprétation rationnelle des événements miraculeux par certains auteurs est trop invraisemblable et improbable pour y accorder un quelconque crédit. En définitive, le Jésus qui reste après cette analyse est bien différent de celui des évangiles et a tout jamais différent .
Malgré toutes les tentatives de biographies pseudo-historiques tirées des évangiles et quel que soit le talent de leurs auteurs, Jésus demeure un personnage "sur-humain" qui ne ressemble à aucun philosophe ou sage de l'Antiquité. Ses actes et ses paroles rapportés par les évangiles en font un personnage irréel qui agit selon un destin qu'il semble tout à la fois connaître (puisqu'il est le fils de Dieu et donc divin lui aussi) et redouter ou ne pas comprendre (ses dernières paroles sur la croix).
10) Donc seule la foi profonde (qui est prête à aller à l'encontre des faits) est capable de trouver une cohérence dans tout cela. Pour un croyant, toutes les pièces du puzzle s'agencent parfaitement dans ce mystère divin même si aucune preuve absolue n'existe pour la consacrer définitivement.
Mille excuses...mais la vie en vaut la peine pour elle-même...
jeudi, mars 09, 2006
Première impression de Berlin
Je suis arrivé hier à l'aéroport international de Berlin, situé dans l'ancien Berlin-est...ca commence mal un voyage d'affaires...l'aéroport est plus laid que celui de Dorval-Montréal avant les rénovations (ce n'est pas peu dire!) et il est bordélique comme c'est pas possible dans un pays occidental d'aujourd'hui...
Après on traverse un décor d'une tristesse infinie avant d'atteindre Berlin-la-Belle...les allemands ont encore beaucoup de boulot devant eux...
Après on traverse un décor d'une tristesse infinie avant d'atteindre Berlin-la-Belle...les allemands ont encore beaucoup de boulot devant eux...
lundi, mars 06, 2006
Avez-vous lu Cicéron dernièrement?
Qu'est-ce que tu lis actuellement? Voilà la question que l'on me pose de temps en temps depuis que je fais l'intéressant dans ce blogue. Et malgré mon déménagement et mon plan de travail (voir billet de la semaine dernière), ce n'est pas un auteur du XXe s.!
Non, le naturel reviens au galop...rien de révolutionnaire, comme vous voyez. Les habitués de ce blogue ne seront pas surpris de constaté ma fidélité envers les auteurs classiques et prendre connaissance de ma dernière lecture: l'Anthologie de la littérature latine de Jacques Grimard et René Morin.
Si j'ai été intéressé par cette anthologie, c'est qu'il est le fait de deux universitaires, éminents latinistes, qui ne répugnent pas pour autant à rendre abordables des textes qui très souvent ne nous sont parvenus que de façon parcellaire. Au premier chef, il y a l'intérêt sociologique et historique.
Le lecteur pourra y vérifier que la plupart de nos attitudes, de nos habitudes de vie et de pensée trouvent dans cette civilisation leur source (ce qui explique ma fascination pour les littéraires de l'antiquité...). Les extraits de Tite-Live, de César et de Cicéron, par exemple, satisferont à cet appétit. Mais il y a davantage. Chez Martial, Catulle, Ovide et Apulée, entre autres, on trouve des poèmes ou des récits qui n'ont rien d'académique. La survie des littératures grecque et latine, qui a longtemps dépendu de l'enseignement qu'on en faisait dans les lycées et collèges, n'aurait certes pas été transmise de la même manière il y a quelques décennies. Le ton y est leste, amusé, à l'occasion un tantinet grivois. J'oserais dire contemporain. Si j'étais un être de culture, je vérifierais les éditions qui avaient cours au temps de mes études universitaires, mais je suis comme vous un paresseux.
Je me contente donc du plaisir retenu. Il est réel et n'a pas besoin de la sanction des siècles pour trouver sa justification. Lire Sénèque ou Térence Ovide ou Suétone demande un effort, certes, mais qui se trouve récompensé.
«On voit donc que, dans sa forme comme dans sa signification, un texte antique, apparemment solide, voire indestructible puisqu'il a résisté aux assauts de siècles, aux dents des souris et à l'oubli des clercs, s'avère pourtant fort fragile : son estimation comme sa consommation intellectuelle et esthétique sont hautement problématiques.»
Cet extrait de la préface éclairante de Jacques Gaillard nous libère en quelque sorte, nous lecteurs, de cette obligation de nous extasier à laquelle on nous a contraints depuis toujours. Oui, le texte est antique, oui il a été lu par des milliers d'intellectuels et de lettrés, mais ce qui compte avant tout n'est-il pas qu'il nous rejoigne ? Quand Sénèque écrit à Marcia, dont le père a choisi de se suicider plutôt que d'accepter la persécution dont on le menace : «Tu es née mortelle, tu as enfanté des mortels : toi, tu n'es qu'un corps pourrissant, suppurant et plein de maladies, tu as conçu l'espoir que cette substance si débile aurait porté en elle du solide et de l'éternel ?», quand Sénèque propose cette lettre, n'est-ce pas à nous de 2006 qu'il s'adresse ? Il m'arrive de penser que des forces conservatrices -- religieuses, politiques ou autres -- nous ont longtemps empêchés de prendre connaissance de ces bouteilles lancées à la mer. Ce n'est certes pas cette anthologie qui me donnerait tort.
Anthologie de la littérature latine Édition de Jacques Gaillard et René Martin Gallimard, «Folio classique» Paris, 2005, 574 pages
Source: Gilles Archambault. Le Devoir
Non, le naturel reviens au galop...rien de révolutionnaire, comme vous voyez. Les habitués de ce blogue ne seront pas surpris de constaté ma fidélité envers les auteurs classiques et prendre connaissance de ma dernière lecture: l'Anthologie de la littérature latine de Jacques Grimard et René Morin.
Si j'ai été intéressé par cette anthologie, c'est qu'il est le fait de deux universitaires, éminents latinistes, qui ne répugnent pas pour autant à rendre abordables des textes qui très souvent ne nous sont parvenus que de façon parcellaire. Au premier chef, il y a l'intérêt sociologique et historique.
Le lecteur pourra y vérifier que la plupart de nos attitudes, de nos habitudes de vie et de pensée trouvent dans cette civilisation leur source (ce qui explique ma fascination pour les littéraires de l'antiquité...). Les extraits de Tite-Live, de César et de Cicéron, par exemple, satisferont à cet appétit. Mais il y a davantage. Chez Martial, Catulle, Ovide et Apulée, entre autres, on trouve des poèmes ou des récits qui n'ont rien d'académique. La survie des littératures grecque et latine, qui a longtemps dépendu de l'enseignement qu'on en faisait dans les lycées et collèges, n'aurait certes pas été transmise de la même manière il y a quelques décennies. Le ton y est leste, amusé, à l'occasion un tantinet grivois. J'oserais dire contemporain. Si j'étais un être de culture, je vérifierais les éditions qui avaient cours au temps de mes études universitaires, mais je suis comme vous un paresseux.
Je me contente donc du plaisir retenu. Il est réel et n'a pas besoin de la sanction des siècles pour trouver sa justification. Lire Sénèque ou Térence Ovide ou Suétone demande un effort, certes, mais qui se trouve récompensé.
«On voit donc que, dans sa forme comme dans sa signification, un texte antique, apparemment solide, voire indestructible puisqu'il a résisté aux assauts de siècles, aux dents des souris et à l'oubli des clercs, s'avère pourtant fort fragile : son estimation comme sa consommation intellectuelle et esthétique sont hautement problématiques.»
Cet extrait de la préface éclairante de Jacques Gaillard nous libère en quelque sorte, nous lecteurs, de cette obligation de nous extasier à laquelle on nous a contraints depuis toujours. Oui, le texte est antique, oui il a été lu par des milliers d'intellectuels et de lettrés, mais ce qui compte avant tout n'est-il pas qu'il nous rejoigne ? Quand Sénèque écrit à Marcia, dont le père a choisi de se suicider plutôt que d'accepter la persécution dont on le menace : «Tu es née mortelle, tu as enfanté des mortels : toi, tu n'es qu'un corps pourrissant, suppurant et plein de maladies, tu as conçu l'espoir que cette substance si débile aurait porté en elle du solide et de l'éternel ?», quand Sénèque propose cette lettre, n'est-ce pas à nous de 2006 qu'il s'adresse ? Il m'arrive de penser que des forces conservatrices -- religieuses, politiques ou autres -- nous ont longtemps empêchés de prendre connaissance de ces bouteilles lancées à la mer. Ce n'est certes pas cette anthologie qui me donnerait tort.
Anthologie de la littérature latine Édition de Jacques Gaillard et René Martin Gallimard, «Folio classique» Paris, 2005, 574 pages
Source: Gilles Archambault. Le Devoir
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samedi, février 25, 2006
Mes coups de coeur du XXe siècle...
25 billets à venir pour les 25 romans du siècle passé qui m'ont marqué
Je souhaite dissiper un probable malentendu avec ce nouveau projet sur mon blogue. Je suis aussi fasciné par le XXe s., surtout les décennies que je n'ai pas connu adulte (1900-1980). C'est une époque fantastique qui a vu les plus bouleversements les plus rapides qu'ait connu l'humanité.
Mon père (qui est né en 1929) est typé en ce sens: il se souvient très bien de la venue de l'électricité dans son village situé à 90 kms au nord de Montréal (au milieu des années 40), tout autant que de l'introduction de la radio qui a suivi par la suite, de la télévision, des voyages accessibles en avion, de la télévision couleur, du câble et depuis 5 ans d'internet. Un homme qui a commencé sa vie en lisant un journal avec une lampe à l'huile et qui la termine en étant très actif sur internet.
Le XXe est donc le siècle de tous les changements: technologiques bien sûr mais aussi sociales, politiques et économiques...ce fût malgré les espoirs des intellectuels des années 20, le siècle des grandes déceptions (les grandes guerres, les ratés du rêve communisme, les dépressions économiques, les guerres éthiques, etc)
Ma façon d'aborder ce siècle sera par la littérature ce qui ne surprendra pas les lecteurs de L'ancien et du moderne. C'est un blogue personnel. Je vous présenterai donc au fur et à mesure 25 romans qui ont marqué un moment de ma vie et qui ont aussi, à leur façon, façonnés le siècle.
Je vous présente les 25 auteurs (autour de leur livre que j'ai préféré) pour lesquels je consacrerai un billet. Bien sûr, il y aura pas mal d'auteurs francophones (et un seul québécois)....c'est le reflet de mes lectures... Autre critère: l'essentiel de l'oeuvre doit avoir été publié au XXe siècle!
Je vous les présenterai dans ce blogue par ordre alphabétique:
1- Isaac Asimov (Les Robots)
2- Victor-Lévy Beaulieu (Race de monde)
3- Italo Calvino (Si par une nuit d'hiver un voyageur)
4- Albert Camus (L'Étranger)
5- Agatha Christie (Les dix petits nègres)
6- Albert Cohen (La Belle du Seigneur)
7- Simone de Beauvoir (Mémoire d'une jeune fille rangée)
8- Aldous Huxley (Le meilleur des mondes)
9- James Joyce (Ulysse)
10 Franz Kafka (Le Procès)
11- Milan Kundera (L'insoutenable légèreté de l'être)
12- Jack Kerouac (Sur la route)
13- Joseph Kessel (Le lion)
14- John Le Carré (Un pur espion)
15- André Malraux (L'espoir)
16- Gabriel Garcia Marquez (Cent ans de solitude)
17- Vladimir Nabokov (Lolita)
18- George Orwell (1984)
19- Marcel Proust (À la recherche du temps perdu)
20- Antoine de Saint-Exupéry (Le petit prince)
21- Jean-Paul Sarte (La Nausée)
22- Georges Simenon (Maigret...)
23- J.R.R. Tolkien (Le Seigneur des anneaux)
24- Boris Vian (L'écume des jours)
25- Marguerite Yourcenar ( Les mémoires d'Hadrien)
À bientôt
L'ancien et le moderne
Je souhaite dissiper un probable malentendu avec ce nouveau projet sur mon blogue. Je suis aussi fasciné par le XXe s., surtout les décennies que je n'ai pas connu adulte (1900-1980). C'est une époque fantastique qui a vu les plus bouleversements les plus rapides qu'ait connu l'humanité.
Mon père (qui est né en 1929) est typé en ce sens: il se souvient très bien de la venue de l'électricité dans son village situé à 90 kms au nord de Montréal (au milieu des années 40), tout autant que de l'introduction de la radio qui a suivi par la suite, de la télévision, des voyages accessibles en avion, de la télévision couleur, du câble et depuis 5 ans d'internet. Un homme qui a commencé sa vie en lisant un journal avec une lampe à l'huile et qui la termine en étant très actif sur internet.
Le XXe est donc le siècle de tous les changements: technologiques bien sûr mais aussi sociales, politiques et économiques...ce fût malgré les espoirs des intellectuels des années 20, le siècle des grandes déceptions (les grandes guerres, les ratés du rêve communisme, les dépressions économiques, les guerres éthiques, etc)
Ma façon d'aborder ce siècle sera par la littérature ce qui ne surprendra pas les lecteurs de L'ancien et du moderne. C'est un blogue personnel. Je vous présenterai donc au fur et à mesure 25 romans qui ont marqué un moment de ma vie et qui ont aussi, à leur façon, façonnés le siècle.
Je vous présente les 25 auteurs (autour de leur livre que j'ai préféré) pour lesquels je consacrerai un billet. Bien sûr, il y aura pas mal d'auteurs francophones (et un seul québécois)....c'est le reflet de mes lectures... Autre critère: l'essentiel de l'oeuvre doit avoir été publié au XXe siècle!
Je vous les présenterai dans ce blogue par ordre alphabétique:
1- Isaac Asimov (Les Robots)
2- Victor-Lévy Beaulieu (Race de monde)
3- Italo Calvino (Si par une nuit d'hiver un voyageur)
4- Albert Camus (L'Étranger)
5- Agatha Christie (Les dix petits nègres)
6- Albert Cohen (La Belle du Seigneur)
7- Simone de Beauvoir (Mémoire d'une jeune fille rangée)
8- Aldous Huxley (Le meilleur des mondes)
9- James Joyce (Ulysse)
10 Franz Kafka (Le Procès)
11- Milan Kundera (L'insoutenable légèreté de l'être)
12- Jack Kerouac (Sur la route)
13- Joseph Kessel (Le lion)
14- John Le Carré (Un pur espion)
15- André Malraux (L'espoir)
16- Gabriel Garcia Marquez (Cent ans de solitude)
17- Vladimir Nabokov (Lolita)
18- George Orwell (1984)
19- Marcel Proust (À la recherche du temps perdu)
20- Antoine de Saint-Exupéry (Le petit prince)
21- Jean-Paul Sarte (La Nausée)
22- Georges Simenon (Maigret...)
23- J.R.R. Tolkien (Le Seigneur des anneaux)
24- Boris Vian (L'écume des jours)
25- Marguerite Yourcenar ( Les mémoires d'Hadrien)
À bientôt
L'ancien et le moderne
vendredi, février 17, 2006
Inscription à mon blogue
Bonjour à tous,
Grâce à mon ami Daniel, je peux maintenant offrir une nouvelle fonctionnalité à mes lecteurs soit la possiblité de recevoir des nouvelles de mon blogue une fois par semaine (ou aux deux semaines) sur les nouveaux billets que j'aurai envoyés (voir colonne de droite après mon profil pour vous inscrire) . Comme je fais en général d'assez longs billets de façon plus ou moins régulière; cela permettra aux lecteurs moins assidus d'éviter d'oublier L'ancien et le moderne...
Je suis actuellement entre deux déménagements et un peu moins apte à être actif pour l'instant sur mon blogue n'ayant pas accès à mon ordi à la maison...Mais vous ne perdez rien pour attendre, j'ai plein d'idées de sujets de billets qui bouillonnent dans ma petite tête...
À bientôt et merci pour votre visite
L'ancien et le moderne
Grâce à mon ami Daniel, je peux maintenant offrir une nouvelle fonctionnalité à mes lecteurs soit la possiblité de recevoir des nouvelles de mon blogue une fois par semaine (ou aux deux semaines) sur les nouveaux billets que j'aurai envoyés (voir colonne de droite après mon profil pour vous inscrire) . Comme je fais en général d'assez longs billets de façon plus ou moins régulière; cela permettra aux lecteurs moins assidus d'éviter d'oublier L'ancien et le moderne...
Je suis actuellement entre deux déménagements et un peu moins apte à être actif pour l'instant sur mon blogue n'ayant pas accès à mon ordi à la maison...Mais vous ne perdez rien pour attendre, j'ai plein d'idées de sujets de billets qui bouillonnent dans ma petite tête...
À bientôt et merci pour votre visite
L'ancien et le moderne
lundi, février 06, 2006
La mort de Jean Irigoin, helléniste
J'ai appris la mort de Jean Irigoin aujourd'hui par un article du journal Le Monde de la semaine dernière. C'était l'incarnation même de l'helléniste érudit. Membre de l'Institut et professeur honoraire au Collège de France, Jean Irigoin est mort samedi 28 janvier à Paris. Il était âgé de 85 ans.
J'ai acheté et lu ces dernières parutions sans toujours tout comprendre mais assurément impressionné par une telle érudition. C'est Jean Irigoin qui m'a donné la passion de mieux comprendre les mécanismes de transmission des textes de l'antiquité jusqu'à nous.
Né le 8 novembre 1920 à Aix-en-Provence, Jean Irigoin avait commencé sa carrière d'enseignant au lycée d'Aix, avant de gagner Berlin, alors en plein désordre, comme chef de la section culturelle du groupe français du conseil de contrôle de la ville (1946-1948). Il devait du reste conserver de solides liens avec le monde allemand puisqu'il fut en 1952-1953 chargé de cours à l'université d'Hambourg, dans la toute jeune RFA.
D'une indépendance d'esprit qui ne se démentira pas, Jean Irigoin ne suit pas la voie royale de ses confrères, mais opte pour le CNRS tout en finissant sa thèse (Histoire du texte de Pindare, 1952), collabore au Thesaurus Linguae Graecae et intègre l'université de Poitiers, où il est successivement maître de conférences (1953), puis professeur de langue et littérature grecques (1956), tout en donnant deux thèses complémentaires, Recherches sur les mètres de la lyrique chorale grecque (1953) et Les Scholies métriques de Pindare (1958).
En 1965, Jean Irigoin intègre Paris-X Nanterre pour y enseigner la philologie grecque, tout en assurant une direction d'études à l'Ecole pratique des hautes études qu'il conserve jusqu'en 1992. Entre-temps, il obtient une chaire en Sorbonne (1972), puis celle de "tradition et critique des textes grecs" au Collège de France (1985-1992).
Membre ou correspondant de nombreuses académies étrangères, il a surtout assuré la direction, pendant plus de trente ans, de la prestigieuse série grecque de la Collection des universités de France, la "Budé" pour les étudiants, dont 236 volumes parurent durant son mandat, entre 1964 et 1999. C'est chez le même éditeur qu'on peut trouver deux recueils de ses travaux, Tradition et critique des textes grecs (1997) et La Tradition des textes grecs. Pour une critique historique (2003), qui offrent autant d'admirables leçons de philologie par l'exemple. Son oeuvre fit progresser de façon considérable la mise au point des textes qu'il étudiait, campant une sorte de détective qui ne lâchait pas la piste empruntée tant qu'il n'avait pas pu établir la juste leçon philologique.
Sa mort m'émeut plus qu'il ne devrait...émotion devant la perte d'un grand esprit.
J'ai acheté et lu ces dernières parutions sans toujours tout comprendre mais assurément impressionné par une telle érudition. C'est Jean Irigoin qui m'a donné la passion de mieux comprendre les mécanismes de transmission des textes de l'antiquité jusqu'à nous.
Né le 8 novembre 1920 à Aix-en-Provence, Jean Irigoin avait commencé sa carrière d'enseignant au lycée d'Aix, avant de gagner Berlin, alors en plein désordre, comme chef de la section culturelle du groupe français du conseil de contrôle de la ville (1946-1948). Il devait du reste conserver de solides liens avec le monde allemand puisqu'il fut en 1952-1953 chargé de cours à l'université d'Hambourg, dans la toute jeune RFA.
D'une indépendance d'esprit qui ne se démentira pas, Jean Irigoin ne suit pas la voie royale de ses confrères, mais opte pour le CNRS tout en finissant sa thèse (Histoire du texte de Pindare, 1952), collabore au Thesaurus Linguae Graecae et intègre l'université de Poitiers, où il est successivement maître de conférences (1953), puis professeur de langue et littérature grecques (1956), tout en donnant deux thèses complémentaires, Recherches sur les mètres de la lyrique chorale grecque (1953) et Les Scholies métriques de Pindare (1958).
En 1965, Jean Irigoin intègre Paris-X Nanterre pour y enseigner la philologie grecque, tout en assurant une direction d'études à l'Ecole pratique des hautes études qu'il conserve jusqu'en 1992. Entre-temps, il obtient une chaire en Sorbonne (1972), puis celle de "tradition et critique des textes grecs" au Collège de France (1985-1992).
Membre ou correspondant de nombreuses académies étrangères, il a surtout assuré la direction, pendant plus de trente ans, de la prestigieuse série grecque de la Collection des universités de France, la "Budé" pour les étudiants, dont 236 volumes parurent durant son mandat, entre 1964 et 1999. C'est chez le même éditeur qu'on peut trouver deux recueils de ses travaux, Tradition et critique des textes grecs (1997) et La Tradition des textes grecs. Pour une critique historique (2003), qui offrent autant d'admirables leçons de philologie par l'exemple. Son oeuvre fit progresser de façon considérable la mise au point des textes qu'il étudiait, campant une sorte de détective qui ne lâchait pas la piste empruntée tant qu'il n'avait pas pu établir la juste leçon philologique.
Sa mort m'émeut plus qu'il ne devrait...émotion devant la perte d'un grand esprit.
vendredi, février 03, 2006
L'exposition de CollectArt
Grâce à mon amie Louise, j'ai connu le Groupe CollectArt à la fin des années 90...depuis je suis pas mal impliqué dans ce collectif .
Fondé en 1987 , le Groupe CollectArt est une société en nom collectif regroupant une vingtaine d'individus ayant à cœur la relève québécoise en art contemporain. Il s’agit d’un des rares collectifs d’achat d’œuvres d’art contemporain connus. CollectArt poursuit le double objectif d'acquisition d'œuvres d'art contemporain de la relève québécoise ainsi que le développement de la connaissance de l'art contemporain auprès de ses membres.
Le 31 janvier 2006 avait lieu le vernissage de la Collection CollectArt à la Maison de la Culture Frontenac à Montréal. Pour la première fois, on peut admirer dans un même lieu la trentaine d'oeuvre de la Collection CollectArt ( et cela jusqu'au début mars 2006).
En effet, le Groupe CollectArt fait dès la première année (1987) ses premières acquisitions – des œuvres de Louise Robert, Louis Pelletier, Suzelle Levasseur et Robert Wolfe. CollectArt a pris le parti de s'intéresser à des œuvres qui témoignent de l'émergence des nouvelles forces en arts visuels au Québec. Au fil des ans, la collection témoignera également de l’engagement de CollectArt envers la relève québécoise en art contemporain – des œuvres d’artistes aujourd’hui connus et reconnus tels Sylvia Safdie, Marc Garneau, Marcel Saint-Pierre, Marie-Claude Bouthillier et les œuvres acquises au cours des récentes années - Marc Séguin, Marc-André Soucy, Jérôme Fortin, Stéphane La Rue pour ne nommer que ceux-ci.
Chaque année, en fonction de son budget, CollectArt fait l'acquisition d'une ou plusieurs œuvres. Pour chacune d’elles, les membres du groupe se prononcent… et la démocratie fait également son œuvre. CollectArt assure aussi une circulation des œuvres afin que chaque membre ait en sa possession au moins une œuvre pendant une année entière. C’est donc dans l’espoir de partager leur plaisir et possiblement inspirer d’autres groupes que les membres ont accepté de présenter l’ensemble de cette collection sous un même toit. L’amour de l’art contemporain en collectif vaut grandement le déplacement.
Les artistes dont les œuvres composent la collection CollectArt : Claude-Philippe Benoit, Pierre Blanchette, Marie-Claude Bouthillier, Paul Bureau, Cozic, Mario Côté, Marc Garneau, MassimoGuerrera, Jérôme Fortin, Jacques Hurtubise, Stéphane La Rue, Jennifer Lefort, Suzelle Levasseur, Jean McEwen, Louis Pelletier, Louise Robert, E. Romany, Sylvia Safdie, Marcel Saint-Pierre, Marc Séguin, Marc-André Soucy, Serge Tousignant, Angèle Verret et Robert Wolfe.
Modestement, CollectArt essaie d'amener un brin de beauté et d'art dans nos lieux de vie...
Fondé en 1987 , le Groupe CollectArt est une société en nom collectif regroupant une vingtaine d'individus ayant à cœur la relève québécoise en art contemporain. Il s’agit d’un des rares collectifs d’achat d’œuvres d’art contemporain connus. CollectArt poursuit le double objectif d'acquisition d'œuvres d'art contemporain de la relève québécoise ainsi que le développement de la connaissance de l'art contemporain auprès de ses membres.
Le 31 janvier 2006 avait lieu le vernissage de la Collection CollectArt à la Maison de la Culture Frontenac à Montréal. Pour la première fois, on peut admirer dans un même lieu la trentaine d'oeuvre de la Collection CollectArt ( et cela jusqu'au début mars 2006).
En effet, le Groupe CollectArt fait dès la première année (1987) ses premières acquisitions – des œuvres de Louise Robert, Louis Pelletier, Suzelle Levasseur et Robert Wolfe. CollectArt a pris le parti de s'intéresser à des œuvres qui témoignent de l'émergence des nouvelles forces en arts visuels au Québec. Au fil des ans, la collection témoignera également de l’engagement de CollectArt envers la relève québécoise en art contemporain – des œuvres d’artistes aujourd’hui connus et reconnus tels Sylvia Safdie, Marc Garneau, Marcel Saint-Pierre, Marie-Claude Bouthillier et les œuvres acquises au cours des récentes années - Marc Séguin, Marc-André Soucy, Jérôme Fortin, Stéphane La Rue pour ne nommer que ceux-ci.
Chaque année, en fonction de son budget, CollectArt fait l'acquisition d'une ou plusieurs œuvres. Pour chacune d’elles, les membres du groupe se prononcent… et la démocratie fait également son œuvre. CollectArt assure aussi une circulation des œuvres afin que chaque membre ait en sa possession au moins une œuvre pendant une année entière. C’est donc dans l’espoir de partager leur plaisir et possiblement inspirer d’autres groupes que les membres ont accepté de présenter l’ensemble de cette collection sous un même toit. L’amour de l’art contemporain en collectif vaut grandement le déplacement.
Les artistes dont les œuvres composent la collection CollectArt : Claude-Philippe Benoit, Pierre Blanchette, Marie-Claude Bouthillier, Paul Bureau, Cozic, Mario Côté, Marc Garneau, MassimoGuerrera, Jérôme Fortin, Jacques Hurtubise, Stéphane La Rue, Jennifer Lefort, Suzelle Levasseur, Jean McEwen, Louis Pelletier, Louise Robert, E. Romany, Sylvia Safdie, Marcel Saint-Pierre, Marc Séguin, Marc-André Soucy, Serge Tousignant, Angèle Verret et Robert Wolfe.
Modestement, CollectArt essaie d'amener un brin de beauté et d'art dans nos lieux de vie...
mercredi, février 01, 2006
Le Lac de Lamartine
À 15 ans, j'ai découvert par hasard les poèmes de Lamartine à la bibliothèque de mon collège. Solitaire, je me laissais aller au romantisme d'un autre siècle. J'ai repensé à ces moments en écoutant Gregory Charles il y a quelques temps à son émission de Radio-Canada...
Le poème Le lac d'Alphonse de Lamartine (1790-1869) me touchait beaucoup et j'aime penser que c'est à cause de ce poème vieillot que je garde un rapport si vif avec le souvenir...Lamartine se souvient de la femme aimée, Julie Charles. Il se trouve dans un lieu qui lui est cher, près d'un lac, qui a été le témoin de ses amours, et lorsqu'il y revient sans la femme aimée, il subit douloureusement la fuite du temps. Lamartine se rend compte que seul le souvenir peut conserver la trace des amours vécues, et notamment dans "Le Lac". Lamartine a participé de près à la naissance du Romantisme.
LE LAC
Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour?
Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !
Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.
Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.
Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :
« Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !
« Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent,
Oubliez les heureux.
« Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente; et l'aurore
Va dissiper la nuit.
« Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive;
Il coule, et nous passons ! »
Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?
Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !
Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?
Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !
Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.
Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.
Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !
Le poème Le lac d'Alphonse de Lamartine (1790-1869) me touchait beaucoup et j'aime penser que c'est à cause de ce poème vieillot que je garde un rapport si vif avec le souvenir...Lamartine se souvient de la femme aimée, Julie Charles. Il se trouve dans un lieu qui lui est cher, près d'un lac, qui a été le témoin de ses amours, et lorsqu'il y revient sans la femme aimée, il subit douloureusement la fuite du temps. Lamartine se rend compte que seul le souvenir peut conserver la trace des amours vécues, et notamment dans "Le Lac". Lamartine a participé de près à la naissance du Romantisme.
LE LAC
Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour?
Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !
Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.
Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.
Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :
« Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !
« Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent,
Oubliez les heureux.
« Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente; et l'aurore
Va dissiper la nuit.
« Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive;
Il coule, et nous passons ! »
Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?
Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !
Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?
Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !
Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.
Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.
Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !
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